SIPA_01176546_000004
Crédit : SIPA

Soumission chimique : 50 propositions pour mettre fin à une « errance collective » sur ce phénomène

La députée Modem, Sandrine Josso et la sénatrice RDSE, Véronique Guillotin ont remis 50 propositions à la ministre chargée de l’Egalité femmes-hommes, Aurore Bergé pour prévenir et lutter contre le procédé de la soumission chimique. Des propositions qui sont issues de la mission gouvernementale initiée il y a un an et demi, dans la foulée de l’affaire Joël Guerriau.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Fin 2023, la députée Modem de Loire-Atlantique, Sandrine Josso déposait plainte contre le sénateur de sa circonscription, Joël Guerriau et appelait « le gouvernement à faire quelque chose par rapport à ce fléau » de la soumission chimique. La demande de la députée à l’exécutif avait bien été entendue et une mission gouvernementale avait été lancée dans la foulée sur le sujet, avec à sa tête Sandrine Josso et la sénatrice RDSE, Véronique Guillotin.

Pour mémoire, Joël Guerriau est soupçonné d’avoir dilué de la MDMA à 91,1 % pure dans le verre de champagne de la députée qu’il avait invité chez lui. Mis en examen pour « administration de substance afin de commettre un viol ou une agression sexuelle » et pour « détention et usage de substances classées comme stupéfiants, le parquet de Paris a requis un procès contre le sénateur qui reste présumé innocent.

« Malgré quelques aléas, nous sommes parvenus à aller au bout de nous travaux qui formulent 50 propositions dont quinze peuvent être prises à court terme », indique Véronique Guillotin, qui remet son rapport ce lundi, à la ministre chargée de l’Egalité femmes-hommes, Aurore Bergé. La dissolution de l’Assemblée nationale avait, en effet, conduit à un arrêt des travaux pendant plusieurs mois, l’année dernière. Alors qu’au même moment, le procès retentissant des viols de Mazan faisait prendre conscience au monde entier de l’ampleur du phénomène de la soumission chimique.

62 condamnations en 2023

De crainte d’être une « mauvaise » victime en raison d’une description incomplète des faits due à la prise de substance, le nombre de plaintes est loin de correspondre au nombre de situations, rendant le procédé de la soumission chimique difficilement quantifiable.

Les rapporteures citent les données du Centre de référence des Agressions facilitées par les substances (CRAFS) qui a analysé en 2022, 1 229 soumissions et vulnérabilités chimiques vraisemblables. « En 2023, 127 personnes ont été mises en cause au titre de la seule soumission chimique : parmi les 65 procédures poursuivables, 62 l’ont été effectivement, donnant lieu à des peines de réclusion ferme d’une durée moyenne de 8,9 années », ajoutent les élues. Elles précisent néanmoins qu’il s’agit « d’une estimation infinitésimale des situations ».

Il faut ici distinguer la soumission chimique, de la vulnérabilité chimique. La première, réprimée dans le code pénal, se caractérise « par l’administration à des fins criminelles (viols, actes de pédophilie) ou délictuelles (violences volontaires, vols) de substances psychoactives à l’insu de la victime ou sous la menace ». La vulnérabilité chimique « désigne l’état de fragilité d’une personne induit par la consommation volontaire de substances psychoactives la rendant plus vulnérable à un acte délictuel ou criminel ».

Intégrer la vulnérabilité chimique dans le code pénal

Concernant la vulnérabilité chimique, la mission recommande d’intégrer au code pénal la circonstance aggravante « pour la victime en cas d’état d’ivresse ou sous l’emprise de produits stupéfiants », « pour les infractions de viols et d’agressions sexuelles ».

Pour renforcer le traitement judiciaire, le rapport recommande d’élargir la levée du secret médical aux cas de soumission et de vulnérabilité chimiques « si la victime ne souhaite pas déposer plainte, du « fait de l’altération temporaire de son discernement ou du contrôle de ses actes par un tiers ».

« L’affaire Pelicot a démontré qu’il y avait une méconnaissance et même une forme d’errance collective sur le sujet de la soumission chimique », estime Véronique Guillotin. Il y a quelques mois, Leïla Chouachi, pharmacienne, membre du centre d’addictovigilance de Paris et rapporteure d’une enquête annuelle sur la soumission chimique auprès de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) expliquait à publicsenat.fr « que dans la majorité des cas, la prise du produit a eu lieu dans un contexte privé et les auteurs étaient connus des victimes ». De ce point de vue, l’affaire des viols de Mazan a cassé le préjugé du portrait type de la victime qui aurait laissé son verre sans surveillance dans un lieu festif. La mission recommande l’organisation d’une « Conférence nationale annuelle relative à la lutte contre les violences, intégrant les faits croissants de soumission et de vulnérabilité chimiques, afin de rassembler les professionnels, les associations et les victimes expertes ».

Les parlementaires demandent également le lancement, à un rythme annuel, d’une vaste campagne de sensibilisation de l’ensemble de la population, ainsi qu’ « un renforcement des moyens » au bénéfice de l’éducation à la vie affective et sexuelle (Evars) dans les établissements scolaires.

Généralisation du remboursement des prélèvements biologiques

Il y a un an et demi, sur le plateau de « C à Vous » sur France 5, Sandrine Josso avait donné quelques conseils aux personnes suspectant d’avoir été droguées à leur insu. « Allez faire une prise de sang, relever vos urines. Peut-être quand vous sortez, emportez un petit récipient pour récolter vos urines au cas où ».

Rappelons que jusqu’à présent, en dehors du circuit judiciaire et du dépôt de plainte, le coût des analyses toxicologiques dans un laboratoire est à la charge de la victime et il peut être très élevé. La mission recommande donc la généralisation de l’expérimentation du remboursement des prélèvements biologiques sans dépôt de plainte dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2026. Actuellement, cette mesure doit simplement faire l’objet d’une expérimentation au 1er juillet dans trois régions et pour trois ans.

La mission plaide aussi pour intégrer les victimes de soumission ou de vulnérabilité chimiques à la procédure de recueil des preuves sans dépôt de plainte au sein des hôpitaux afin de « garantir aux victimes la conservation des preuves du délit ou du crime en vue d’une éventuelle judiciarisation ultérieure ».

Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot et fondatrice de l’association « M’endors pas » a estimé, auprès de l’AFP, que ces mesures allaient « dans le bon sens ». « La question maintenant c’est : quelle échéance, quelles ressources et quel budget va mettre à disposition le gouvernement », a-t-elle ajouté.

« Il va falloir déployer les moyens adaptés comme on le fait depuis 2017 », a promis Aurore Bergé dans Libération, sans donner de chiffres.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Screenshot
5min

Politique

Au Cirque d’Hiver, Pierre-Yves Bournazel s’offre Edouard Philippe et Gabriel Attal pour relancer sa campagne

À un peu plus d’un mois du premier tour des municipales parisiennes, Pierre-Yves Bournazel a sorti l’artillerie lourde. En réunissant Édouard Philippe et Gabriel Attal sur la même scène du Cirque d’Hiver, le candidat centriste tente de redonner de l’élan à une campagne en difficulté, marquée par des sondages poussifs, un déficit de notoriété et le récent départ de son directeur de campagne. Reportage – Paris XIe

Le

Soumission chimique : 50 propositions pour mettre fin à une « errance collective » sur ce phénomène
8min

Politique

OnlyFans, Mym : dans un climat parfois tendu, le Sénat vote un texte contre l’exploitation sexuelle en ligne

Le Sénat a adopté une proposition de loi de la sénatrice LR Marie Mercier, qui vise à lutter contre les « proxénètes 2.0 », qui sévissent sur les plateformes proposant des services sexuels personnalisés. Le texte a été largement modifié, avec la création d’« une nouvelle infraction inspirée de la traite des êtres humains ». Mais cette définition sera inefficace, selon la sénatrice PS Laurence Rossignol, dont les échanges avec la rapporteure Lauriane Josende ont été particulièrement tendus.

Le

Rachida Dati, copyright : Romain David pour Public Sénat
8min

Politique

Police municipale, désendettement, métro… Rachida Dati détaille son programme pour Paris et appelle Pierre-Yves Bournazel au rassemblement

Sommée de quitter le gouvernement d'ici la fin de la semaine, Rachida Dati accélère sa campagne parisienne. Elle a dévoilé mardi 10 février un programme de rupture pour la capitale, marqué notamment par des mesures sur la propreté, la sécurité et la réduction de la dette de la ville. Derrière le socialiste Emmanuel Grégoire dans les sondages, elle exhorte Pierre-Yves Bournazel, candidat de centre-droit, à l'unité pour mettre fin à l'hégémonie de la gauche dans la capitale.

Le

Paris: Questions au gouvernement Assemblee nationale
6min

Politique

La nomination d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes : « Un choix politique en forme de provocation », pour Jean-François Husson

Emmanuel Macron s’apprête à nommer la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Un choix contesté par les élus de la chambre haute. Si les qualités de la quarantenaire ne sont pas remises en cause, les élus pointent le risque de conflit d’intérêts alors que la Cour des comptes présentera dans les mois à venir un rapport sur l’exécution du budget qu’Amélie de Montchalin a défendu.

Le