Soupçons d’emplois fictifs: le PNF réclame un procès pour les époux Fillon
Deux ans après l'ouverture d'une enquête fatale à la campagne présidentielle de François Fillon, le parquet national financier a...

Soupçons d’emplois fictifs: le PNF réclame un procès pour les époux Fillon

Deux ans après l'ouverture d'une enquête fatale à la campagne présidentielle de François Fillon, le parquet national financier a...
Public Sénat

Par Eleonore DERMY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Deux ans après l'ouverture d'une enquête fatale à la campagne présidentielle de François Fillon, le parquet national financier a requis un procès en correctionnelle pour l'ex-candidat de la droite et son épouse, soupçonnés d'emplois fictifs.

Il revient désormais aux juges d'instruction de décider de renvoyer, ou non, sur le banc des prévenus l'ancien Premier ministre et son épouse Penelope, ainsi que son ancien suppléant parlementaire Marc Joulaud.

Dans son réquisitoire signé mercredi et révélé par le Monde, le PNF demande de juger François Fillon pour "détournement de fonds publics", "recel et complicité d'abus de biens sociaux", et "manquement aux obligations déclaratives à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.

En ce qui concerne sa femme, le ministère public requiert un procès pour "complicité et recel de détournement de fonds publics", "complicité et recel d'abus de biens sociaux" et "recel d'escroquerie aggravée", a ajouté cette source.

Si les magistrats suivaient ces réquisitions, un procès ne devrait toutefois pas se tenir avant plusieurs mois.

"Ce n'est pas une surprise, c'est la suite sans surprise de la procédure", a réagi auprès de l'AFP un membre de l'entourage de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy.

"Je ne souhaite pas réagir sur un document dont je n'ai pas encore eu connaissance à cette heure", a déclaré de son côté à l'AFP Me Antonin Lévy, avocat de François Fillon.

Le PNF avait ouvert une enquête après les révélations du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017, qui ont décrédibilisé la candidature de M. Fillon, éliminé dès le premier tour du scrutin. Au cœur du dossier, les soupçons d'emplois fictifs de son épouse Penelope et de ses enfants quand ils étaient ses assistants parlementaires.

Face aux juges, M. Fillon avait défendu la réalité des emplois de sa femme à l'Assemblée nationale entre 1986 et 2013, lorsqu'il était député, et de ses enfants quand il siégeait au Sénat entre 2005 et 2007. Contre ces derniers, les juges n'ont finalement pas engagé de poursuites.

"A l’issue de l’information, aucun élément tangible ne permet de confirmer la réalité de l’activité de Penelope Fillon", estime le PNF dans son réquisitoire cité par Le Monde.

- Bataille au procès -

Au-delà du couple Fillon, deux autres personnes avaient été mises en examen dans cette enquête: l'ex-suppléant de François Fillon à l'Assemblée nationale, Marc Joulaud, maire LR de Sablé-sur-Sarthe et député européen, pour lequel le PNF demande le renvoi pour "détournement de fonds publics" ; et l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière.

Mais ce dernier a opté pour une alternative au procès, en acceptant une procédure de "plaider coupable". Il a été condamné le 11 décembre à huit mois de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende pour abus de biens sociaux, pour avoir accordé un emploi fictif à Penelope Fillon à La Revue des deux mondes.

Selon l'enquête, Mme Fillon aurait touché un total de 135.000 euros de mai 2012 à décembre 2013 alors qu'elle n'a publié que deux notes de lecture dans la revue, propriété du milliardaire, auprès de qui elle dit avoir assumé un rôle de conseiller.

Après avoir contesté avec virulence la légitimité de l'enquête en pleine campagne présidentielle, le couple Fillon a ensuite choisi une stratégie de passivité lors de l'instruction secrète, se réservant pour mener la bataille lors d'un éventuel procès public.

Ainsi, lors de sa mise en examen en mars 2017, le candidat s'était borné à lire une brève déclaration devant les juges.

Politiquement, le coup de grâce était venu des révélations de Robert Bourgi, une figure des réseaux de la "Françafrique", qui s'était vanté d'avoir offert deux costumes d'une valeur de 13.000 euros à l'ancien Premier ministre. L'enquête avait alors été élargie à des soupçons de "trafic d'influence" qui n'ont finalement pas été retenus par les juges.

Désormais retiré de la vie politique, l'ancien Premier ministre, 64 ans, a rejoint il y a un an la société de gestion d'actifs et d'investissement Tikehau Capital, mais il reste très discret. "Il vit heureux caché", résumait récemment un de ses anciens soutiens.

Partager cet article

Dans la même thématique

Soupçons d’emplois fictifs: le PNF réclame un procès pour les époux Fillon
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Soupçons d’emplois fictifs: le PNF réclame un procès pour les époux Fillon
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le