« Stop aux appels à projets ! » : l’avertissement des associations d’élus sur la politique de la ville
Six associations d’élus locaux, dont l’Association des maires de France (AMF), ont dévoilé lundi 28 mars leur contribution commune sur la politique de la ville, à destination des candidats à l’élection présidentielle. L’occasion également de revenir sur le quinquennat écoulé, et de fustiger un recours trop fréquent, selon eux aux appels à projets en matière d’aménagement du territoire.

« Stop aux appels à projets ! » : l’avertissement des associations d’élus sur la politique de la ville

Six associations d’élus locaux, dont l’Association des maires de France (AMF), ont dévoilé lundi 28 mars leur contribution commune sur la politique de la ville, à destination des candidats à l’élection présidentielle. L’occasion également de revenir sur le quinquennat écoulé, et de fustiger un recours trop fréquent, selon eux aux appels à projets en matière d’aménagement du territoire.
Romain David

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Six associations d’élus, dont l’Association des maires de France (AMF), présentaient ce lundi après-midi leurs attentes vis-à-vis des candidats à l’élection présidentielle en matière de politique de la ville. Sécurité, logement, éducation, transition écologique… Davantage que des mesures concrètes, les différents intervenants ont esquissé les grandes orientations qu’ils souhaiteraient voir figurer dans les programmes des douze candidats à l’investiture suprême, notamment pour redynamiser les communes rurales et les quartiers populaires. Parmi elles : faire participer pleinement les quartiers prioritaires à la transition écologique, réorienter le dispositif MaPrimeRénov’ vers les logements dégradés, clarifier la répartition des responsabilités entre polices municipales et police nationale, favoriser la mixité urbaine pour éviter « les phénomènes de ghettoïsation », etc.

« Présenter une même volonté commune, c’est une première. Habituellement on avait plutôt l’habitude de porter chacun une plateforme [de propositions]. Cette volonté commune nous permet d’appuyer sur un certain nombre de réalités », a salué le maire centriste d’Arras Frédéric Leturque, représentant de l’association Villes de France, au début de cette visioconférence qui réunissait, outre l’AMF, les associations France urbaine, Ville & Banlieue de France, Petites villes de France (APVF) et l’Association des maires d’Île-de-France (AMIF).

Inscrire la politique publique dans la durée

Mais cette présentation sonnait également comme un bilan du quinquennat écoulé, alors que les sondages font du président candidat le favori du scrutin. Et une critique récurrente : le recours aux appels à projets et aux appels à manifestation d’intérêt comme outils privilégiés de l’aménagement du territoire. « Ce qui nous a beaucoup interrogés sur cette mandature, c’est ce système d’appels à projet, et ce manque de confiance sur les réalités territoriales et la capacité du local à construire des politiques publiques », a pointé Frédéric Leturque. Pour le maire socialiste de Lieusaint, Michel Bisson, membre de la commission « Politique de la ville et cohésion sociale » au sein de France urbaine, cette manière de faire ne permet pas de construire des politiques pérennes qui offrent aux élus locaux la visibilité dont ils ont besoin. « Stop aux appels à projets, aux appels à manifestations d’intérêts, tout cela ne peut pas faire des politiques publiques qui s’inscrivent dans la durée, ce ne sont que des coups ici et là. Stop à ces dispositifs-là ! »

Emmanuel Macron veut « continuer à aménager notre pays par les projets »

Un appel qui s’inscrit toutefois en porte-à-faux du projet présidentiel d’Emmanuel Macron. Le 17 mars, à la fin de la présentation de son programme, le chef de l’Etat a évoqué la question locale, et s’est notamment félicité d’avoir mis en place durant son quinquennat une méthode d’action par les appels à projets, dont il a loué le pragmatisme. « Nous adorons les débats sur la décentralisation, mais je considère que durant ces cinq dernières années nous avons fait beaucoup de choses et fait avancer dans nos territoires les projets, parce que nous avons assumé

une politique d’aménagement par les projets, et pas de débat théorique sur les compétences », a-t-il déclaré. Le locataire de l’Elysée veut ainsi « continuer à aménager notre pays par les projets ». Il a notamment cité les différents plans d’action mis en place durant son mandat en faveur des petites villes et des territoires ruraux. « Action cœur de ville, Petites villes de demain, Agenda rural… On a permis de renouveler des places, des gares, de recréer des commerces, des cafés, de déployer des écoles et des infrastructures en accompagnant les maires de façon très concrète quand ils portaient des projets. C’est à ça que l’Etat doit se concentrer », a-t-il martelé.

« Le problème des appels à projet c’est qu’ils favorisent les villes avec un peu de moyens, celles qui ont des équipes qui peuvent y répondre rapidement », relève Patrice Leclerc, vice-président de l’AMIF et maire communiste de Gennevilliers. « Les villes sont inégalitaires dans leur capacité à répondre. Les appels à projets sont sources d’inégalités de traitements entre les collectivités territoriales », alerte-t-il. « Il pleut toujours où c’est mouillé », ajoute l’élu en référence au titre d’un film des années 1970 de Jean-Daniel Simon. Comprenez : on ne prête qu’aux riches.

De son côté, Philippe Rio, le maire communiste de Grigny, qui avait lancé avec une centaine d’élus en 2017 un « appel de Grigny » en faveur des banlieues, ironise sur les « faux AMI » (appel à manifestation d’intérêt). « S’il n’y avait que l’agriculture urbaine cela serait génial. Mais nous sommes arrivés à un stade ou à côté des services Marchés publics, il faut créer un service Appel à projets tant c’est partout, et tout le temps », soupire-t-il.

« Nous demandons un prochain quinquennat stable sur la politique de la ville »

Emmanuel Macron a également indiqué qu’il souhaitait « territorialiser davantage l’action publique ». Sur ce point, les élus estiment que des politiques adaptées aux spécificités locales seront plus efficaces : « Il y a des réalités dans nos territoires qui font que ceux-ci sont divers. Plutôt que de plaquer des politiques nationales, il faut prendre en compte les réalités territoriales », a fait valoir Romain Colas, le maire socialiste de Boussy-Saint-Antoine dans l’Essonne, membre du bureau de l’APVF. Quatre années après la présentation du plan Borloo pour les banlieues, sur lequel le chef de l’Etat a finalement tiré un trait, les élus ont également regretté une série de revirements en matière de politique de la ville, ce qui a, selon eux, privé de visibilité les responsables locaux et compliqué leur action. « Nous demandons un prochain quinquennat stable sur la politique de la ville, que l’on arrête de se prendre les pieds dans le tapis », conclut Philippe Rio.

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