Suez Veolia : « Il est urgent que le gouvernement siffle la fin de la récréation », affirme Sophie Primas

Suez Veolia : « Il est urgent que le gouvernement siffle la fin de la récréation », affirme Sophie Primas

Bruno Le Maire a annoncé la saisie de l’Autorité des marchés financiers après que Veolia a lancé une nouvelle OPA contre son concurrent. Au Sénat, où un comité de suivi a été mis sur pied pour évaluer les conséquences de cette fusion, l’inquiétude est de mise.
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Par Héléna Berkaoui

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La guerre ouverte des deux géants du marché de l’eau et du traitement des déchets, en France n’en finit pas de faire couler de l’encre. Ce lundi, le ministre de l’Economie et de Finances hausse le ton contre Veolia sur l’antenne d’Europe 1 et annonce la saisie du gendarme de la Bourse de Paris justifiant cette décision en ces termes : « Cette offre n’est pas amicale, et cela contrevient aux engagements qui ont été pris à plusieurs reprises par Veolia. Elle pose aussi des questions de transparence. Pourquoi est-ce que, subitement, cette offre a été déposée ? »

La veille au soir, Veolia annonçait le lancement d’une OPA sur les 70,1 % du capital de Suez qu’il ne possède pas, pour 7,9 milliards d’euros au total. Dans la foulée, le tribunal de Nanterre, saisi par Suez, a ordonné à Veolia de suspendre toute OPA dans l’attente d’un débat au fond sur ses précédents engagements d’amicalité. De son côté, le PDG de Veolia se défend de toute opacité ou précipitation maintenant que cette « offre est valable ».

Cet épisode marque un nouveau rebondissement dans l’affrontement auquel se livrent les deux entreprises depuis l’été 2020. Pour mémoire, en octobre Veolia avait obtenu le rachat de 29,9 % du capital de Suez, parts qui étaient détenues par Engie. Premier problème : cette opération a alors été réalisée contre l’avis du principal actionnaire d’Engie, l’Etat. Les dirigeants de Suez restent farouchement opposés à cette fusion qu’ils affirment avoir découverte par voie de presse. Ces derniers mois, les procédures contre Veolia se sont multipliées devant les tribunaux.

« Cette bataille rangée n’augure rien de bon, ni pour l’un, ni pour l’autre de nos champions »

La présidente de la commission des Affaires économiques, Sophie Primas, se dit « hallucinée » par l’annonce de Veolia. « Cette bataille rangée n’augure rien de bon, ni pour l’un, ni pour l’autre de nos champions. On assiste à leur fragilisation », déplore la sénatrice des Yvelines pour qui il est « urgent que le gouvernement siffle la fin de la récréation et réunisse tout le monde autour de la table. Si Bruno Le Maire n’y parvient pas, il faut que le président de la République intervienne ». 

« Il appartient au gouvernement, dans son rôle de garant des intérêts économiques de la Nation, de faire cesser les hostilités entre les deux entreprises et de réunir les parties prenantes pour s’accorder sur un scénario concerté », insiste encore la commission des Affaires économiques dans un communiqué

« Aujourd’hui, on est face à un conflit de personnes et on ne peut pas se permettre cela, c’est destructeur ! », s’alarme Sophie Primas. Les enjeux autour de ce dossier sont effectivement de taille, d’une part les salariés de Suez craignent pour leur emploi et l’avenir de leur entreprise, le directeur général de Suez estime que la fusion entraînerait la suppression de quelque 5 000 emplois dans leur groupe seulement au niveau national. D’autre part, les activités des deux groupes sont indispensables aux collectivités locales et l’impact sur le coût et la qualité des services nourrit beaucoup d’inquiétudes.

« Il y a aussi la problématique de la recherche et du développement », ajoute le socialiste, Hervé Gillé. La fusion des deux fleurons des secteurs de l’eau et des déchets, affaiblirait certainement les moyens de recherche de ce « grand champion français de la transformation écologique ». 

Le calendrier interroge également les parlementaires. Enclenchée en juillet, cette OPA ne semble relever d’aucune urgence. Comme le rappelle, Hervé Gillé, le PDG de Veolia avait invoqué, devant les sénateurs, les risques de se faire doubler par la concurrence étrangère, notamment chinoise, pour justifier ce calendrier serré. Un argument qui ne tient pas au vu de la force des deux opérateurs mondiaux que sont Veolia et Suez, pour le sénateur. 

A gauche toujours, certaines réactions sont plus cinglantes. La sénatrice du Val-de-Marne, Sophie Taillé-Polian, juge que cette OPA « prouve à celles et ceux qui pouvaient encore en douter l’hostilité des intentions de Veolia », et elle apporte son soutien aux salariés de Suez. Le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis, Fabien Gay, fulmine et se montre sceptique quant à l’issue de cette affaire malgré la saisie de l’Autorité des marchés financiers par Bruno Le Maire. « Quels sont les pouvoirs du ministre ? Le gouvernement est en réalité bien démuni, il y a bien quelques remparts, mais ça ne va tenir longtemps », prédit Fabien Gay.

Au Sénat, l’affaire fait l’objet d’un comité de suivi afin d’identifier les risques que la fusion ferait peser sur les consommateurs et les collectivités territoriales. « Ensemble, les deux entreprises représentent aujourd’hui près de 44 % du marché de l’assainissement collectif et 50 % du marché de l’eau en France, sans mentionner leurs actions dans le domaine des déchets et de l’énergie. La constitution d’une entité dotée d’un tel pouvoir de marché éveille des craintes relatives à des augmentations de tarifs sur ces services essentiels pour les citoyens français », s’inquiètent les sénateurs.

Successivement, les dirigeants de Suez, d’Engie et de Veolia ont été auditionnés par les commissions des affaires économiques et celle de l’aménagement du territoire. Sorti de sa réserve, l’ancien patron de Suez, Gérard Mestrallet, a lui aussi été reçu par les sénateurs, il avait alors dénoncé l’attitude « hostile » de Veolia (lire ici). La commission des Affaires économiques va poursuivre ces auditions et recevra, mardi 9 février, l'Autorité de la concurrence ainsi que l’Autorité des marchés financiers (AMF).

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