Suicides d’agriculteurs : les annonces du gouvernement saluées par deux sénateurs en pointe sur le sujet
Le ministre de l’Agriculture a annoncé une série de mesures pour mieux détecter les risques de suicides chez les agriculteurs et accompagner davantage les situations de grande difficulté. La feuille de route gouvernementale intervient après la remise d’un rapport du Sénat. Ses auteurs estiment avoir été entendus.

Suicides d’agriculteurs : les annonces du gouvernement saluées par deux sénateurs en pointe sur le sujet

Le ministre de l’Agriculture a annoncé une série de mesures pour mieux détecter les risques de suicides chez les agriculteurs et accompagner davantage les situations de grande difficulté. La feuille de route gouvernementale intervient après la remise d’un rapport du Sénat. Ses auteurs estiment avoir été entendus.
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Le constat est « terrible », a reconnu ce matin le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie. Ce tableau, c’est celui de la détresse dans le monde agricole. Selon les derniers chiffres de la Sécurité sociale agricole (MSA), 529 suicides ont été recensés en 2016 parmi son 1,6 million d’assurés. Le risque de suicide y est supérieur de 43 % à celui dans la population générale. Au-delà de 65 ans, il est même deux fois plus élevé. Le gouvernement présentait ce 23 novembre sa feuille de route sur la « prévention du mal-être et l’accompagnement des agriculteurs en difficulté ». Le plan, annoncé il y a un an, a été officialisé au ministère de l’Agriculture, en présence d’acteurs du monde agricole mais aussi du ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran.

Pour lutter contre les risques de passage à l’acte, le gouvernement table notamment sur le renforcement des réseaux dits « sentinelles », tous les interlocuteurs volontaires qui gravitent autour des exploitants agricoles et qui pourraient être en mesure de détecter les signes de détresse ou de mal-être. Des formations vont leur être dispensées. Il renforce en parallèle l’accompagnement et les aides aux remplacements d’agriculteurs épuisés ou en proie à des difficultés multiples. Au total, l’enveloppe globale dédiée à la lutte contre le mal-être dans l’agriculture va passer de 30 à 42 millions d’euros (+ 40 %).

« Le sentiment que le ministre a parfaitement appréhendé ce que nous avions pu mesurer au fil de nos auditions »

En élaborant ses annonces sur la prévention des suicides chez les agriculteurs, le gouvernement n’est pas parti d’une feuille blanche. Le député du Lot-et-Garonne, Olivier Damaisin (LREM), avait remis au ministre un rapport sur le sujet en décembre dernier. En mars, deux sénateurs, Henri Cabanel (RDSE) et Françoise Férat (Union centriste), avaient listé 63 recommandations sur le sujet, au terme de plusieurs de mois de travaux. Qu’il s’agisse de financer les remplacements pour congés, de renforcer la notoriété du numéro d’appel Agri’écoute ou d’élargir le réseau des sentinelles, de nombreuses propositions du groupe de travail sénatorial se sont retrouvées dans la feuille de route du ministère. Le syndrome du rapport laissé sur une étagère n’a pas eu lieu.

« En toute franchise, nous sommes très satisfaits des annonces qui ont été faites », réagit Henri Cabanel, qui estime le rapport repris au moins « aux trois quarts ». « Le ministre a tenu compte de plusieurs de nos propositions. » Même satisfecit du côté de Françoise Férat. « Je m’y retrouve pleinement. J’ai vraiment le sentiment que le ministre a parfaitement appréhendé ce que nous avions pu mesurer au fil de nos auditions. »

Viticulteur de profession, Henri Cabanel apprécie notamment la volonté de « réhumaniser » les contacts administratifs adressés à la profession, mais aussi le « changement de paradigme » à l’œuvre. « Les agriculteurs ne s’extériorisent pas. Aller vers me semble être la bonne solution. » Ce sont les personnes au contact des agriculteurs qui pourraient recevoir une formation adéquate pour identifier des difficultés : le conseiller technique d’une chambre d’agriculteur, un élu de la MSA, un banquier, un postier ou encore un élu local. Des comités vont aussi être mis en place d’ici un an par les préfectures, afin de mieux coordonner avec les différents acteurs les réponses à apporter aux difficultés traversées par un exploitant. La sénatrice reste encore marquée par ses auditions de la fin 2020, début 2021, de familles endeuillées par la disparition d’un père, d’un fils ou d’un frère. « Cela a été un moment à nul autre pareil. On ne ressort pas indemne d’un tel travail. »

Au-delà de la détection des « signaux faibles », le plan d’action se concentre aussi sur le renforcement de « l’aide au répit ». Son budget est porté de 3,5 à 5 millions d’euros et permettra de financer le remplacement de jours pour les exploitants en situation d’épuisement professionnel. Le crédit d’impôt de remplacement à la suite d’une maladie ou d’un accident du travail, sera prorogé jusqu’au 31 décembre 2024 et son taux sera augmenté à 60 % au lieu de 50 %.

« Ces propositions semblent particulièrement importantes. Il y a des agriculteurs qui n’ont aucun jour de repos, je pense aux laitiers. Cette aide vient faciliter quelques moments de repos qui sont absolument nécessaires », témoigne la sénatrice Françoise Férat. Pour l’année 2019, la durée moyenne hebdomadaire de travail s’élevait à 55 heures chez les agriculteurs, contre 37 heures pour l’ensemble des personnes en emploi, selon l’Insee.

« La racine du mal n’est absolument pas traitée »

Le volet des annonces vient aussi être complété par le renforcement de dispositifs d’accompagnement économique, comme l’augmentation du budget de l’aide à la relance ou des aides au diagnostic des exploitations.

Autre sénateur investi sur les questions agricoles à la commission des affaires économiques du Sénat, le sénateur LR Laurent Duplomb se dit « partagé » sur les décisions. « La feuille du retour du jour améliore la prise de conscience, la prise en compte plus précoce de certains phénomènes que l’on peut endiguer, mais la racine du mal n’est absolument pas traitée », considère cet éleveur de vaches laitières. Le parlementaire de Haute-Loire souligne que le gouvernement ne s’attaque pas vraiment aux problèmes structurels, comme le poids des normes sur l’agriculture ou les « injonctions contradictoires ».

Si elle peut permettre d’améliorer la détection du mal-être, la feuille de route présentée par le gouvernement n’épuise pas pour autant tous les enjeux qui pèsent sur la profession, et notamment la problématique du revenu. Selon l’Insee, le revenu moyen des agriculteurs atteint 1 390 euros (soit 200 euros de moins que le Smic).

« La mère des batailles est la rémunération des agriculteurs », a fait valoir Julien Denormandie, qui rappelle que la loi Egalim 2, récemment adoptée par le Parlement prend mieux en compte les coûts de production. « Le travail sur le revenu n’est pas terminé. Il faut encore et encore trouver des solutions qui permettent aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail », note le sénateur Henri Cabanel.

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