Suppressions de postes chez Sanofi : « Ça tombe extrêmement mal »
L'annonce de la suppression de 1000 emplois chez le géant de l'industrie pharmaceutique suscite l'inquiétude des syndicats et des élus. A contre-pied des discours sur les relocalisations et la souveraineté sanitaire, la nouvelle a de quoi embarrasser l'exécutif.

Suppressions de postes chez Sanofi : « Ça tombe extrêmement mal »

L'annonce de la suppression de 1000 emplois chez le géant de l'industrie pharmaceutique suscite l'inquiétude des syndicats et des élus. A contre-pied des discours sur les relocalisations et la souveraineté sanitaire, la nouvelle a de quoi embarrasser l'exécutif.
Public Sénat

Par Fabien Recker

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’était le 16 juin dernier. Emmanuel Macron visitait un site de Sanofi près de Lyon. L’occasion pour le chef de l’État de parler souveraineté sanitaire et relocalisations. Dix jours plus tard, patatras :  le groupe pharmaceutique a annoncé la suppression de 1700 emplois, dont un millier en France, dans le cadre d’une « nouvelle stratégie » comme l’a confirmé à l’AFP le président France du groupe, Olivier Bogillot.

« Le moins que l’on puisse dire c’est que ça tombe extrêmement mal » reconnaît Sophie Primas, présidente (LR) de la commission des Affaires économiques du Sénat. « Une réflexion sur la compétitivité de Sanofi en France semble être à l'œuvre » s’inquiète la sénatrice. « On dit en permanence qu’il faut faire de la valeur ajoutée en France. Si on n’en fait pas dans le médicament, je ne sais pas où il y en a ! »

Fonctions support

L’entreprise, qui emploie 25 000 salariés dans l'Hexagone et 100 000 dans le monde, a affirmé qu’elle ne ferait pas de plan social et miserait sur des départs volontaires. Pas de quoi rassurer Pascal Lopez, délégué FO chez Sanofi. « On sort tout juste d’un plan social qui doit se terminer au 30 juin et qui a conduit à 1 200 suppressions de postes, dont 600 dans les fonctions support » rappelle le syndicaliste.

Selon lui, les fonctions support rassemblées dans l'entité Sanofi Aventis Groupe seraient les plus menacées par les nouvelles suppressions de postes. Les divisions Sanofi Winthrop (production) et Sanofi Aventis France (activités commerciales) pourraient également être touchées. Les détails doivent être communiqués aux représentants syndicaux lors de deux comités de groupe les vendredi 26 juin et lundi 29 juin.

« On le vit mal »

Pour Pascal Lopez, la stratégie de Sanofi est de « dégraisser le mammouth. La direction compte sous-traiter tout ce qu’elle peut sous-traiter. Des pans entiers de l'activité sont transférés à des sous-traitants ». Une cure d'amincissement déjà amorcée par la fermeture annoncée d’un site de R&D à Alfortville et un projet de cession de six sites de production chimique. « Sanofi ne serait plus majoritaire, les salariés passeraient sous un autre étendard » s’inquiète Pascal Lopez. En décembre dernier, le PDG du groupe Paul Hudson avait annoncé un plan d’économies de deux milliards d’euros d’ici 2022.

« On le vit mal » témoigne Pascal Lopez. « Il y a un phénomène d’accumulation. Les salariés sont aux abois, ils n’en peuvent plus. » Le syndicaliste pointe des phénomènes de burn-out et de dépression, à prendre d’autant plus au sérieux selon lui, que trois salariés ont récemment mis fin à leurs jours. « Le 5 octobre, le 9 mai et le 19 juin. On n’est pas France Telecom » tempère Pascal Lopez, mais il appelle à la vigilance.

Monde d'avant

Ces éventuelles suppressions d’emplois ont en tout cas de quoi embarrasser l'exécutif, qui vient d’annoncer une enveloppe de 200 millions d’euros pour soutenir la relocalisation d’emplois dans l'industrie pharmaceutique. « Sanofi a versé 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2019 » rappelle Fabien Gay, sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis et membre de la commission des Affaires économiques. « C’est une boîte qui travaille avec 80% de son chiffre d’affaires en France qui est remboursé par la Sécurité sociale, et qui en même temps touche des millions d’euros d’aides via les crédits d’impôts ! Si à la fin ça se termine par mille suppressions de postes, c’est un scandale ». Pour le sénateur, il est plus que temps de conditionner les aides aux entreprises. « Sinon, on n’a rien compris à la crise. Le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant ».

Quelles sont les intentions de Sanofi ? « Si derrière cette réorganisation, il y a un plan d'investissements en France, on ne peut pas le reprocher à Sanofi. C’est quand tout va bien qu’il faut se préparer. Mais si ce n'est pas ça, c'est très inquiétant » analyse Sophie Primas. Le groupe vient justement d’annoncer plus d’un demi-milliard d’euros d’investissements en France dans la recherche et la production de vaccins. Pascal Lopez, délégué FO, croit deviner des « projets de fusion acquisition » derrière la stratégie d'économies du groupe. « Si ce projet pérennise l’entreprise, pourquoi pas. Mais ce que nous ne voulons pas, c’est ce qui est en train de se passer aujourd’hui. C'est-à-dire qu’on maltraite le personnel ». 


 

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Suppressions de postes chez Sanofi : « Ça tombe extrêmement mal »
5min

Politique

Exclu Public Sénat : Le président du Medef critique les « déclarations très guerrières » de la nouvelle présidente du Cese Claire Thoury

Après l’élection, mercredi 20 mai, de la présidente du Mouvement associatif Claire Thoury, à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Patrick Martin réagit. Le président du Medef met en garde, jeudi 21 mai, contre « un dévoiement » de l’organisation et enjoint sa nouvelle présidente à « ne pas faire de politique ».

Le

Statement by French Outgoing Prime Minister Sebastien Lecornu – Paris
10min

Politique

« 710 millions d’euros d’aides nouvelles » : prime carburant, taxis, pêcheurs, aides à domicile...Retrouvez le détail des annonces du gouvernement pour faire face à la crise

Le premier ministre Sébastien Lecornu a tenu une conférence de presse ce jeudi pour y dévoiler de nouvelles aides ciblées. Accompagné de plusieurs de ses ministres, Sébastien Lecornu qui a affirmé que la guerre en Iran allait durer, a annoncé 710 millions d’aides nouvelles. Retrouvez le détail des aides secteur par secteur, et les temps fort de cette conférence de presse.

Le

Suppressions de postes chez Sanofi : « Ça tombe extrêmement mal »
4min

Politique

Élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie : « Le gouvernement s’est appuyé sur mon texte pour aller plus vite », explique le sénateur LR Georges Naturel

Par l’adoption définitive de la proposition de loi du sénateur de Nouvelle-Calédonie, Georges Naturel, le Parlement ouvre la voie à l’élargissement du corps électoral à plus de 10.000 natifs de l’archipel. Mais il regrette que son texte ait été examiné dans la précipitation. « A 40 jours d’une élection, modifier le corps électoral, ce n’est pas tout à fait normal », pointe Georges Naturel.

Le

Suppressions de postes chez Sanofi : « Ça tombe extrêmement mal »
5min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : le Sénat habilite le gouvernement à avoir recours aux ordonnances

Mercredi soir, le Sénat a adopté le projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration et l’asile. Un choix nécessité par l’urgence du calendrier. Les Etats membres ont jusqu’au 12 juin pour transposer le Pacte en droit français. A cette date la plupart des dispositions du pacte seront applicables directement à l’ensemble des Etats membres.

Le