Sur les terres de Juppé, droite déboussolée cherche candidat
"Ni gauche, ni droite, ni droite, ni gauche" : cette formule d'Alain, sympathisant de la droite girondine, illustre le désarroi d'un électorat...

Sur les terres de Juppé, droite déboussolée cherche candidat

"Ni gauche, ni droite, ni droite, ni gauche" : cette formule d'Alain, sympathisant de la droite girondine, illustre le désarroi d'un électorat...
Public Sénat

Par Régine LAMOTHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"Ni gauche, ni droite, ni droite, ni gauche" : cette formule d'Alain, sympathisant de la droite girondine, illustre le désarroi d'un électorat qui après le retrait de Juppé préfère Macron à Fillon ou cherche encore son champion pour la présidentielle.

Le maire LR de Bordeaux, Alain Juppé, qui était attendu sur ses terres comme l'homme providentiel face à un François Fillon empêtré dans les affaires, s'est retiré définitivement de la course le 6 mars, au risque de déstabiliser tout un pan de la droite.

Alain, issu de cette droite déboussolée, a retrouvé le nord sous la bannière d'En Marche! avec Emmanuel Macron, "l'homme de la situation".

Trois jours après le renoncement du maire de Bordeaux, cet avocat quinquagénaire, comme des centaines d'autres juppéistes "orphelins", fait la queue à Talence, en Gironde, pour assister au meeting du premier des "marcheurs".

- 'Fillon, pas question' -

"Il n'y a plus de famille politique, il faut dépasser les clivages traditionnels qui n'ont plus de sens en 2017", souligne Alain, avec la même conviction que l'ex-ministre de l'Economie qui ne se réclame ni de la gauche, ni de la droite.

Pour Claire, une retraitée septuagénaire également convertie au "macronisme", "les projets Juppé-Macron, ne sont pas si éloignés". "J'aurais voté pour Juppé... mais Fillon, pas question! Il est très conservateur, et puis il y a toutes ces affaires."

Venus en simples curieux, Monique et Philippe, "électeurs traditionnellement de droite", excluent le vote Fillon. "Les dernières magouilles m'ont suffi !", s'agace Monique. "La probité, la probité, voilà !", assène son mari. Le couple de retraités est convaincu qu'"il faut changer", mais son choix n'est pas fait : "On vient voir ce que présente Macron".

Loin des meetings d'En marche!, Jean-Louis David (LR), fidèle parmi les fidèles du maire de Bordeaux dont il est l'adjoint, traduit le sentiment d'une partie de cette droite désorientée : "Je n'ai plus de candidat pour le premier tour de l'élection présidentielle".

L'élu girondin constate, résigné, que "les clivages dans notre famille politique sont tels" qu'Alain Juppé n'était plus en mesure de rassembler.

Tous partagent avec lui le constat de "gâchis" : républicains juppéistes mais aussi centristes tout acquis à Juppé qui regardent désormais vers Macron, ou peut-être l'abstention.

Ils sont issus de cette droite qui se veut "humaniste", "libérale", "européenne", parfois chrétienne mais clairement dissociée du mouvement "Sens commun" porté par les traditionalistes de "la manif pour tous", où François Fillon trouve aujourd'hui ses plus ardents soutiens.

- 'Etonnés et perdus' -

Le maire de Bordeaux, Alain Juppé (Les Républicains), le 9 mars 2017
Le maire de Bordeaux, Alain Juppé (Les Républicains), le 9 mars 2017
AFP/Archives

"On ne peut pas forcer un âne à boire s'il n'a pas soif", s'exaspère un autre cadre de la droite bordelaise, qui n'a pas de mots assez sévères pour dénoncer le maintien du candidat officiel malgré ses déboires judiciaires.

"Comment pourrait-on ne pas être sévère à l'égard de quelqu'un qui pendant des semaines et des semaines nous a dit +si cette situation se présente (allusion à sa mise en examen actée depuis le 14 mars) j'agirai de telle manière (allusion à sa promesse initiale d'un retrait)+ et qui au moment où la situation se présente fait l'inverse", s'indigne Jean-Louis David.

"Les gens dans la rue sont étonnés et perdus. Nos amis, autour de nous, nous disent +maintenant on ne sait plus pour qui voter+".

"Il y a un vrai sentiment de confiance disparue et d'abandon chez celles et ceux qui se référaient à nos valeurs", observe ce fervent juppéiste.

A défaut des alternatives Bayrou ou Juppé, l'adjoint MoDem Fabien Robert, proche du maire de Bordeaux, se "sent un peu orphelin" comme beaucoup de centristes qui n'ont pas encore arrêté leur choix. "Il y a huit mois Juppé était vainqueur, il y a six mois c'était Fillon, et aujourd'hui on entend parler d'une enquête préliminaire sur un déplacement ministériel de Macron à Las Vegas", relève-t-il.

"Jamais élection n'aura été aussi incertaine et électorat aussi volatil", note l'élu centriste. "Aujourd'hui, 10% de notre famille vote Fillon, 50% Macron et le reste s'interroge."

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le