Nicole Bonnefoy

Suspendue à titre conservatoire du PS, la sénatrice Nicole Bonnefoy dénonce une décision « irrégulière »

Jeudi soir, lors d’un bureau national, le Parti socialiste a décidé de suspendre à titre conservatoire la sénatrice de la Charente Nicole Bonnefoy, pour s’être présentée à la présidence de son département contre la candidate investie. Une sanction qualifiée d’ « irrégulière » par la sénatrice, ce que conteste la direction du parti. « Quand on est dans un parti politique, on respecte les règles collectives», répond un cadre PS. Nicole Bonnefoy reste cependant sénatrice et membre du groupe PS au Sénat.
Mathilde Nutarelli

Temps de lecture :

5 min

Publié le

La décision a été prise jeudi, lors de la réunion du bureau national du Parti socialiste : la sénatrice de la Charente Nicole Bonnefoy est suspendue à titre conservatoire, pour avoir « contribué » à faire basculer à droite le département dans lequel elle est élue, d’après un membre de la direction du parti, cité par Politico.

Le 16 septembre dernier, c’est le MoDem Jérôme Sourisseau qui l’a emporté à la tête du département de la Charente, à l’issue d’un scrutin serré à trois tours. Le socialiste Philippe Bouty, avait démissionné le 1er septembre dernier, dans un contexte de crise politique. Rembobinons.

De fortes tensions dans la majorité de gauche du département qui ont conduit à la démission de son président

En 2021, le socialiste ravit le département à la droite. Mais en 2024, il échoue à faire adopter un budget pour l’année à venir. L’une des membres de sa majorité, la sénatrice Nicole Bonnefoy, a décidé de faire sécession avec cinq autres élus et de créer un groupe pour protester contre la gestion du président. « Les divisions étaient très importantes depuis très longtemps », explique cette dernière à publicsenat.fr, « elles sont liées à des dysfonctionnements graves mis en lumière sous la présidence de Philippe Bouty ». Faute de budget, la collectivité est mise sous tutelle du préfet, et c’est en juin que la Cour régionale des comptes établit son budget. Les appels à la démission de Philippe Bouty se font entendre, ce dernier s’exécute le 1er septembre.

Le 16 septembre, se tient le scrutin pour élire le nouveau président du département. Trois candidats sont en lice : Célia Hélion, issue de la majorité sortante de gauche, Jérôme Sourisseau, candidat MoDem de la droite et du centre et Nicole Bonnefoy, appuyée de quelques autres élus dissidents. Lors des deux premiers tours, la candidate de gauche obtient 16 voix, le candidat de droite 18 et Nicole Bonnefoy 4, sur les 38 au total. Il fallait vingt voix pour l’emporter. Cette dernière se retire au troisième tour et vote blanc, avec trois autres personnes, permettant à Jérôme Sourisseau de l’emporter. Ce dernier, à l’issue du vote, a tendu la main à ses concurrentes pour rejoindre sa majorité. Une proposition refusée par Célia Hélion, mais pas par la sénatrice. « Dans ma candidature, j’appelais à une coalition gauche droite », explique-t-elle, « car aujourd’hui, personne n’est majoritaire, il faut que les gens composent entre eux pour sortir un exécutif ».

Un « comportement indigne » pour Nicole Bonnefoy

La sénatrice dénonce la sanction du bureau national, qu’elle juge « irrégulière ». « Selon les statuts du parti, les parlementaires ont un statut à part. Ce n’est pas le bureau national qui peut les sanctionner, c’est uniquement la commission nationale des conflits ou le conseil national », juge Nicole Bonnefoy. Elle dénonce par ailleurs des « irrégularités » dans l’investiture de Célia Hélion comme candidate du PS au département de la Charente : « Elle a été désignée, en dehors de toutes les règles du parti, par une douzaine de personnes, juste avant le scrutin, alors qu’elle n’est pas adhérente », argue-t-elle. Elle affirme avoir contesté cette désignation. Nicole Bonnefoy dénonce un « comportement indigne, un diktat clanique » de la part de la direction du parti. Elle affirme se réserver le droit de ne pas reprendre sa carte.

« Quand on est dans un parti politique, on respecte les règles collectives »

Contactée, la direction du PS conteste le caractère irrégulier de la décision : « C’est l’article 4.3.4 de nos statuts : ‘le Bureau national peut, à titre conservatoire, suspendre un adhérent de sa qualité d’adhérent dans l’attente d’une décision de la commission disciplinaire compétente’ », rappelle un cadre du parti.

« Quand on est dans un parti politique, on respecte les règles collectives. On ne fait pas ce qu’on veut. Et surtout, on ne fait pas passer un département de gauche à droite. On ne se présente pas contre des candidats qui ont été investis par le parti. », argumente ce même cadre, « quand on ne respecte pas les règles, on est sanctionné jusqu’à la possible exclusion, quel que soit son mandat, et c’est valable pour cette situation comme pour demain, évidemment ».

A quelques mois des élections municipales, la perte d’un département à la suite d’une dissidence est un mauvais message pour le PS.

Au Sénat, « cela ne change rien au fonctionnement du groupe »

La suspension de Nicole Bonnefoy ne change rien pour le groupe au Sénat. « Cela concerne Nicole Bonnefoy comme conseillère départementale, c’est une décision très circonscrite à la situation de la Charente », annonce Patrick Kanner, président du groupe socialiste du Sénat. Il salue le « travail formidable » de la sénatrice, « élue et réélue depuis dix-sept ans ». « Cela ne change rien au fonctionnement du groupe et n’a pas de conséquence à mon niveau », affirme-t-il. Selon lui, les sénateurs présents à la réunion de jeudi n’ont, pour la plupart d’entre eux, pas pris part au vote. Nicole Bonnefoy exprime son souhait de demeurer dans le groupe, tant qu’elle peut continuer à « travailler en bonne intelligence » avec ses membres.

Par ailleurs, la suspension de la sénatrice n’étant que conservatoire, elle devra être tranchée sur le fond par la Commission nationale des conflits du parti, l’instance qui doit gérer les différends en interne. La date de la décision n’est pas encore connue car cet organe n’est pas encore installé.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Suspendue à titre conservatoire du PS, la sénatrice Nicole Bonnefoy dénonce une décision « irrégulière »
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le