Suspension de la réforme des retraites : « La censure n’aurait pas été une position totalement stupide », pour les Républicains, avance Muriel Jourda

Le gouvernement Lecornu II est parvenu à se négocier un sursis, en acceptant de suspendre la réforme des retraites jusqu’au 1er janvier 2028, ardemment réclamée par les socialistes. Une ligne rouge des Républicains, qui ont toutefois décidé de ne pas censurer. Un choix que n’aurait pas fait la sénatrice Muriel Jourda.
Aglaée Marchand

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Il manquait juste le mot magique. En annonçant suspendre la réforme des retraites de 2023 jusqu’à la prochaine élection présidentielle lors de sa déclaration de politique générale, Sébastien Lecornu a fini par accéder aux doléances du PS, s’évitant leurs voix lors des votes de motions de censure déposées par la France insoumise et le Rassemblement national. A 18 voix près, le gouvernement Lecornu II survit aux premières tentatives de le faire chuter.

Chez les Républicains, la ligne du parti était claire : on ne soutient pas, mais on ne censure pas. Les troupes ont suivi le mot d’ordre du bureau politique, à l’exception de la députée des Alpes-Maritimes Alexandra Martin, qui a voté pour la motion de censure de LFI. A noter également, le corse François-Xavier Ceccoli et l’ardennais Pierre Cordier, ont voté pour celle du RN, un moyen de témoigner leur mécontentement au compromis acté avec les socialistes, sans toutefois prendre le risque de voir tomber le gouvernement, puisque cette motion n’était pas suivie par une partie du bloc de gauche, ne récoltant finalement que 144 voix pour.

« Nous ne sommes pas vraiment sur la même longueur d’onde avec le Premier ministre »

A quelques kilomètres de l’Assemblée nationale, au Palais du Luxembourg, la sénatrice du Morbihan Muriel Jourda est catégorique, elle n’aurait pas « approuvé la mise en œuvre d’un budget socialiste ». Elle défend un parti qui fait front commun contre la participation au gouvernement : « C’est le parti, c’est le bureau politique, c’est Bruno Retailleau », excluant toute opposition entre sénateurs et socialistes. Mais si elle « [avait] été députée », « la censure n’aurait pas été une position totalement stupide », avance-t-elle, considérant que « ce n’était pas une mauvaise réponse à un mauvais budget ». Pas question d’approuver une déclaration de politique générale qui « démontre à quel point nous nous éloignons de ce que sont nos marqueurs à droite », ni une feuille de route qui « augmente » des prélèvements « déjà au maximum » et « ne dit rien des vrais sujets que sont l’immigration, l’islam radical, la sécurité ». Et de déplorer : « Nous ne sommes pas vraiment sur la même longueur d’onde avec le Premier ministre ».

Vers un bras de fers entre les deux chambres du Parlement ?

« Nous ne sommes pas hostiles par nature ici au Sénat, à quel gouvernement que ce soit », précise la sénatrice, « mais les Républicains ont des lignes à tenir, définie par notre parti politique ». Des exigences qui « seront tenues » dans la Haute chambre, assure Muriel Jourda, et qui « ne seront absolument pas celles annoncées par le budget de Sébastien Lecornu ».

Un duel entre l’Assemblée nationale et le Sénat « ne serait pas nouveau » : « Chaque chambre vote ce qu’elle a envie de voter, on fait une commission mixte paritaire, on s’entend ou on ne s’entend pas ». La première peut toutefois avoir le dernier mot, « si elle arrive à trouver une solution effectivement », concède l’élue du Morbihan.

Mais s’il veut sortir de l’impasse de cette crise politique, « c’est au gouvernement d’aller, s’il le souhaite, se sortir des griffes de la gauche, dans lesquelles il s’est mis tout seul », dénonce la présidente de la commission des Lois. S’inquiétant d’un Parti socialiste qui « fera monter les enchères » et « sera insatiable », elle considère que « c’est au ministre » de « résoudre » ces difficultés.

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