Syrie : une délégation parlementaire se rendra au Kurdistan en début d’année

Syrie : une délégation parlementaire se rendra au Kurdistan en début d’année

En marge du regain de tensions entre la Turquie et les forces kurdes du nord de la Syrie et de l’Irak, un groupe de quatre sénateurs et d’une députée, issus de différents horizons politiques, envisagent de se rendre dans la région du Rojava au mois de janvier. Ils veulent rappeler le rôle essentiel des Kurdes dans la lutte contre Daesh, alors qu’Ankara semble sur le point de lancer une offensive contre le Kurdistan.
Romain David

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« Nous voulons voir de près ce que nous sentons de loin, à savoir le risque de résurgence de Daesh », explique la sénatrice UDI de La Réunion Nassimah Dindar. Cette élue va participer au début du mois de janvier, avec un petit groupe de parlementaires, à un déplacement au Rojava, territoire kurde de Syrie. La délégation, composée de quatre sénateurs - outre Nassimah Dindar, les communistes Pierre Laurent et Laurence Cohen, ainsi que le socialiste Rémi Féraud – et d’une députée, l’écologiste Marie Pochon, a sollicité un entretien avec la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, pour obtenir l’appui du gouvernement et définir les conditions de sécurité de ce voyage. « On parle souvent de diplomatie parlementaire. Nous avons aujourd’hui un rôle d’interpellation », a martelé Rémi Féraud à l’occasion d’une conférence de presse commune, ce jeudi 1er décembre.

L’objectif : faire montre du soutien français aux Kurdes, sous le coup de bombardements turcs depuis plusieurs jours. Et alerter sur les risques liés à un regain de tensions dans la région, ce qui pourrait favoriser le retour des combattants djihadistes. Cette démarche s’inscrit dans la suite de la tribune publiée par Le Journal du Dimanche fin juillet, baptisée « Il faut contrer la folie guerrière d’Erdogan », et signée par 102 parlementaires de tous bords. Une initiative lancée par la sénatrice du Val-de-Marne Laurence Cohen. « La situation est extrêmement tendue. Nous voulons en montrer la gravité à travers une mobilisation des parlementaires de toutes sensibilités confondues. Erdogan profite des regards braqués sur l’Ukraine pour bombarder infrastructures, hôpitaux, écoles… », pointe-t-elle.

« Pour le moment, nous jugeons que la réaction internationale, dont celle de la France, n’est pas à la hauteur de l’enjeu », abonde Pierre Laurent, qui rappelle que Paris a déjà été en mesure de freiner les prétentions du président turc Recep Tayyip Erdogan, en Méditerranée orientale notamment. Le sénateur a également adressé une question écrite au gouvernement, afin que la France appuie la mise en place d’une enquête internationale, alors que des allégations sur l’emploi d’armes chimiques par la Turquie au Kurdistan irakien se multiplient.

Les visées expansionnistes de la Turquie

La Turquie semble désormais prête à lancer une nouvelle offensive terrestre contre la Syrie. Le président Erdogan a ordonné le 20 novembre une série de raids aériens dans le nord-est du pays et le nord de l’Irak, une zone aux mains des rebelles kurdes, alliés des Occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique, mais qu’Ankara continue à considérer comme des « terroristes ». Ces bombardements constituent des représailles à l’attentat du 13 novembre dernier à Istanbul, qui a fait 6 morts et 80 blessés. Officiellement, l’attaque n’a pas été revendiquée, mais Ankara estime qu’elle a été planifiée depuis le Kurdistan. Depuis des mois, le président turc se dit « déterminé » à créer un « corridor de sécurité » de 30 km le long de la frontière turco-syrienne, une ambition à laquelle le désengagement des Américains dans la région et le conflit ukrainien semblent laisser le champ libre.

Les Occidentaux redoutent que de nouveaux combats ne se fassent à la faveur des djihadistes. Sébastien Lecornu, le ministre français des Armées, s’en est ouvert à son homologue turc, Hulusi Akar, au cours d’un entretien téléphonique mardi. « Il a prévenu qu’une intervention, en particulier à l’Est de l’Euphrate, risquait de mettre en danger la sécurité des personnels de la Coalition internationale opérant dans le Nord-Est syrien et de favoriser l’évasion de combattants de l’Etat islamique compromettant ainsi la sécurité de nos concitoyens en France », indique un communiqué du ministère.

Un « modèle » kurde

Le programme et la durée du voyage parlementaire restent encore à préciser, mais les élus entendent se rendre dans des sites clefs de la résistance à Daesh, échanger avec différents responsables locaux, « mais aussi se porter à la rencontre des populations ». « Il y a une tentation à abandonner les Kurdes à leur sort. Ce serait une faute morale vis-à-vis d’alliés qui ont été et sont encore absolument indispensables dans la lutte contre le djihadisme », plaide Rémi Féraud. Les parlementaires veulent également faire valoir « les initiatives en matière de démocratie participative » mise en place au Rojava et qui doivent, selon eux, servir de « modèle » dans une région bouleversée par l’extrémisme politico-religieux, sur fond de guerre civile syrienne.

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