Taxation des complémentaires santé : « Une mesure purement fiscale » pour Bernard Jomier
Alors que le gouvernement met en place une taxation exceptionnelle des complémentaires de santé, certains sénateurs estiment qu’il serait nécessaire d’entamer une réflexion de fond sur la place de ces organismes dans le système de santé.

Taxation des complémentaires santé : « Une mesure purement fiscale » pour Bernard Jomier

Alors que le gouvernement met en place une taxation exceptionnelle des complémentaires de santé, certains sénateurs estiment qu’il serait nécessaire d’entamer une réflexion de fond sur la place de ces organismes dans le système de santé.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le gouvernement a tranché. Si, pour beaucoup d’entreprises, l’épidémie de Covid-19 a été synonyme de baisse de revenus,  les complémentaires santé ont économisé 2,6 milliards d’euros pendant la crise. Une taxation exceptionnelle d’un montant de 1,5 milliard d’euros leur sera donc imposée, ont annoncé, ce jeudi, les ministres de la Santé et des Comptes publics, Olivier Véran et Olivier Dussopt.  Dévoilée par Les Echos, le 3 août dernier, cette taxation est en discussion depuis le printemps dernier. Olivier Véran et Gérald Darmanin, alors ministre de l’Action et des Comptes publics, avaient écrit aux complémentaires, en juin, pour leur demande de prendre « leur juste part » à l’effort, précisant qu’il était inconcevable qu’elles tirent un « bénéfice économique de cette crise ». En juillet, les assureurs, les institutions de prévoyance et les mutuelles ont été informées du projet de taxation du gouvernement, et de la volonté de l’exécutif d’inscrire cette taxe ponctuelle dans le prochain budget de la Sécurité sociale, qui sera discuté à l’automne.

Actée depuis août, cette mesure est présentée par le gouvernement comme une « récupération des montants qui n’ont pas été déboursés », liés à la chute des dépenses de santé pendant le confinement, et à la prise en charge à 100% par l’Assurance maladie de certains actes comme les téléconsultations. Dans les faits, les complémentaires santé devront donc verser cette taxe de 1,5 milliard d’euros à l’Etat en deux fois : un milliard en 2021, puis 500 millions en 2022. Cette contribution devrait être assise sur la taxe de solidarité additionnelle prélevée sur les cotisations, et les modalités seront inscrites dans les prochains budgets de la Sécurité sociale. Le solde à régler, quant à lui, devrait être révisé en fonction des gains réels et des coûts constatés.

« Il est logique qu’elles participent à l’effort national »

 « C’est tout à fait logique que les complémentaires santé participent à l’effort national dans ce domaine-là », estime le vice-président de la commission des Affaires sociales du Sénat René-Paul Savary (Les Républicains). « Elles ont eu moins de dépenses pendant la période de confinement et ce sont des organismes qui assurent à risques moins importants que la Sécurité sociale. Deux prélèvements, cela me paraît cohérent. Il faudra surtout réactualiser le montant car il peut y avoir un rebond, le retard n’est toujours pas comblé et des coûts supplémentaires seront engendrés par rapport au budget », ajoute le sénateur.

Mais cette taxation inédite des complémentaires santé participe aussi à relancer le débat sur une réorganisation en profondeur du rôle de ces complémentaires dans le système de santé. « Le gouvernement veut demander aux complémentaires de compenser le surcoût de dépenses de la Sécurité sociale », analyse le sénateur socialiste, également membre de la commission des Affaires sociales, Bernard Jomier. « Mais si ces complémentaires ont eu moins de dépenses, c’est à leurs cotisants qu’elles devraient rendre l’argent. Le gouvernement racle les fonds de tiroir, j’espère qu’ils feront la même chose dans tous les autres domaines, par exemple avec les transitaires qui ont fait exploser leur marge sur les masques pendant la pénurie…  A mon sens, c’est une mesure purement fiscale et qui ne donne pas suite à la réflexion nécessaire sur la place des complémentaires santé dans notre système ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le