Le président du Sénat Gérard Larcher proteste contre les propos "offensants et irrespectueux" du directeur de cabinet d'Emmanuel Macron à l'égard d'un sénateur, dans un courrier adressé au Premier ministre, dont l'AFP a pu prendre connaissance mardi.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un regain de tensions entre le Sénat et l'Elysée et fait suite à l'examen du projet de loi de Finances pour 2020, le 28 novembre, où la chambre haute du Parlement, dominée par l'opposition de droite, avait épinglé la présidence pour ses dépenses.
Le rapporteur pour avis de la commission des Lois, Jean-Pierre Sueur (PS), avait dénoncé au passage "un comportement pour le moins peu républicain" des services de l'Élysée qui avaient "refusé" de le recevoir, "alors que cette rencontre avait lieu chaque année sans que cela posât le moindre problème".
Le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda devant la commission du Sénat enquêtant sur l'affaire Benalla, le 16 janvier 2019 à Paris
AFP
Le directeur du cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, avait aussitôt réagi dans un courrier adressé au journal Le Monde. "De manière générale quand je suis sollicité pour un entretien, je ne reçois que les personnes respectables et/ou celles qui ne me font pas perdre mon temps", avait écrit M. Strzoda cité par Le Monde.
Dans un courrier au Premier ministre Edouard Philippe, en date du 9 décembre, dont l'AFP a pu prendre connaissance, le président du Sénat Gérard Larcher (LR) estime que de tels propos sont "offensants et irrespectueux à l'égard de notre collègue comme de la représentation nationale".
"Ils présentent un caractère de gravité tout particulier dès lors qu'ils mettent en cause un membre du Parlement dans l'exercice de la mission qui lui a été confiée à l'occasion de l'examen de la loi de finances", ajoute le président du Sénat.
Rappelant que le chef du gouvernement assume "la responsabilité des relations entre l'exécutif et le Parlement", M. Larcher demande au Premier ministre de lui "confirmer que le pouvoir exécutif ne considère pas que les parlementaires (...) lui +font perdre son temps+ lorsqu'ils assument leurs missions constitutionnelles".
Le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner, avait déjà protesté, dans un communiqué, contre les "propos insultants" de M. Strzoda. "Ces propos montrent que ni la rancœur ni l'amertume ne sont bonnes conseillères", ajoutait M. Kanner.
M. Sueur a été corapporteur de la commission d'enquête sur l'affaire Benalla qui avait déjà donné lieu à une vive querelle entre Sénat et Elysée. Une procédure avait été ouverte par le parquet de Paris pour des soupçons de "faux témoignage" devant cette commission visant notamment M. Strzoda. Elle a été classée sans suite pour le directeur de cabinet.
Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.
Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.
Au lendemain de la découverte dans le Gers d'un corps étant probablement celui de Lyhanna, le président de la République dénonce depuis le Monténégro, un « dysfonctionnement inacceptable ». A l’issue de réunion de crise à Matignon entre Gérald Darmanin, Laurent Nunez et Sébastien Lecornu, ils « ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux ».
Interrogé sur Public Sénat, le sénateur LR Hugues Saury assume le rejet par son groupe, mardi, de l’article phare de la loi de programmation militaire. La droite espère encore arracher une rallonge supplémentaire à la hausse de 36 milliards d’euros du budget des armées inscrite dans le texte, qui file en commission mixte paritaire.