Tensions au PS autour de la campagne de Benoît Hamon

Tensions au PS autour de la campagne de Benoît Hamon

Si Benoît Hamon a rassemblé les écologistes, il reste du travail chez les socialistes… Une partie des soutiens de Manuel Valls ne se retrouvent pas dans la campagne menée. Le sénateur Luc Carvounas appelle ses amis à rester unis car « tout se joue dans les trois prochaines semaines ».
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Le spectre de la division plane sur la campagne de Benoît Hamon. Après la victoire du socialiste à la primaire, certains imaginaient de grands mouvements de départs vers Macron. Fort de la dynamique de la primaire, Benoît Hamon a d’abord réussi à maintenir une certaine cohésion. Beaucoup d’amis de Manuel Valls sont restés attentistes, laissant la situation se décanter.

Le Guen reproche à Hamon son « discours extrêmement radical »

Mais aujourd’hui, les forces centripètes sont à l’œuvre. Le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen, un proche de Valls et l’un des responsables du courant des réformateurs au PS, a clairement pris ses distances avec Benoît Hamon mardi matin : « Dans l'état actuel des choses, moi et des dizaines et des dizaines d'autres parlementaires, nous ne pouvons pas donner notre parrainage à Benoît Hamon », a-t-il dit sur RTL. Benoît Hamon « s'est isolé en tenant un discours extrêmement radical, (...) c'est un programme de rupture avec sa famille politique » lance le député de Paris… Pour l’unité, on fait mieux.

Le député PS Philippe Doucet, autre soutien de l’ex-premier ministre pendant la primaire, accuse lui Benoît Hamon d’avoir perdu du temps à négocier avec Jadot et Mélenchon.

 « S’il y a une possibilité de victoire du FN, Manuel s’engagera »

Un autre parlementaire estampillé vallsiste, joint hier par publicsenat.fr, tient un discours similaire, sous couvert d’anonymat. Dénonçant une campagne qui « clairement ne marche pas », il décrit « un malaise » chez certains parlementaires, « qui ont le sentiment d’être considérés comme quantité négligeable ». « C’est assez paradoxal de voir le temps passé pour une personne à 2% dans les sondages. Les 800.000 personnes qui ont voté Valls à la primaire font plus dans les urnes » ajoute ce parlementaire PS.

Le premier cercle des fidèles de l’ancien premier ministre s’est retrouvé mardi, en début d’après-midi, avant une réunion plus large ce soir. Manuel Valls ne devrait pas s’exprimer pour le moment, selon un participant. « A quoi bon parler trop vite ? » Il n’a pas non plus demandé que la petite musique des Le Guen ou Doucet s’arrête… « S’il y a une possibilité de victoire du FN, Manuel s’engagera » assure en revanche ce député pro-Valls. Dans l’entre deux tour, ça ne fait pas de doute. A moins que ce soit avant le premier… Mais difficile de soutenir son meilleur ennemi, Emmanuel Macron, même si certains de ses amis se laissent tenter. Entre la ligne de Benoît Hamon et celle que défend le leader d’« En marche ! », il y a un vide pour ces vallsistes. « On n’est pas pleinement représentés dans cette présidentielle » dit l’un d’eux. « Et l’accord avec EELV est ressenti comme un coup de plus » raconte ce parlementaire.

Un autre socialiste légitimiste, plutôt tendance Hollande, y va encore plus fort : la campagne ? « C’est n’importe quoi ». Et de comparer la stratégie de Hamon à celle d’un « étudiant attardé de l’Unef, afin de déstabiliser Mélenchon… » « On réussit une primaire et on perd cinq semaines pour  discuter avec un groupuscule inconnu qui n’avait même pas les signatures » ajoute le même…

« Bien sûr qu’il y a ce risque de la division » reconnaît Luc Carvounas, mais « tout ça va s’apaiser »

Dans ces conditions, la réunion des parlementaires PS autour du candidat, ce mardi au Tapis rouge, l’ancien QG de Jacques Chirac en 2002, suivi d’un pot, a pris un tour particulier. Environ 150 parlementaires auraient fait le déplacement, mais devant la porte, on ne se bouscule pas pour faire son entrée. Quelques écologistes sont présents, comme les sénateurs EELV Esther Benbassa, proche de Cécile Duflot, et Jean Desessard, ou encore le député Noël Mamère. On repère un seul vallsiste : le député Hugues Fourage, qui attend de voir « une main tendue » à l’ensemble du PS. « Mais ce sont quand même mes camarades, je suis plus proche d’eux que des autres » ajoute-t-il.

On est loin de l’unité rêvée. La machine à perdre est-elle en route au Parti socialiste ? « Bien sûr qu’il y a ce risque de la division » reconnaît le sénateur Luc Carvounas, mais « tout ça va s’apaiser ». Ce vallsiste historique a fait le choix de faire la campagne de Hamon. Il co-anime le conseil parlementaire pour la campagne.

« Stratégie de ralliements à Macron au compte-gouttes qui affaiblit et brouille le message »

Luc Carvounas « comprend les amertumes » de ses amis. Mais les appelle à la raison. « Aujourd’hui, je me suis aligné sur la décision qui a été celle de Manuel Valls, qui est la seule qu’on peut avoir. Il a appelé chacun à se rassembler derrière Hamon. Aujourd’hui, j’espère que mes amis qui pensent qu’ils ne sont pas assez entendus saisiront la balle au bond et viendront. Ils ne seront pas là pour faire joli. Chacun peut apporter sa valeur ajoutée » assure Luc Carvounas. Il souligne que « le premier étage de la fusée du revenu universel, c’est le revenu décent de Valls ». Plus de 70 notes ont été envoyées par les parlementaires sur des sujets variés pour nourrir le candidat en idées.

Sur le trottoir devant la salle, le député Alexis Bachelay, derrière Hamon dès la primaire, dénonce les « propos très virulents » de Jean-Marie Le Guen, « qui se met lui-même à l’écart », « les voix discordantes sont très minoritaires » (voir la première vidéo : images Stephane Hamalian et Sandra Cerqueira). « C’est bien de faire des critiques, mais il faut aussi construire. On est à deux mois de l’élection présidentielle, ce n’est plus le temps des petites phrases » dit-il. Le député des Hauts-de-Seine s’étonne du rythme des ralliements chez Macron. « Vous ne pensez pas qu’il y a une stratégie qui vise à déstabiliser la campagne de Hamon ? Un jour c’est Caresche, puis c’est Le Guen et quelques jours plus tard ce sera un autre » prédit-il. Alexis Bachelay y voit « une stratégie de ralliement  au compte-gouttes qui affaiblit et brouille le message ».

« Le Guen, on l’appelait le ministre des tensions avec le Parlement »

Mathieu Hanotin, co-directeur de la campagne, se dit « toujours surpris par ceux qui tirent contre leur propre camps ». « Le Guen, c’est un épiphénomène », minimise-t-il. « Le Guen, on l’appelait le ministre des tensions avec le Parlement » raille un autre haut responsable de la campagne avant de filer rejoindre les parlementaires.

Le député Christian Paul y va aussi de sa pique contre le fondeur du gouvernement : « Les quelques-uns que j’ai vu ces derniers jours rejoindre Emmanuel Macron, c’est le contraire d’une hémorragie, c’était très attendu, ça a toujours été la droite du PS. Je ne serais pas surpris que Jean-Marie Le Guen rejoigne Macron par exemple. La seule chose étonnante, c’est que ce ne soit pas arrivé plus tôt ». Regardez :

Christian Paul : "Je ne serais pas surpris que Jean-Marie Le Guen rejoigne Macron. La seule chose étonnante, c’est que ce ne soit pas arrivé plus tôt"
00:18

Macron « c’est une auberge espagnole qui se prépare » selon Carvounas

L’équipe de Hamon demande aux socialistes qui trépignent un peu d’indulgence. « Le début de campagne a été difficile car la primaire est arrivée très tard », avec un calendrier qui était adapté à François Hollande, rappelle le sénateur Gaëtan Gorce, chargé des questions d’emploi pour la campagne. « Il faut aussi reconnaître l’habileté de Benoît Hamon d’avoir agrégé à notre campagne le candidat écologiste. C’est historique » ajoute Luc Carvounas.

Si Luc Carvounas appelle à l’unité, c’est que « tout ce joue dans les trois prochaines semaines à venir. Il faut passer à 18-19%, qui est le niveau de qualification pour le second tour », estime le sénateur PS. Pour décourager ses camarades tentés par Emmanuel Macron, il pointe l’attelage baroque qui accompagne le candidat d’En marche ! « Comment ces gens vont gouverner ensemble ? C’est une auberge espagnole qui se prépare ».

Gorce : « Il y a un vrai risque de voir la gauche, et du moins la culture de gauche, disparaître »

Pour Gaëtan Gorce, l’enjeu dépasse même l’élection présidentielle. « Avec la clarification par le soutien qu’apporte François Bayrou à Emmanuel Macron, il n’y a plus d’hésitation à avoir. Quel que soit le respect qu’on peut avoir pour ces deux candidats, c’est l’existence d’une culture de gauche à la présidentielle qui est en jeu. On ne peut plus tergiverser. Ça ne veut pas dire d’être dans l’adhésion sans réserve. Mais il y a un vrai risque de voir la gauche, et du moins la culture de gauche, disparaître. On ne peut pas imaginer de la voir exclusivement représenter par Jean-Luc Mélenchon. Il n’y a pas d’autres solutions que de participer à cette campagne » pour le sénateur de la Nièvre.

Gaëtan Gorce pense que les nouveaux frondeurs socialistes ont plus à perdre qu’à gagner. « Si Benoît Hamon fait un score trop faible, ceux qui expriment des réserves aujourd’hui seront emporter avec. Si leur tentation est de se rallier à un autre candidat, ils ne réussiront pas à préserver ce qu’ils représentent ». Pas sûr que les nouveaux frondeurs du PS aient tous la même analyse.

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