FRA: Prolongement de la validite des Tickets-Restaurants
Crédit : SYSPEO/SIPA/

Titres-restaurant le dimanche et en grande surface : les annonces du gouvernement inquiètent les acteurs de la restauration

Le gouvernement a annoncé la prolongation de la possibilité d’utiliser les titres-restaurant pour faire ses courses alimentaires. Et ce bientôt même le dimanche. Une « mesure de pouvoir d’achat » qui inquiète les acteurs de la restauration.
Christian Mouly

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C’est désormais une habitude. Et elle devrait se prolonger. Payer ses courses avec ses titres-restaurant sera vraisemblablement encore possible au-delà de 2026. C’est du moins ce que prévoit Serge Papin, ministre des petites entreprises, du commerce et du pouvoir d’achat, qui a précisé dans une interview au Parisien, samedi 4 avril, les contours d’un texte de loi sur la question.

« Porté par les parlementaires », il sera « déposé d’ici l’été pour être adopté avant la fin de l’année », expose le ministre. Le calendrier a son importance, car la dérogation actuelle pour utiliser ses titres-restaurant, ou « tickets-resto », en grande surface prend fin en décembre 2026. « Mesure d’urgence » instaurée en 2022 pour protéger le pouvoir d’achat en pleine flambée des prix, cette dérogation a depuis été prorogée chaque année par les députés. Un texte de loi est nécessaire à chaque prolongation.

Une mesure de « pouvoir d’achat » et de « liberté »

Autre souhait de Serge Papin : la possibilité d’utiliser ces titres le dimanche. Une mesure inédite – la pause dominicale, comme les jours fériés, étant traditionnellement exclue du dispositif – qui n’exige pas de passer par le Parlement. Le gouvernement devrait donc recourir à la voie réglementaire en parallèle des débats parlementaires, a précisé le cabinet du ministre à l’Agence France Presse (AFP).

Autant d’engagements pris au nom du « pouvoir d’achat » et de la « liberté » des quelque 5,5 millions de salariés concernés par le dispositif. Une manière pour le gouvernement de répondre à peu de frais aux inquiétudes budgétaires des Français, alors que les prix du carburant continuent de grimper en flèche sous l’effet du blocage des pétroliers au Moyen-Orient.

Dans son projet de loi, le gouvernement prévoit également la « dématérialisation complète » des titres-restaurant, entérinant la disparition progressive des tickets en format papier. Il veut aussi donner « la possibilité d’en faire don à une association agréée ». Des orientations déjà présentées l’année dernière par l’ancienne ministre Véronique Louwagie, prédécesseuse de Serge Papin.

« Le titre-restaurant est transformé en titre alimentaire »

La pérennisation des paiements en grande surface ne fait pas que des heureux. Les annonces du ministre ont notamment provoqué une levée de boucliers chez les restaurateurs. Eux qui dénoncent depuis plusieurs années son élargissement, y voient la confirmation d’un changement de nature du dispositif, historiquement dédié au paiement du déjeuner, vers un modèle de « chèque alimentaire ».

« La vraie mesure ici, c’est que le titre-restaurant est transformé en titre alimentaire », tonne auprès du Figaro Frank Delvau, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) en Île-de-France.

Et de fait, leur utilisation profite de plus en plus à la grande distribution. Fin 2024, cette dernière captait un peu plus de 30 % des dépenses en titres-restaurant, selon les chiffres de la Commission nationale des titres-restaurant. Un chiffre en hausse 9 points par rapport à 2022. 40 % des travailleurs l’utilisent désormais de façon régulière comme un complément de revenu au moment de faire leurs courses. Face à cette dynamique, le président de l’Umih fait planer la menace d’un boycott des tickets par les acteurs de la profession.

Ces derniers ont déjà été échaudés par l’autorisation donnée en mars à l’enseigne de décoration Hema d’accepter les titres-restaurant pour ses chips et ses confiseries – seuls articles comestibles dans l’ensemble de leurs magasins. En réponse, le ministre Serge Papin se dit « favorable » à une utilisation restreinte aux commerces « essentiellement alimentaires ».

« Interventionnisme coûteux »

Mais cet énième aménagement du dispositif donne aussi du grain à moudre aux pourfendeurs de la logique même du « ticket resto ». David Lisnard, récent démissionnaire du parti LR en vue de sa candidature à la présidentielle 2027, ironise sur X sur ce « grand progrès », celui de « pouvoir utiliser le dimanche son ticket de rationnement ». « Il y a une autre solution : cesser les machins qui détournent l’argent du travail, alimentent l’interventionnisme coûteux, consomment des frais de gestion, et donc rendre l’argent aux Français, » poursuit le maire de Cannes, aux positions libérales très assumées.

Même son de cloche chez certains économistes, qui y voient un dispositif coûteux en frais de gestion et qui prive les salariés d’une libre utilisation de leur revenu. « Le niveau d’ingérence et d’infantilisation que les Français acceptent dans leur vie quotidienne, ainsi que la complexité qui en découle, sont absolument grotesques, regrette ainsi l’économiste Sylvain Catherine sur X. Rien ne l’illustre mieux que ce délire qui consiste à verser une partie des salaires en tickets trucs, chèques machins au lieu de simplement laisser les gens dépenser librement leur salaire net. »

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