Transition écologique : face aux critiques, le président de l’Ademe défend le bien-fondé de son agence

Auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur les agences publiques, Sylvain Waserman, président d’Ademe a défendu le budget et l’existence de son agence, faisant écho aux critiques faites par plusieurs politiques de droite.
Camille Gasnier

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Durant l’examen du budget pour 2025, l’Ademe a été pointée du doigt, notamment au regard de son impact sur les finances de l’Etat. Cet établissement sous tutelle du ministère de la transition énergétique a été créé en 1990 dans l’objectif d’accompagner et de financer la transition écologique. En janvier dernier, Gérard Larcher, le président du Sénat, avait dénoncé les « plus de 4 milliards de budget » et « près de 1 100 équivalents temps plein » de l’agence. De son côté, Valérie Pécresse avait proposé de la supprimer et de transférer son budget aux régions, estimant que ses compétences recoupaient celles de la Banque des territoires et des régions. Quelques jours plus tard, c’est Laurent Wauquiez qui s’est attaqué à l’Ademe, accusant ses experts d’être « portés par une idéologie d’extrême-gauche ».

« Ne réparez pas ce qui n’est pas cassé »

Face aux sénateurs, Sylvain Waserman a débuté son propos en explicitant le budget et les missions de l’agence : « 3,4 milliards d’euros, c’est le budget que l’Etat nous demande d’opérer pour son compte ». Dans ce budget, « il y a une partie qui s’élève à 1,683 milliard pour compte de tiers », puis « le budget incitatif, voté autour de la table du conseil d’administration à hauteur de 1,373 milliard d’euros ». Ce budget incitatif « comprend le fonds chaleur, le fonds économie circulaire et l’ensemble des coûts de fonctionnement et des autres activités ». En réponse aux critiques faites ces dernières semaines, le président de l’agence de la transition écologique a demandé aux sénateurs de pas « réparer ce qui n’est pas cassé », en attestant que les 3,4 milliards d’euros opérés sont faits avec des gains de productivité, « dans une transparence totale et absolue ». Il admet que son agence « peut s’améliorer » mais qu’il n’est pas nécessaire de « casser ce qui fonctionne ».

Sylvain Waserman a ensuite soutenu l’utilité de sa mission, en assurant que « plus que jamais, les entreprises ont besoin de l’Etat pour se décarboner ». Lorsque la rapporteure de la commission d’enquête, Christine Lavarde l’a interrogé sur les subventions allouées à Arcelor Mittal, il a mis en avant le fait que « l’Etat a raison d’accompagner Arcelor Mittal dans sa décarbonation ». Selon lui, « se décarboner est un signe de pérennité de l’entreprise ».

Une possible fusion entre l’Ademe et le Cerema ?

La possible fusion entre l’Ademe et plusieurs institutions telles que le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) ou l’Agence nationale de cohésion des territoires (Anct) a également été évoquée. Une proposition de fusion qui rejoint celle énoncée par la présidente de la région Ile-de-France, dans le but d’éviter que ces instances ne traitent des mêmes sujets. Pauline Martin, sénatrice Les Républicains du Loiret a évoqué lors de l’audition « un guichet unique ou un regroupement » dans le but de « faciliter les démarches ».

Sylvain Waserman assure « qu’il n’y a plus de zones de recoupement avec le Cerema ». En outre, « l’action du Cerema est focalisée sur les collectivités territoriales », contrairement à l’Ademe, dont seuls 30 % de l’activité est consacré aux collectivités locales : « On ne fait pas le même métier ». Par ailleurs, il n’a pas semblé favorable à une telle fusion, estimant que cela sera une perte de temps : « On doit faire 105 millions de tonnes d’économies de carbone pour atteindre nos objectifs de 2030. On a une machine opérationnelle de 3,4 milliards d’euros pour y arriver. Je ne veux pas que l’on perde 3 ans et que l’on fasse dysfonctionner une machine qui marche bien. Aujourd’hui, on n’a pas le luxe de se payer une fusion ». Néanmoins, il est « irresponsable de gaspiller de l’argent public en faisant la même chose de façon redondante à deux endroits différents ». Selon lui, « il y a matière à garantir une seule méthodologie pour qu’il n’y ait pas deux études similaires entre l’Ademe et le Cerema ».

Les travaux de la commission d’enquête sur les agences publiques continuent. Suite à cette audition, les sénateurs ont entendu Olivier Thibault, directeur de l’Office français de la biodiversité, dont l’action a également été vivement critiquée, en particulier par les agriculteurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la réaction de Sébastien Lecornu après les fuites sur le budget peine à convaincre au Sénat
7min

Politique

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la contre-attaque de Sébastien Lecornu, après les fuites sur le budget, interpelle au Sénat

La saisine de la procureure de Paris, après la divulgation dans la presse de pistes de travail, non arbitrées, sur la taxation de l’épargne salariale, a surpris au sein de la commission des finances du Sénat. Plusieurs sénateurs n’adhérent pas à la version de fuites qui auraient échappé au contrôle du gouvernement.

Le

Rentrée scolaire Collège Parc Imperial à Nice
7min

Politique

Résultat du classement PISA : « Les ministres passent et le système demeure », martèle Max Brisson

La France atteint son plus bas niveau jamais enregistré dans les trois domaines évalués par PISA. Publiés ce mardi 8 septembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les résultats de l’enquête interviennent quelques jours après la rentrée scolaire et à quelques mois de l’élection présidentielle. Ils relancent le débat sur l’état de l’école française et, inévitablement, sur le bilan des années Macron.

Le

France VE Day
5min

Politique

« Décision absurde, inique et inacceptable » : le maire de Paris annonce le lancement de deux enquêtes après l’éviction polémique du personnel féminin de la Tour Eiffel

Emmanuel Grégoire a annoncé lors d'un point presse la mise en œuvre de deux enquêtes après l'éviction des salariées de la tour Eiffel lors d'une visite dispensée à un groupe religieux hindou. Cette mise à l'écart a provoqué un mouvement de colère des salariés et la fermeture du monument lundi.

Le

Illustrations – Reseaux Sociaux – France
8min

Politique

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : Emmanuel Macron a-t-il tiré un trait sur sa promesse d’une application d’ici la fin de son mandat ?

Après la censure par le Conseil constitutionnel, au mois d'août, d'un texte visant à interdire les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, Emmanuel Macron a demandé, lundi, à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d'avancer sur un texte européen en la matière. Mais l'harmonisation de cette interdiction au niveau des 27 pourrait prendre du temps et contrecarrer le calendrier du chef de l'État, qui en avait fait un engagement de son dernier quinquennat.

Le