Transparence : vers un répertoire des lobbyistes pour les élus locaux
Jeudi 3 juin, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) rendait son rapport d’activité pour l’année 2020. Le contrôle des représentants d’intérêts, plus communément appelés lobbies, nécessite un renforcement, selon Didier Migaud. Des résistances persistent au sommet de l’État, mais aussi au niveau local.

Transparence : vers un répertoire des lobbyistes pour les élus locaux

Jeudi 3 juin, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) rendait son rapport d’activité pour l’année 2020. Le contrôle des représentants d’intérêts, plus communément appelés lobbies, nécessite un renforcement, selon Didier Migaud. Des résistances persistent au sommet de l’État, mais aussi au niveau local.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« La balle est dans le camp de l’exécutif et du législateur », affirmait jeudi le patron de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Lors de la présentation de son rapport d’activité pour 2020, Didier Migaud a appuyé sur le nécessaire renforcement du contrôle des représentants d’intérêts, plus connus sous le nom de lobbies.

Premier point d’achoppement : la réécriture du décret concernant les obligations des lobbyistes issus de la loi « Sapin II ». Depuis quatre ans, les représentants d’intérêts qui seraient en lien avec des parlementaires doivent s’inscrire sur un répertoire géré par la Haute Autorité. Ils ont l’obligation de renseigner le type de décision publique visé ainsi que la catégorie des responsables publics rencontrés.

Comme l’écrivait Lettre A, le président de la Haute autorité souhaite voir ce texte modifié afin d’imposer aux représentants d’intérêts des déclarations plus complètes et plus fréquentes. Pour illustrer les failles de ce contrôle, la Haute autorité rappelle qu’il n’est à ce jour pas obligatoire de renseigner la fonction de la personne rencontrée. Ainsi un lobbyiste qui rencontrerait le ministre de l’Agriculture peut simplement indiquer avoir rencontré un membre du gouvernement ou un membre de cabinet ministériel.

En face, Matignon refuse la réécriture du fameux décret ne jugeant pas la démarche nécessaire. Lors de sa conférence de presse, Didier Migaud faisait état de l'avancée des discussions : « Jusqu’à maintenant, les réponses étaient loin d’être satisfaisantes mais ça peut bouger ». 

Les propositions de la HATVP contentent les sénateurs

Ce répertoire, qui gagnerait donc à être plus exhaustif, concerne aujourd’hui les parlementaires et les membres de l’exécutif. Le répertoire des lobbys pour les élus locaux a, lui, été reporté deux fois et entrera en application au 1er juillet 2022. Les sénateurs avaient tenté de reporter encore de deux ans l’application de ce répertoire lors de l’examen de loi « relatif à diverses dispositions liées à la crise sanitaire » en mai 2020.

Le sénateur LR, Jérôme Bascher, qui avait porté un amendement pour ce report rappelle ses réticences : « Vu le nombre de personnes qui devraient se déclarer, il faut plus de temps pour que tout le monde s’accommode ». Ses collègues de gauche défendaient la même ligne évoquant aussi les risques que la Haute autorité se retrouve submergée par ces dossiers. « On passe son temps à donner de nouvelles fonctions à la Haute autorité mais il faut avoir des moyens, il faut aussi les moyens d’expliquer ces changements aux élus locaux », commente le sénateur socialiste, Jean-Yves Leconte.

La Haute autorité mène actuellement une étude sur l’extension du répertoire aux collectivités locales qui sera remise au Parlement en septembre. Dans leur rapport, ils envisagent déjà un recentrage des élus concernés en fonction du seuil de population de leurs collectivités. Mais aussi un meilleur ciblage des secteurs d’activité pour se concentrer sur les plus à risque. « Je trouve cette idée meilleure que la mienne », salue aujourd’hui Jérôme Bascher, louant le pragmatisme de la Haute autorité.

Lobbies au niveau local : « C’est là où transite le plus d’argent public »

Mais pour l’instant rien n’est arrêté. Kevin Gernier, chargé de plaidoyer chez Transparency international France, insiste d’abord sur l’importance de ce contrôle au niveau local, « c’est là où transite le plus d’argent public ». Apporter davantage de transparence dans l’attribution des marchés publics aurait aussi pour effet de « casser les monopoles sur les marchés publics ». « Derrière cette contrainte, on aimerait aussi que ce soit l’occasion d’une consultation plus ouverte afin d’ouvrir au maximum la démocratie locale », plaide-t-il.

S’il s’était opposé à un troisième report de l’extension du répertoire, Kevin Gernier conçoit totalement qu’il faille adapter le répertoire aux spécificités locales. « Si on copie-colle le répertoire, on a en effet un risque d’asphyxier la Haute autorité mais ça ne doit pas être un prétexte pour ne pas respecter la loi Sapin ». Pour lui, l’élément important reste le décret d’application cité plus haut. Si le répertoire ne s’avère pas suffisamment exhaustif, il ne sera pas plus efficace au niveau national qu’au niveau local.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le