Trappes : une banlieue entre rires et larmes
Invitées de l’émission « On va plus loin », les journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, évoquent leur livre-enquête sur la ville de Trappes, reflet d’une partie des banlieues d’aujourd’hui.  

Trappes : une banlieue entre rires et larmes

Invitées de l’émission « On va plus loin », les journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, évoquent leur livre-enquête sur la ville de Trappes, reflet d’une partie des banlieues d’aujourd’hui.  
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Quand on parle de Trappes, ville du 78, on pense au mieux, Jamel Debbouze ou Omar Sy… au pire, drogue et communautarisme. Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, grands reporters au Monde, nous rappellent qu’entre ces deux visions un peu clichées, se trouve une réalité plus nuancée et beaucoup plus passionnante. Durant une année, elles ont enquêté sur cette commune des Yvelines de plus de trente mille habitants et en ont tiré un livre, « La communauté » (éditions Albin Michel).

 « On a été plutôt très bien accueillies » explique d’entrée, Raphaëlle Bacqué. Ne pas avoir de caméras a facilité leur contact avec les habitants et « le fait de revenir régulièrement » a été vu comme « une garantie de [leur] sérieux ». 

 « L’histoire des banlieues en général n’appartient pas tellement au roman national. C'est-à-dire qu’on ne la lit pas beaucoup. Elle n’est pas très racontée » regrette Ariane Chemin.

C’est au moins chose faite avec Trappes, dont les deux grands reporters  retracent l’histoire.

« C’est une ville communiste qui est restée « rouge » (…) jusqu’en 2001 » déroule la journaliste.  « Le parti prenait en main les habitants, les colonies de vacances. Il y avait même une supérette pour cheminots (…) C’était vraiment une ville qui vivait sous culture communiste. »

À l’époque, de nombreux ouvriers sont accueillis dans la commune : « Ces ouvriers, les recruteurs des industries automobiles, sont souvent allés les chercher au Maroc, en Algérie » raconte Raphaëlle Bacqué. « Et puis cette ville ouvrière va être heurtée de plein fouet par la crise économique. Et donc, dès les années 80, 90, ça change la ville. Les pères se retrouvent au chômage, la drogue commence à s’installer (…) C’est sur ce terreau-là que la mixité sociale va peu à peu disparaître. Les classes moyennes commencent à partir ailleurs pour acheter des pavillons et comme nous l’ont dit plusieurs habitants : « On est resté entre pauvres. » »

Arrivent alors la drogue et ses ravages : « Le désastre de la drogue et du sida, qui va avec (…), on n’en rend pas compte à l’époque, en tout cas dans les médias de manière nationale. Et puis surtout les politiques s’en fichent un peu (…) Les mères (…) sont démunies, parce que les gamins meurent et on ne sait pas quoi faire. C’est à cette époque-là, qu’arrivent des tabligh, qui sont des prédicateurs pacifistes (…) qui viennent rencontrer les gamins (…), les emmènent à la mosquée (…) Et les gamins y vont » analyse Ariane Chemin, expliquant que ce phénomène se reproduit alors dans d’autres banlieues.

Raphaëlle Bacqué ajoute : « On repeint les immeubles, on les détruit et on les refait mais on ne change rien de la situation économique et sociale (…) C’est là-dessus que vont arriver les prédicateurs, qui seront accueillis d’ailleurs à bras ouverts par les parents (…) qui préfèrent voir leurs enfants prendre le chemin de la mosquée, que de rester à se shooter dans les halls d’immeuble. » Les éducateurs et « parfois les politiques » s’en arrangeront également.   

Commence alors à poindre, particulièrement chez les femmes, un clivage entre générations : « La première génération arrive sur les chemins de l’exil, souvent par le regroupement familial. Elles rejoignent leur mari. La deuxième génération s’[est] émancipée exactement au même regard que les Françaises d’origine l’[ont] fait » résume Raphaëlle Bacqué.

Quant à la troisième génération, en recherche d’identité, elle finit plutôt par se revendiquer en tant que musulmane : « Cette troisième génération commence à revendiquer cette identité et parfois avec les signes les plus ostensibles et notamment le foulard. Ce qui désoriente souvent leur mère » ajoute la journaliste.

Si le livre s’appelle « La communauté », cela renvoie bien sûr aux différentes communautés de la ville, mais aussi, à la « communauté des Trappistes », expression chérie et mise en avant par la commune, elle-même. « C’est vraiment un mot extrêmement courant dans cette ville. Ça nous a frappées toute suite et ça nous a paru du coup,  un bon titre pour ce livre » conclut Ariane Chemin.

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