Travail le 1er mai : « Nous allons trouver une solution négociée, sécurisante et pragmatique », promet Sébastien Lecornu face à la gronde des sénateurs

Lors des questions d’actualité au gouvernement, Sébastien Lecornu a justifié l’abandon temporaire de la loi élargissant le travail le 1er mai par des exceptions trop nombreuses, allant « bien au-delà » des boulangeries artisanales et des fleuristes. De quoi agacer les sénateurs de la droite et du centre, à l’origine du texte adopté en premier lecture en juillet 2025, jugeant que le gouvernement s’y est pris trop tard.
Christian Mouly

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La proposition de loi qui élargit la possibilité de travailler le 1er mai a été abandonnée, ou presque. Devant le tollé soulevé à gauche et chez les syndicats par ce texte, le gouvernement a fait le choix lundi de ne pas convoquer la commission mixte paritaire (CMP), renvoyant la question à des négociations entre partenaires sociaux par branches professionnelles. Ce, après avoir pourtant tout mis en œuvre pour accélérer les débats parlementaires et aboutir à une CMP.

Un revirement dénoncé, ce mercredi 15 avril, à l’occasion des questions d’actualité au gouvernement, par le sénateur Hervé Marseille. « Est-ce qu’on peut encore espérer le 1er mai prochain que les boulangers et les fleuristes puissent travailler l’esprit tranquille ? », a tonné le chef de file des sénateurs centristes, lui-même à l’origine de la proposition de loi reportée sine die.

« Le drame, c’est que ça allait au-delà des boulangeries ou des fleuristes »

Celle-ci, adoptée en juillet dernier au Sénat, visait précisément à « sécuriser juridiquement » les boulangers et fleuristes, 22 d’entre eux ayant été verbalisés le 1er mai 2025 pour avoir fait travailler leurs salariés ce jour-là. Longtemps présente dans la convention collective des boulangers, l’autorisation du travail salarié le 1er mai a été jugée illégale par la Cour de Cassation en 2006. « Vous avez fait partie de ceux qui ont dit « ce n’est pas normal, venons sécuriser par la loi ce qui a été cassé par la Cour » et je vous en remercie », lui a répondu dans l’hémicycle le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Avant de torpiller le texte, qu’il a choisi de ne pas présenter en CMP au grand désarroi d’une partie de ses troupes, Gabriel Attal en tête : « Le drame de notre initiative collective, c’est évidemment que ça allait bien au-delà des boulangeries ou des fleuristes. » La faute à un projet de décret jugé trop extensif dans ses exceptions à la journée chômée du 1er mai : « Le décret d’exception faisait 13 pages, on est loin des boulangeries artisanales. »

« Se concentrer sur les seuls boulangers artisanaux »

« Vous avez voté une proposition de loi dans laquelle il y avait encore les salles de spectacle, beaucoup de métiers qui n’ont rien à voir avec la boulangerie, et surtout aucune distinction entre les boulangeries artisanales, l’engagement initial, et les filières industrielles », a dénoncé Sébastien Lecornu, qui y voit là un décalage entre les promesses publiques et la copie finale du texte. « Tout le monde dit dans le débat public que c’est pour les boulangeries artisanales du centre-ville de Meudon ou de Vernon, et on se retrouve avec un renvoi par décret qui n’a pas fait l’objet de négociation », a-t-il insisté, invoquant le « dialogue social ».

Dès lors, le Premier ministre a appelé devant les sénateurs à se « concentrer avec bon sens et pragmatisme sur les seuls boulangers artisanaux ». « Nous allons trouver une solution négociée, sécurisante et pragmatique », a-t-il ajouté, promettant d’associer les sénateurs aux prochaines négociations avec les syndicats pour « resécuriser juridiquement » la convention collective des boulangeries.

« Pendant un an, il ne s’est rien passé »

« Nous avons travaillé avec sérieux au Sénat, nous n’avons pas fait n’importe quoi !, a vivement réagi Frédérique Puissat (LR). Nous avions encadré à quatre catégories le nombre de professionnels qui pouvaient travailler, pas à dix ou vingt comme vous l’avez énoncé monsieur le Premier ministre. »

La charge du Premier ministre est mal passée auprès des sénateurs de la droite et du centre, qui pointent surtout le délai entre l’adoption du texte au Sénat, en juillet dernier, et l’examen dans l’hémicycle de l’Assemblée. « Pendant un an, il ne s’est rien passé », a dénoncé auprès de Public Sénat Hervé Marseille, sceptique quant à la possibilité d’aboutir à un compromis d’ici le 1er mai prochain.

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