Sujet majeur de la campagne, le temps de travail divise profondément les candidats. Que ce soit pour l'augmenter ou le baisser, comment...
Travailler plus ou moins? Les enjeux d’un clivage fort de la campagne
Sujet majeur de la campagne, le temps de travail divise profondément les candidats. Que ce soit pour l'augmenter ou le baisser, comment...
Par Sylvie HUSSON, Juliette COLLEN
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Publié le
Sujet majeur de la campagne, le temps de travail divise profondément les candidats. Que ce soit pour l'augmenter ou le baisser, comment entendent-ils procéder? Quelles seraient les conséquences sur les salaires? Et pour l'emploi?
- Quels scénarios pour le temps de travail? -
François Fillon est le seul à vouloir supprimer la durée légale de 35 heures. Il renvoie la définition de la durée du travail, et donc du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, à la négociation d'entreprise, ou de branche pour les plus petites. Une durée sera imposée aux entreprises non couvertes par un accord, sur la base de la moyenne négociée ailleurs, a précisé jeudi le candidat, qui jusque-là évoquait 39 heures. Les entreprises souhaitant conserver leurs accords antérieurs ne seraient en revanche pas concernées.
Sans supprimer les 35 heures, Emmanuel Macron propose que les accords de branche et d'entreprise fixent le niveau de majoration des heures supplémentaires, comme le permet déjà la loi El Khomri.
Marine Le Pen n'autorisera elle que les négociations de branche pour allonger le temps de travail.
A l'opposé, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon prônent une réduction, tout en maintenant les 35 heures légales.
Le candidat socialiste évoque un "droit au temps choisi", à la carte, négocié par accord de branche ou d'entreprise. Celui de La France insoumise veut une sixième semaine de congés payés, favoriser la semaine de quatre jours, et 32 heures pour les travailleurs de nuit et métiers "pénibles".
- Entreprises et salariés veulent-ils du changement? -
Près des deux tiers des salariés s'opposent à une suppression des 35 heures, et davantage sont hostiles à une augmentation sans compensation salariale, selon un sondage BVA publié en décembre.
Pas sûr que les entreprises se ruent dans cette voie sensible, d'autant que les possibilités d'aménager le temps de travail, déjà nombreuses et très utilisées, ont été renforcées par la loi travail. Dans l'enquête "Présidentielles 2017" menée par l'Association nationale des DRH, le temps de travail n'apparaît pas comme une préoccupation; les entreprises réclament d'abord des allègements de cotisations, de la simplification et un assouplissement des contrats de travail.
Pour les entreprises qui voudraient négocier et se heurteraient à un barrage syndical, l'entourage de François Fillon évoque le recours au référendum à l'initiative de l'employeur.
Dans la fonction publique, le candidat prévoit des négociations par secteur pour passer à 39 heures.
- Quelles conséquences sur les salaires? -
Le candidat LR promet que les accords sur le temps de travail devront être "gagnant-gagnant" et n'entraîneront pas de baisse de salaire pour ceux effectuant aujourd'hui des heures supplémentaires majorées, ni de baisse du Smic.
Emploi: quelques propositions des principaux candidats
AFP
Mais quid des salariés qui passeraient de 35 à 39 heures ? Pour les fonctionnaires, François Fillon avertit que "la hausse de rémunération ne pourra pas être proportionnelle". Dans le privé, tout dépendra des accords.
Dans l'hypothèse Macron, les heures supplémentaires seraient exemptées de cotisations, afin notamment d'augmenter le pouvoir d'achat. Mais, par accord d'entreprise, leur majoration pourrait descendre en-dessous de 25%, comme le permet déjà la loi travail dans la limite de 10%.
Marine Le Pen pose aux branches la condition d'une "compensation salariale intégrale" des heures supplémentaires, au sens de "37 heures payées 37".
Dans le cas d'une baisse du temps travaillé, les salariés gagneront-ils moins? Non, répond-on chez Benoît Hamon, qui parle d'une "compensation financée par un redéploiement du CICE".
Chez Jean-Luc Mélenchon, il est prévu de majorer de 50% des heures supplémentaires dès la 5e heure.
- Est-ce un levier pour l'emploi? -
Oui, moduler le temps de travail, à la hausse ou à la baisse, a bien un impact sur la création d'emplois, affirmait récemment France Stratégie, organisme de réflexion rattaché à Matignon.
Mais tout dépend de l'évolution des salaires et de la productivité, expliquent les économistes, divisés sur l'ampleur de cet impact.
Selon France Stratégie, une politique de baisse du temps de travail devrait "s'accompagner d'une forme de modération salariale" pour que le chômage ne recule pas que sur le court terme. A l'inverse, augmenter la durée peut à moyen terme stimuler l'emploi, mais attention à la "motivation", donc à la productivité, des salariés s'il n'y a pas de contrepartie salariale, prévient l'organisme.
Le projet Hamon prévoit d'alléger les cotisations sociales des entreprises qui réduiraient le temps de travail et créeraient de l'emploi.
Fillon mise, lui, sur une baisse de l'ensemble des cotisations pour baisser le coût du travail et créer de l'emploi.
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