Les ministres de l'Agriculture et de la Transition écologique, Stéphane Travert et Nicolas Hulot, ont précisé vendredi les modalités de sortie de l'herbicide controversé glyphosate pour l'agriculture française, qui sera notamment accompagnée d'une force d'organisation temporaire pilotée par les deux ministères.
"Nous allons missionner une +task force+ pilotée par les deux ministères, avec l'appui de l'Inra (recherche agronomique), de l'Acta (instituts techniques) et de l'Apca (chambres d'agriculture) avec un compte rendu trimestriel", a indiqué M. Travert lors d'un point de presse à Paris.
"La démarche de progrès doit s'appliquer partout et à tous, et même si, selon les modes de production, chacun ne part pas du même endroit, nous allons maintenant dans la même direction, et ce n'est pas qu'une formule, avec cet objectif de sortie en trois ans", a ajouté M. Hulot.
Syndicats agricoles, industriels, distributeurs, services de l'Etat, coopératives, chambres d'agriculture et instituts de recherche et d'innovation étaient réunis en terrain neutre, à l'hôtel de Cassini, une annexe de Matignon, en présence de parlementaires, sous l'égide des deux ministres.
"Une commission à l'Assemblée nationale va auditionner les différents acteurs pour voir, au fil de l'eau, si nous sommes en situation de tenir l'objectif", a précisé M. Hulot.
- Engagements précis -
Les ministres souhaitent disposer, d'ici trois semaines, de premiers engagements précis de réduction et de suppression des usages du glyphosate.
Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, qui porte avec une trentaine d'organisations un contrat de solutions avec des propositions concrètes pour réduire l'ensemble des produits phytosanitaires, a indiqué qu'elle invitera fin juin les quatre ministères - Agriculture, Ecologie, Santé et Recherche - "à signer avec nous ce contrat à durée indéterminée".
Les ministres ont également demandé aux entreprises de l'agroalimentaire et de la grande distribution de s'engager aux côtés des agriculteurs dans le déploiement de solutions et dans "la valorisation des efforts consentis par les agriculteurs" pour faire des produits sans glyphosate, a souligné M. Hulot.
Données sur le glyphosate, herbicide controversé massivement utilisé
AFP
Le renforcement des actions d'accompagnement est prévu dans le cadre du programme de réduction de l'usage des produits phytosanitaires Ecophyto. Celui-ci va être relancé en juillet avec l'objectif d'atteindre 30.000 fermes expérimentales "Dephy" (s'engageant à utiliser beaucoup moins de pesticides), contre 3.000 aujourd'hui. Il s'agit de diffuser les solutions et trouver de nouvelles alternatives aux usages pour lesquels il demeurerait des impasses, d'ici 5 ans.
L'association Agir pour l'environnement s'est plainte dans un communiqué de ne pas avoir été conviée à cette réunion, s'interrogeant : "Faut-il en déduire que lorsque les choses sérieuses commencent, les ONG sont exclues, pour avoir commis le crime d'avoir eu raison trop tôt?"
L'association des producteurs et vendeurs de produits phytosanitaires (UIPP) a jugé "incompréhensible que les acteurs de la protection des plantes, c'est-à-dire les entreprises capables de fournir des solutions aux agriculteurs, ne soient pas conviées. Cela confirme une nouvelle fois un fonctionnement du gouvernement déconnecté des réalités".
La Fondation Nature Environnement (FNH), dont Nicolas Hulot était le président, a pour sa part salué "la sortie du glyphosate orchestrée par le gouvernement", tout en appelant à "une sécurisation de l'engagement à trois ans dans la loi" Alimentation qui sera examinée au Sénat la semaine prochaine.
Pascal Canfin, directeur général du WWF France, a également salué "la méthode dont a fait preuve aujourd'hui le gouvernement sur la question du glyphosate, en initiant une séquence courte pour engager tous les acteurs sur un plan d'action crédible pour sortir du glyphosate en 3 ans. Nous avons maintenant 3 semaines pour créer un agenda ambitieux et nous donner les moyens d'atteindre cet objectif".
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