Bruno Retailleau public meeting at Docks 40 in Lyon.
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Tribune de LR sur les énergies renouvelables : « La droite essaye de construire son discours sur l’écologie dans une réaffirmation du clivage gauche/ droite »

Après la publication d’une tribune sur le financement des énergies renouvelables, le parti de Bruno Retailleau s’est retrouvé sous le feu des critiques. Pourtant, en produisant un discours sur l’opposition aux normes écologiques, LR semble revitaliser le clivage entre la gauche et la droite.
Henri Clavier

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Remise en cause des zones à faibles émissions, réintroduction d’un néonicotinoïde, offensive contre le financement des énergies renouvelables… Toutes ses mesures, portées par LR, illustrent le vent de contestation qui souffle en ce moment, à droite, contre l’écologie. Une forme de retour en arrière particulièrement visible depuis la crise agricole du début de l’année 2024 et une campagne pour les élections européennes particulièrement axée sur la remise en cause du « green deal ». Ce vaste plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre avait pourtant été porté, en 2019, par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, membre du Parti populaire européen auquel est affilié LR. 

Même si ce revirement n’est pas « quelque chose de si surprenant compte tenu de l’identité de LR », estime Emilien Houard-Vial, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste de la droite française, il illustre une reconfiguration stratégique à droite. 

« Ne pas se diluer dans le macronisme » 

Après sa défaite cinglante dans la course à la présidence des Républicains, Laurent Wauquiez appelait la droite à ne pas se « diluer dans le macronisme ». Un message parfaitement reçu par son rival Bruno Retailleau. Avec la publication dans le Figaro, le 3 juillet, d’une tribune appelant à « rebâtir un parc nucléaire » et à arrêter le financement, par des subventions publiques, de l’énergie éolienne et du photovoltaïque, le nouveau patron de LR a provoqué l’ire de la ministre de la Transition écologique, macroniste historique. Dans un entretien accordé au Monde et publié ce 4 juillet, Agnès Pannier-Runacher fustige un discours « populiste » et une instrumentalisation de l’écologie. 

Une opposition au sein du gouvernement qui s’apparente à une clarification des clivages politiques. « Ce discours n’est pas tout à fait étranger à la volonté de se démarquer du macronisme alors que les différences entre les deux mouvements politiques paraissent assez faibles récemment », pointe Emilien Houard-Vial. « Ils sont assez contents d’avoir des moments de confrontation avec les macronistes, qui plus est sans grandes conséquences », ajoute ce dernier. En effet, même si les esprits s’échauffent, difficile d’imaginer que cette passe d’armes entre ministres puisse faire imploser le gouvernement. Surtout, l’objectif de clarification semble double pour LR qui souhaite sortir de l’ambiguïté sur les questions écologiques et ressusciter le clivage entre droite et gauche. 

Sortir de l’ambiguïté sur les questions écologiques 

« Il y a toujours eu une ambiguïté de positionnement de la part des mouvements de droite sur la question environnementale. L’écologie perturbe la logique explicative des narratifs de la droite », estime Bruno Villalba, professeur de science politique à AgroParisTech et spécialiste de l’écologie politique. En effet, si la droite conservatrice défend une vision pacifiée de la nature, se montre favorable aux innovations technologiques et reconnaît la nécessité de s’adapter au changement climatique, Les Républicains ont éprouvé des difficultés à produire un discours fort sur l’écologie. « LR a une position assez ambiguë puisqu’ils se veulent dans l’action écologique et dans le rejet des politiques climatiques actuellement portées », relève Emilien Houard-Vial. 

Rejeter l’écologie des contraintes 

En remettant en cause le financement public des énergies renouvelables, LR cherche donc à produire un discours propre sur les questions écologiques. « Aujourd’hui, la droite critique une écologie qui reprend les grandes idées de la gauche. La droite essaye de construire son discours sur l’écologie dans une réaffirmation du clivage gauche/ droite », explique Emilien Houard-Vial. 

Pour marquer cette distinction, la droite cherche donc à s’opposer à une « écologie des contraintes ». Une écologie contraignante notamment incarnée par la production de normes limitant le recours aux pesticides ou écartant la possibilité de circuler dans les zones à faibles émissions avec certains véhicules. 

« Certains partis choisissent de répondre au mécontentement par un discours particulièrement critique à l’égard de la transition. C’est principalement le cas des droites conservatrices, qui s’attaquent à la transition écologique qu’ils construisent comme un processus « coûteux » et « injuste », écrit Théodore Tallent, chercheur en science politique et auteur d’une note pour la fondation Jean Jaurès intitulée « Backlash écologique : quel discours pour rassembler autour de la transition ? ». Un positionnement également adopté par les droites populistes affirme Théodore Tallent. 

Vers une convergence des discours avec l’extrême-droite ? 

Faut-il donc y voir une convergence entre la droite et l’extrême droite sur les questions environnementales ? L’examen de la proposition de loi sur la trajectoire énergétique de la France, débattue le 24 juin dernier à l’Assemblée nationale, fournit un début de réponse. En effet, les députés LR avaient proposé d’inscrire dans le texte un moratoire sur les énergies éolienne et solaire, une idée défendue de longue date par le Rassemblement national. « En s’opposant à l’éolien, l’extrême-droite et la droite conservatrice reviennent sur une défense des provinces. Le discours déployé consiste à dire que l’éolien participe à la déstructuration d’un paysage naturel. Par ailleurs, ils font de l’éolienne le symbole d’une politique imposée par le haut, contre l’avis de la population locale, c’est donc une façon de se positionner en faveur de la démocratie », développe Bruno Villalba. Une position qui fait écho au nouveau slogan des Républicains : « La France des honnêtes gens ». 

Malgré la réappropriation de certaines idées développées par le RN, LR semble surtout viser la reconstitution d’une base forte en vue des prochaines échéances électorales. « La cooptation de l’électorat d’extrême droite porte plutôt sur la question identitaire. Ici, LR, cherche à renforcer les fondamentaux idéologiques de la droite en jouant sur l’opposition aux normes », assure Emilien Houard-Vial.

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