Tribune de sénateurs LR pour la levée immédiate du passe sanitaire : les signataires défendent leur point de vue

Tribune de sénateurs LR pour la levée immédiate du passe sanitaire : les signataires défendent leur point de vue

Dans une tribune publiée par Le Figaro, vingt sénateurs LR demandent une levée immédiate du passe vaccinal. « Ce n’est pas encore le moment », a réagi Valérie Pécresse. Faut-il y voir, deux mois après des débats houleux sur ce dispositif, un élément de rupture entre la candidate LR à la présidentielle et les sénateurs LR autour de la politique sanitaire ? La plupart des élus interrogés par Public Sénat invoquent un « libre arbitre » qui ne remet pas en cause le soutien à la présidente de la région Île-de-France.
Romain David

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On se souvient que la transformation du passe vaccinal en passe sanitaire avait causé quelques remous chez les députés LR, dont les deux tiers avaient préféré s’abstenir lors du vote en première lecture. Inversement, les sénateurs LR s’étaient montrés plus disciplinés, approuvant majoritairement le principe du dispositif, après l’avoir largement amendé toutefois. Deux mois plus tard, c’est le calendrier de levée de ce passe qui bouscule la majorité sénatoriale. Dans une tribune publiée lundi par Le Figaro, vingt sénateurs LR réclament sa suspension immédiate. L’initiative fait suite aux déclarations du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui a indiqué qu’une levée du dispositif n’interviendrait pas avant le début du printemps. Inversement, la candidate LR à la présidentielle, Valérie Pécresse, se montre beaucoup plus mesurée sur le sujet.

« Il ne s’agit plus de la gestion sanitaire de la crise, mais d’une stratégie politique », dénonce la tribune publiée par Le Figaro et intitulée : « Le passe vaccinal doit être levé maintenant et non pas juste avant le premier tour ! » Les signataires, au nombre de vingt, appartiennent au petit groupe des 41 élus de droite qui, sur les 146 que comptent les Républicains au sein de la Chambre Haute, ont voté en janvier contre le projet de loi « renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire », ou bien se sont abstenus. Ils dénoncent un instrument politique qui, selon eux, n’aurait aucun effet sur la situation épidémique. « Avec 300 000 contaminations officielles par jour, c’est-à-dire sans doute plus de 500 000 en réalité, ce passe vaccinal n’a aucun sens. Il n’a jamais été nécessaire. Si l’objectif du gouvernement était de limiter la circulation du virus dans des lieux précis, un test négatif serait bien plus efficace qu’une preuve de vaccination, puisque ni deux, ni trois, ni quatre doses n’empêchent d’être contaminé et contagieux. »

« Est-il nécessaire de mettre à mal les libertés publiques jusqu’en mars-avril ? »

« Ce sont les déclarations du porte-parole du gouvernement qui ont motivé cette tribune », confie à Public Sénat l’un de ses signataires, le sénateur de la Haute-Saône Alain Joyandet. En l’occurrence cette phrase de Gabriel Attal, à la sortie du conseil des ministres, le 9 février : « On constate qu’il y a un début d’amélioration à l’hôpital, et il y a des projections, des modélisations qui peuvent nous laisser espérer qu’à cet horizon de fin mars début avril, la situation se soit suffisamment détendue à l’hôpital pour que nous puissions lever le passe vaccinal, peut-être aussi avancer sur la question du port du masque. » Le benjamin du gouvernement était invité à réagir aux propos d’Alain Fischer, le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui un peu plus tôt, lors d’une audition devant le sénat, avait estimé que la levée du passe vaccinal pourrait se faire « assez vite, d’ici la fin mars, début avril ».

« Cette date nous parait bien loin », poursuit Alain Joyandet. « Est-il nécessaire de mettre à mal les libertés publiques jusque-là si la situation sanitaire ne l’exige plus ? », interroge-t-il. La loi autorise le recours au passe vaccinal jusqu’au 31 juillet, mais pour le sénateur de la Haute-Loire Laurent Duplomb, le gouvernement, en anticipant la fin du dispositif, « apporte la preuve qu’il n’a servi à rien du tout. » De là cette demande de levée immédiate. « C’est Emmanuel Macron qui a privé les Français de libertés. Mais s’il lève le passe vaccinal juste avant la présidentielle, c’est lui que l’on va remercier ? On ne peut pas contribuer à ça », abonde le sénateur Sébastien Meurant, un autre signataire croisé dans les couloirs du Palais du Luxembourg.

Pourtant, cette tribune ne s’inscrit pas exactement dans la ligne défendue jusqu’à présent par Valérie Pécresse, la candidate LR à la présidentielle. « Les sénateurs sont vigilants et ils ont raison », a-t-elle réagi sur RTL lundi, avant d’ajouter : « Il faudra supprimer le passe vaccinal dès que la situation sanitaire le permettra, le plus vite possible. Mais ce n’est pas encore le moment. » La candidate s’était déjà retrouvée en porte à faux d’une large partie des députés LR sur la défense du passe vaccinal en janvier. Faut-il y voir, cette fois, un début de fracture avec une partie des sénateurs ? « Chacun peut penser ce qu’il veut, moi je reste simplement fidèle aux positions qui ont été les miennes depuis le début de la crise », balaye Laurent Duplomb.

« Cette majorité a choisi une candidate qui se trompe sur la stratégie sanitaire »

Sébastien Meurant se montre plus catégorique. Cet élu du Val-d’Oise, qui ne cache pas sa proximité idéologique avec Éric Zemmour, assure que la majorité sénatoriale est bien plus nuancée qu’en janvier sur le principe même du passe, au-delà du débat sur ses modalités d’application. « Nous avons été abusés, nous nous sommes laissés abuser par le gouvernement », s’agace-t-il. Selon lui, certains sénateurs regretteraient leur vote en faveur de la loi. Il en veut pour preuve cette déclaration de Roger Karoutchi, en marge de l’audition de plusieurs épidémiologistes par la Haute Assemblée jeudi dernier : « J’ai voté le passe vaccinal. J’en suis à me dire que je n’aurais pas dû le voter. J’aurais dû m’abstenir car je n’y comprends plus rien », a reconnu le vice-président du Sénat.

Sébastien Meurant reproche à ses collègues d’avoir suivi, « avec un manque d’esprit critique, de recul et de défense de nos libertés fondamentales », la ligne voulue par Valérie Pécresse. « En vérité, cette majorité a choisi une candidate qui se trompe sur la stratégie sanitaire », lâche-t-il. « Cela a été dit ici », ajoute l’élu, en jetant un regard vers la salle Médicis, où se tiennent chaque mardi les réunions de groupe des LR.

Des « visions différentes » mais pas de rupture

« Chacun à sa position, et tous ceux qui ont signé cette tribune ont leur libre arbitre, ont le droit de plus ou moins soutenir la candidate », démine Alain Joyandet. « Il y a la campagne électorale, c’est une chose. Mais là, nous ne sommes pas dans une démarche politicienne. La raison majeure de cette tribune, notre préoccupation première, c’est l’atteinte aux libertés publiques. Il est important que les concitoyens qui doutent de la politique sanitaire, pour ne pas parler de ceux qui y sont franchement opposés, sachent que ce doute existe aussi au sein de la représentation nationale », argue-t-il. « Et puis, je ne me sens pas en opposition avec la position de Valérie Pécresse. À aucun moment elle n’a dit que le passe devait être maintenu jusqu’à la fin du mois de mars », pointe-t-il.

Si le scepticisme autour du passe a gagné du terrain dans les rangs de la droite, comment expliquer que le nombre de signataires de la tribune ne soit pas supérieur au nombre de votants contre ? « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », répond Sébastien Meurant. Une référence à une célèbre chanson de Guy Béart. « Nous n’avons demandé qu’à ceux qui s’étaient opposés ou abstenus face au passe vaccinal », justifie Alain Joyandet. « Et ils n’étaient pas très nombreux », ajoute Laurent Duplomb.

« J’ai refusé de la signer », indique pourtant le sénateur Alain Milon, qui a voté en faveur du passe, ce qui laisse croire que le texte de la tribune a pu circuler au-delà du seul cercle des opposants. « J’estime qu’il y aura un risque si on lève le passe vaccinal trop tôt », explique ce médecin de formation. « Il n’y a pas de rupture, ni au sein du groupe ni avec la candidate, seulement des visions différentes. C’est le propre de chaque famille politique. Regardez, moi je suis favorable à la GPA, et je dois bien être le seul au sein du groupe ! », sourit-il.

Non-évènement ?

En clair : il serait exagéré de considérer ce pas de côté de quelques sénateurs comme un élément de fracture avec la présidente de la région Île-de-France. On comprend aussi qu’après les défections de la semaine dernière, et les critiques à propos du meeting de dimanche, il est essentiel de maintenir l’unité autour d’une candidate qui ne bouge plus dans les sondages. D’ailleurs, les équipes de campagne ne se seraient pas offusquées outre mesure de la démarche. Patrick Stefanini, le directeur de campagne de Valérie Pécresse - vertement critiqué par Rachida Dati la semaine dernière -, aurait même été informé de la préparation de cette tribune dès vendredi soir, nous assure-t-on. « Il a trouvé ça très bien », glisse un LR. Contacté par Public Sénat, Philippe Juvin, le monsieur « santé » de la candidate, n’était pas en mesure de donner suite à nos sollicitations.

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