Tribune de soutien à Olivier Faure : « Le culte de la personnalité, ce n’est pas ma tradition », déplore Patrick Kanner (PS)
Invité de notre matinale, Patrick Kanner est revenu sur le Congrès du Parti Socialiste de janvier prochain à Marseille. Le président du groupe socialiste au Sénat plaide pour « une troisième voie » entre la direction actuelle et la motion concurrente du dernier Congrès de 2021, et regrette une tribune de soutien à Olivier Faure trop personnalisante.

Tribune de soutien à Olivier Faure : « Le culte de la personnalité, ce n’est pas ma tradition », déplore Patrick Kanner (PS)

Invité de notre matinale, Patrick Kanner est revenu sur le Congrès du Parti Socialiste de janvier prochain à Marseille. Le président du groupe socialiste au Sénat plaide pour « une troisième voie » entre la direction actuelle et la motion concurrente du dernier Congrès de 2021, et regrette une tribune de soutien à Olivier Faure trop personnalisante.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« Je suis membre du Parti socialiste depuis très longtemps, certains diraient même trop. » Depuis le Congrès de Nantes en 1975, Patrick Kanner, qui s’amuse de « son âge de Mammouth » a en effet vu passer le Parti socialiste de la force de gauche hégémonique à un club de « ligue 2. » Ce qui est « dommage », d’après le président du groupe socialiste au Sénat, c’est que le PS « a des joueurs de ligue 1 », avec « ses grands maires, ses présidents de département et ses parlementaires. » Et puisque l’ancien ministre des Sports ne regardera pas la coupe du monde au Qatar, le grand match où s’affronteront ces « joueurs » sera bien le Congrès de Marseille en janvier prochain.

Au Parti socialiste, on sent bien que l’échéance approche, puisque 1500 cadres socialistes ont signé hier une tribune dans l’Express appelant à faire réélire Olivier Faure à la tête du parti. Une initiative loin d’enthousiasmer Patrick Kanner, lui-même signataire d’une tribune dans le JDD plaidant pour une « troisième voie » entre la ligne pro-Nupes défendue par l’actuelle direction du parti et l’opposition plus claire à l’union de la gauche de la motion menée par Hélène Geoffroy au dernier Congrès de Villeurbanne. « C’est la première fois que je vois un texte de soutien au patron, avec la photo du Premier secrétaire », déplore le président du groupe socialiste au Sénat. « Le culte de la personnalité est une chose, ce n’est pas ma tradition, je défends des idées, des collectifs. La tribune est pour sa personne. »

Union de la gauche aux sénatoriales : « Quoi qu’il arrive ce sera derrière nous »

Sur le fond, Patrick Kanner rappelle qu’il ne s’oppose pas a priori à une alliance avec les autres forces de gauche, mais veut réinterroger la place du Parti socialiste au sein de la Nupes : « J’étais content qu’on ait un accord avec la gauche, mais la question c’est devons-nous retrouver une place centrale ? Je ne suis pas dans un débat pour ou contre Olivier Faure, mais pour un débat d’idées. La Nupes c’est 30 % donc comment on va chercher les 20 % qui nous manquent ? Nous sommes pour l’union, mais autour du Parti Socialiste, parce que ce n’est pas autour de l’extrême gauche que l’on ramènera la gauche au pouvoir dans notre pays. » C’est sur ce point que Patrick Kanner estime que « la ligne d’Olivier Faure doit être éclaircie » : « Doit-on être derrière un leadership de LFI parce que LFI a réussi un coup de transformer un vote en alpha et oméga de la gauche. Je ne le crois pas. La réalité passera par d’autres échéances électorales. »

Et notamment les sénatoriales, qui auront lieu en septembre 2023, « sur une toute autre légitimité », celle des élus locaux, où LFI n’est pas du tout dans la même position de force qu’après l’élection présidentielle. « Aucun candidat qui aurait l’estampille LFI ne pourra être élu sur son nom dans un des départements renouvelables », analyse ce connaisseur de la carte électorale. Dans ces conditions, si accord électoral entre les forces de gauche il doit y avoir, Patrick Kanner pose ses conditions : « Quoi qu’il arrive ce sera derrière nous. Tant que je serai président du groupe je ne sacrifierai aucun sortant du PS, il y en a 33. S’il doit y avoir un accord il doit être gagnant-gagnant. Aux législatives, LFI a imposé aux trois autres partenaires un accord basé sur un score, il faut que ça marche dans les deux sens. Je n’ai rien contre quelques sénateurs LFI, mais la question qui nous est posée, c’est est-ce que cela est possible en faisant gagner globalement la gauche. Aujourd’hui nous sommes un peu moins de sénateurs de gauche, est-ce que par un accord nous pourrions être 100, 120 ou 150, c’est ça la question. »

« Ce que je veux, c’est que le Congrès ne soit pas joué d’avance, qu’il y ait un vrai débat au sein du PS »

En tout état de cause, cette question « sera réglée par la direction qui sera élue au prochain Congrès », rappelle le président du groupe socialiste au Sénat. Un Congrès, où, contrairement au Congrès de Villeurbanne de 2021, les motions semblent fleurir : « Le Congrès sera fin janvier, de l’eau va couler sous les ponts d’ici là. J’entends que Valérie Rabault ou Laurence Rossignol pourraient aussi déposer une motion. Ce que je veux, c’est que le Congrès ne soit pas joué d’avance, qu’il y ait un vrai débat au sein du PS. Plus il y aura de textes, plus les militants pourront choisir. » Enfin, « les militants qui restent, malheureusement », concède Patrick Kanner. Avec un groupe resserré, le PS joue la montée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Tribune de soutien à Olivier Faure : « Le culte de la personnalité, ce n’est pas ma tradition », déplore Patrick Kanner (PS)
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Tribune de soutien à Olivier Faure : « Le culte de la personnalité, ce n’est pas ma tradition », déplore Patrick Kanner (PS)
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le