Trois jours de carence dans la fonction publique : « Ce sont des économies de bouts de chandelle », estime Aurore Lalucq

Ce mardi, Aurore Lalucq, députée européenne et co-présidente de Place Publique, était l’invitée de la matinale de Public Sénat. La présidente de la commission des affaires économiques du Parlement européen a qualifié la hausse des jours de carence dans la fonction publique d’« opération de contre-feu populiste ». Dénonçant plusieurs autres mesures du budget, elle regrette que les débats au Parlement soit « pourris » par la menace du 49.3.
Camille Gasnier

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Lutter contre l’absentéisme des fonctionnaires, voilà la nouvelle mesure proposée par le gouvernement pour réduire le déficit. Pour cela, Laurent Saint Martin a annoncé vouloir faire passer le délai de carence des fonctionnaires de 1 à 3 jours. En complément de cette mesure, le ministre a déclaré qu’il souhaitait plafonner le remboursement des arrêts maladies, actuellement effectué à 100 %, à 90 %.

Interrogée sur ce sujet, Aurore Lalucq considère que le gouvernement « s’attaque aux absents et pas à l’absentéisme », et précise qu’« il y a des fonctionnaires qui sont beaucoup moins absents que des personnels du privé ». Pour la présidente des affaires économiques du Parlement européen, cette proposition n’a pas lieu d’être, la taxant « d’économie de bouts de chandelle ». Une disposition qui témoigne, selon la députée européenne, d’une stratégie plus globale du gouvernement : « Plutôt que d’accepter qu’il y ait eu des erreurs faites en matière de politique économique, le gouvernement préfère rester dans la logique de la grenade dégoupillée, en jetant des contre-feux, des choses qui abîment la société, qui vont cristalliser un peu plus les divisions, c’est extrêmement irresponsable ».

« Ces 60 milliards, ce n’est pas cela qui est demandé à la France au niveau européen »

De manière générale, la présidente de la commission des affaires économiques au Parlement européen assure que l’effort budgétaire proposé par le gouvernement n’est pas adapté aux demandes européennes en la matière : « Ces 60 milliards, ce n’est pas cela qui est demandé à la France au niveau européen, c’est 110 milliards sur 5 ans, soit autour d’une vingtaine de milliards par an ».

Sur les autres mesures marquantes proposées par le gouvernement pour faire des économies, la co-présidente de Place Publique est tout aussi critique. Le décalage au 1er juillet de la revalorisation des pensions de retraite est peu opportun pour Aurore Lalucq : « On n’a pas besoin d’aller vers ce type de mesure ». Même constat pour l’effort budgétaire demandé aux collectivités territoriales, fortement dénoncé par les sénateurs et les élus locaux : « [Les collectivités locales] n’ont pas du tout les mêmes contraintes que l’Etat, elles ont une obligation d’être à l’équilibre, on leur demande de plus en plus et on leur enlève des recettes ».

« Quand on est milliardaire, être taxé, c’est indolore, cela ne change strictement rien à votre mode de vie »

Elle félicite néanmoins la pérennisation de la taxation des hauts revenus. Proposée par deux amendements du MoDem et du Nouveau Front populaire, elle a été adoptée par l’Assemblée nationale la semaine dernière. La co-présidente de Place Publique salue cette mesure estimant que « quand on est milliardaire, être taxé, c’est indolore, cela ne change strictement rien à votre mode de vie ». Si les détracteurs de cette taxe craignent une fuite des milliardaires vers d’autres pays fiscalement plus avantageux, Aurore Lalucq estime qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre cette taxe au niveau européen, et le cas échéant, « hausser le ton et dire aux ultras riches que les Français méritent mieux que des les voir partir car on touche à de l’argent qu’ils n’utilisent pas ».

Néanmoins, rien n’assure que cet impôt figure dans la loi de finances pour 2025, en raison du risque de 49.3 qui pèse, depuis le début de l’examen du budget, sur l’Assemblée nationale. Sur la possible utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution par Michel Barnier, Aurore Lalucq considère que « cela pourrit le débat ». Pour la députée européenne, « certes, une chance a été donnée au Parlement, mais c’est une chance un peu fictive, les débats n’ont pas été organisés de manière sereine ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut « renverser la table » avec une profonde réforme constitutionnelle

S’il est élu président de la République en 2027, Bruno Retailleau veut faire de la réforme constitutionnelle sa première grande réforme. Le président des Républicains entend engager, dès le début de son mandat, une refonte des institutions destinée à renforcer le pouvoir des citoyens, réaffirmer la primauté du droit français et donner davantage de marges de manœuvre au Parlement, notamment sur l’immigration et la sécurité.

Le

Blois: Raphael Glucksmann at summer convention campusPS
10min

Politique

« Si Raphaël Glucksmann veut jouer la finale de la Ligue des champions, il ne peut pas avoir peur des barrages » : tensions autour de l’organisation des débats de la primaire PS

Alors que l’équipe de Raphaël Glucksmann prône l’organisation d’un seul débat, sur le service public, dans le cadre de la primaire PS/Place Publique, les autres candidats en veulent trois. « Les bras m’en tombent. Je ne comprends pas le raisonnement », pointe le sénateur Rémi Cardon, soutien d’Olivier Faure, lui aussi candidat. « Ça ne pose aucun problème à Raphaël Glucksmann qu’il y ait deux ou trois débats », assure pourtant le sénateur Place Publique Bernard Jomier, qui pointe des polémiques « pas à la hauteur », y compris de la part de soutiens socialistes de son candidat…

Le

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le