Troupes russes à la frontière avec l’Ukraine : « Je suis comme Saint Thomas… il faut que les inflexions soient vérifiées », répond Le Drian
Auditionné mercredi 16 février par la commission des Affaires étrangères du Sénat, le ministre Jean-Yves Le Drian n’a pas caché sa perplexité devant la brusque désescalade militaire annoncée par Moscou en Ukraine. Selon le chef de la diplomatie française, les conditions d’une intervention russe en Ukraine sont toujours « réunies ».

Troupes russes à la frontière avec l’Ukraine : « Je suis comme Saint Thomas… il faut que les inflexions soient vérifiées », répond Le Drian

Auditionné mercredi 16 février par la commission des Affaires étrangères du Sénat, le ministre Jean-Yves Le Drian n’a pas caché sa perplexité devant la brusque désescalade militaire annoncée par Moscou en Ukraine. Selon le chef de la diplomatie française, les conditions d’une intervention russe en Ukraine sont toujours « réunies ».
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

À quel jeu se livre Vladimir Poutine ? Après plusieurs mois d’une escalade ininterrompue des tensions entre la Russie et les Occidentaux autour du déploiement de forces armées à la frontière ukrainienne, voilà que Moscou annonce mardi 15 février un retrait de troupes. Auditionné ce mercredi par la Commission sénatoriale des Affaires étrangers, Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, n’a pas dissimulé sa perplexité. D’autant que les discussions diplomatiques entre la Russie d’un côté, les Européens et les Américains de l’autre, piétinent toujours. « Il y a des inflexions annoncées, mais moi je suis un peu comme Saint Thomas… il faut que les inflexions soient vérifiées. On prend ça pour un signe, mais je ne suis pas de ceux qui pensent que la paix est arrivée par ces inflexions », a déclaré le chef de la diplomatie française.

Mise en scène ou véritable désescalade ?

« Lundi, dans une forme de mise en scène, le président Poutine reçoit mon collègue Lavrov [Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, ndlr], et à la sortie, il fait savoir qu’il y a encore de la place pour la diplomatie. Quelques heures après, le ministre de la Défense fait un signe en disant que les manœuvres vont s’arrêter. Mardi, on nous annonce un premier retrait d’éléments militaires. Aujourd’hui, on nous annonce la même chose en Crimée », énumère Jean-Yves Le Drian. « C’est mieux que rien », note-t-il, mais quel crédit accorder à ces annonces successives et soudaines ? « S’agit-il d’une rotation ou d’un retrait ? Ayant été moi-même ministre de la Défense, je connais la différence entre une rotation et un retrait… À vérifier », résume ce responsable gouvernemental.

Deux visions opposées de la sécurité en Europe

Pour l’heure, les discussions entamées avec le Kremlin tournent autour de trois sujets : une désescalade militaire sur la frontière ukrainienne, le règlement du conflit dans le Donbass, cette région de l’est du pays ou Kiev fait face à des séparatistes pro-russes, et surtout « la mise en place d’un nouvel ordre de garantie de stabilité en Europe », énumère le locataire du Quai d’Orsay. « La manière dont la Russie voit la sécurité [du continent], est une manière de revenir à la logique de blocs, avant l’accord de 1997 entre l’OTAN et l’UE », observe encore Jean-Yves Le Drian. Une situation qui n’est pas acceptable pour les Européens.

>> Lire notre article : Ukraine : deux sénateurs décryptent en cinq questions les enjeux de la crise avec la Russie

« Je le redis : nous constatons que toutes les conditions sont réunies pour une opération d’intervention massive des forces russes sur l’Ukraine », indique encore le ministre. « Est-ce que le président Poutine a décidé de la faire ? Non, Pas à cet instant », ajoute-t-il. À ses yeux, la Russie est dans un moment de redéfinition du rôle qu’elle entend se donner à l’international. « La responsabilité du président Poutine est de savoir s’il veut que la Russie soit une puissance de déséquilibre, sur la longue durée, ou s’il veut qu’elle soit acteur d’un ordre de sécurité et de stabilité en Europe. C’est ça son choix, en ce moment. »

« Le paquet des sanctions est significatif »

Dans l’hypothèse d’une action contre l’Ukraine, l’Union européenne et les États-Unis pourraient adopter une série de sanctions inédites contre le géant russe. « Le paquet des sanctions est significatif. Nous sommes prêts, c’est à la fois technique, financier et économique. Ce sont des sanctions d‘une autre ampleur que celles qui ont pu être mises en œuvre dans le passé », glisse Jean-Yves Le Drian, en réponse à une question du sénateur centriste Jacques Le Nay, sans toutefois entrer plus en avant dans leur contenu. L’avertissement est donc lancé : « Toute atteinte nouvelle à la souveraineté et à l’intégrité de l’Ukraine entraînerait des conséquences massives pour la Russie. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Emmanuel Macron chairs G7 leaders’ videoconference on economic impact of Iran war
3min

Politique

Guerre en Iran : Emmanuel Macron confirme le déblocage de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques

Le président français s’est entretenu avec les représentants du G7, ce mercredi 11 mars, dans un contexte de guerre inflammable en Iran. A l’issue de cette réunion, il a confirmé le déblocage de 400 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en réponse au blocage du détroit stratégique d’Ormuz. Sur la Russie, il a précisé qu’« aucune sanction » ne serait levée à l’encontre du pays agresseur de l’Ukraine.

Le

Capture
5min

Politique

Municipales 2026 : A son tour, le PS accuse LR de « fusion par la base » avec le RN

Après la conférence de presse de Bruno Retailleau, au cours de laquelle il a présenté les « accords de la honte », ces alliances entre le PS et LFI pour les municipales, les socialistes lui ont rendu la pareille. Lors d’un exercice similaire ce matin, ils ont présenté des chiffres démontrant selon eux l’avènement d’une « fusion par la base » entre la droite et l’extrême-droite. Des données réfutées par LR, qui permettent difficilement de conclure à une collusion entre le parti et le RN, mais qui traduisent un glissement vers l’extrême-droite des militants de droite sur le terrain.

Le