Sébastien Lecornu et Annie Genevard le 13 octobre 2025 - ALAIN JOCARD -Pool/SIPA

UE-Mercosur : la France tente de résister, sous pression des agriculteurs

Alors que le traité de libre-échange est en passe d’être ratifié par l’Union européenne, l’exécutif français maintient ses désaccords avec Bruxelles. Dans une tentative de rassurer le monde agricole, le gouvernement a annoncé suspendre les importations de produits traités avec des substances interdites sur le continent.
Aglaée Marchand

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Toujours la même rengaine. « Le compte n’y est pas » pour la France sur l’accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur, a réaffirmé le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, sur le plateau de France 2 ce matin. Sa ratification est pourtant envisagée en début de semaine prochaine par Bruxelles, après un report de trois semaines négocié in extremis par Emmanuel Macron, et ses soutiens dont Giorgia Meloni, en décembre dernier. Lâchée par l’Italie qui s’est dite prête à signer le texte, la France ne dispose a priori plus de la minorité de blocage nécessaire pour faire barrage au traité. « On continuera à se battre », a insisté Benjamin Haddad, concédant tout de même que « des améliorations » ont été obtenues.

En toile de fond, les griefs du monde agricole, s’amoncelant devant Sébastien Lecornu et sa ministre de l’Agriculture, laissent présager un troisième hiver de crise, que l’exécutif tente à tout prix de contenir. Lundi et mardi, les Jeunes Agriculteurs, la Coordination rurale, la FNSEA et la Confédération paysanne ont défilé à Matignon.

Le gouvernement attendu au tournant par les agriculteurs

Chose promise, chose due. Un arrêté publié ce mercredi au Journal officiel acte la suspension de l’importation de produits agricoles traités avec certaines substances interdites sur le continent, dans l’attente de « mesures appropriées par la Commission européenne ». Un des sujets hautement inflammables autour de l’accord avec l’Amérique du Sud, les agriculteurs s’inquiétant de risques de concurrence déloyale. Sont concernés des fongicides et herbicides (mancozèbe, thiophanate-méthyl, glufosinate, carbendazime, bénomyl) utilisés pour traiter des fruits et légumes, comme les avocats, les mangues ou les poivrons. Pour une durée maximale d’un an, cette mise en pause avait été annoncée ce week-end par Annie Genevard. Avant d’entrer en vigueur, elle doit encore obtenir l’aval de Bruxelles, où la ministre de l’Agriculture française se rend ce mardi pour une réunion spéciale avec ses homologues européens sur le Mercosur et la politique agricole commune (PAC).

A sa sortie de Matignon, la FNSEA a indiqué que « le Premier ministre s’est engagé à nous donner un calendrier de ces propositions à la fin de la semaine ». Le premier syndicat agricole de France « ne [lâchera] rien » : « Sur le Mercosur, ça reste NON ». Des convois de la Coordination rurale ont pris la route pour rejoindre Paris, malgré certaines interdictions de circulation de tracteurs. Son président a déclaré ne pas sentir « de volonté politique pour mettre de l’ordre dans le ministère afin d’aider les agriculteurs », à l’antenne de Sud Radio.

Ursula von der Leyen cède sur la PAC

Du côté de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a annoncé, elle aussi, un geste pour déminer la situation mardi : une rallonge budgétaire dans la future PAC, en débloquant 45 milliards d’euros de manière anticipée dès 2028. Une concession dont s’est réjoui Emmanuel Macron hier soir : « Je salue les annonces de la Commission européenne aujourd’hui sur l’agriculture dans le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne, qui vient ajouter 45 milliards d’euros aux près de 294 milliards d’euros d’aides aux revenus déjà sécurisés pour les agriculteurs. La France pourra ainsi garantir le maintien du niveau actuel de ces aides jusqu’en 2034. C’est le résultat de notre mobilisation déterminée et de mon engagement constant pour nos agriculteurs ». Reste à voir si ces engagements suffiront à calmer la grogne agricole.

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