Les efforts de Paris seront-ils vains ? Le 18 décembre dernier, Emmanuel Macron se félicitait du décalage de la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur au 12 janvier. La présidente de la Commission européenne avait finalement accepté ce délai supplémentaire, face à l’opposition frontale de l’exécutif français. Mais si la France avait pu s’appuyer sur l’Italie pour faire pression sur Ursula von der Leyen en 2025, Giorgia Meloni prévoit désormais de donner son feu vert, d’après des informations de l’agence Bloomberg.
Les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept doivent se retrouver mercredi pour une réunion dédiée à la politique agricole commune (PAC) et à cet accord commercial. Un vote pourrait ensuite avoir lieu vendredi. En cas d’aval des États membres, à la majorité qualifiée, la signature du texte pourrait être actée dès la semaine prochaine. La date du 12 janvier n’a, pour l’heure, pas été confirmée par la porte-parole de la Commission, Paula Pinho. Néanmoins, cette dernière a déclaré hier que Bruxelles est sur « la bonne route », grâce à des « discussions », du « travail » et des « progrès ».
Revirement de l’Italie
Sous la pression du monde agricole, l’Élysée réclamait en décembre des « avancées », afin que « le texte change de nature ». Fait rare en France, l’ensemble de la classe politique fait également bloc contre cet accord. Les deux chambres du Parlement ont adopté successivement une proposition de résolution visant à demander au gouvernement de saisir la Cour de justice de l’UE pour vérifier la conformité du texte. Reste que ce mouvement de cohésion nationale risque de ne pas suffire à barrer la voie au texte.
Loin de s’avouer vaincue, Ursula von der Leyen se disait « confiante » à l’idée de réunir en ce début d’année la majorité nécessaire à la ratification. Et elle pourrait bien voir son souhait exaucé. Contre toute attente, Rome s’est dite encline à voter pour le texte. Si ce traité est déjà soutenu par l’Espagne et par l’Allemagne, l’opposition de l’Italie, aux côtés de la France, de la Pologne et de la Hongrie, permettait de constituer une minorité de blocage nécessaire pour rejeter le Mercosur. Le revirement de Giorgia Meloni pourrait donc bien changer les choses, au grand dam du gouvernement français qui tente de se dépêtrer de l’ire des agriculteurs.
Accumulation de dossiers brûlants
Il faut dire que les motifs de grogne s’empilent sur le bureau de la ministre de l’Agriculture, que la trêve des confiseurs n’a pas réussi à calmer : l’épizootie de la dermatose nodulaire contagieuse, le budget de la PAC bientôt renégocié, le faible cours du blé, le prix élevé des engrais… Dans une tentative de déminer la crise qui se profile, pour le troisième hiver consécutif, Annie Genevard a annoncé la suspension prochaine des importations en provenance du continent sud-américain de produits alimentaires contenant des résidus de certaines substances interdits en Europe. A ces fins, le Premier ministre a affirmé qu’un « arrêté sera pris dans les prochains jours ».
Autre essai pour amadouer les syndicats agricoles : une lettre ouverte de Sébastien Lecornu publiée dans la presse locale à leur intention, égrenant différents engagements de l’État. L’Eurois y réaffirme que tout accord commercial « déséquilibré » serait « combattu ». Sans l’opposition italienne, ces promesses ont toutefois des airs de vœux pieux. Reçues aujourd’hui à Matignon, la FNSEA et la Confédération paysanne, ne manqueront pas de réaffirmer leurs doléances, sur fonds de menaces de nouvelles mobilisations. De quoi laisser l’exécutif dans l’impasse.