Manifestation d'agriculteurs contre le Mercosur à Reventin Vaugris le 5 janvier 2026 - Romain Doucelin/SIPA

UE-Mercosur : la voie vers une signature de l’accord commercial se dessine, en dépit de l’opposition française

Alors que le gouvernement française essaye de temporiser la colère agricole, dans un deuxième jour de consultation des syndicats à Matignon, l’Italie s’apprêterait à soutenir le traité entre l’Europe et l’Amérique du Sud. De quoi possiblement entériner sa ratification dès la mi-janvier.
Aglaée Marchand

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Les efforts de Paris seront-ils vains ? Le 18 décembre dernier, Emmanuel Macron se félicitait du décalage de la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur au 12 janvier. La présidente de la Commission européenne avait finalement accepté ce délai supplémentaire, face à l’opposition frontale de l’exécutif français. Mais si la France avait pu s’appuyer sur l’Italie pour faire pression sur Ursula von der Leyen en 2025, Giorgia Meloni prévoit désormais de donner son feu vert, d’après des informations de l’agence Bloomberg.

Les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept doivent se retrouver mercredi pour une réunion dédiée à la politique agricole commune (PAC) et à cet accord commercial. Un vote pourrait ensuite avoir lieu vendredi. En cas d’aval des États membres, à la majorité qualifiée, la signature du texte pourrait être actée dès la semaine prochaine. La date du 12 janvier n’a, pour l’heure, pas été confirmée par la porte-parole de la Commission, Paula Pinho. Néanmoins, cette dernière a déclaré hier que Bruxelles est sur « la bonne route », grâce à des « discussions », du « travail » et des « progrès ».

Revirement de l’Italie

Sous la pression du monde agricole, l’Élysée réclamait en décembre des « avancées », afin que « le texte change de nature ». Fait rare en France, l’ensemble de la classe politique fait également bloc contre cet accord. Les deux chambres du Parlement ont adopté successivement une proposition de résolution visant à demander au gouvernement de saisir la Cour de justice de l’UE pour vérifier la conformité du texte. Reste que ce mouvement de cohésion nationale risque de ne pas suffire à barrer la voie au texte.

Loin de s’avouer vaincue, Ursula von der Leyen se disait « confiante » à l’idée de réunir en ce début d’année la majorité nécessaire à la ratification. Et elle pourrait bien voir son souhait exaucé. Contre toute attente, Rome s’est dite encline à voter pour le texte. Si ce traité est déjà soutenu par l’Espagne et par l’Allemagne, l’opposition de l’Italie, aux côtés de la France, de la Pologne et de la Hongrie, permettait de constituer une minorité de blocage nécessaire pour rejeter le Mercosur. Le revirement de Giorgia Meloni pourrait donc bien changer les choses, au grand dam du gouvernement français qui tente de se dépêtrer de l’ire des agriculteurs.

Accumulation de dossiers brûlants

Il faut dire que les motifs de grogne s’empilent sur le bureau de la ministre de l’Agriculture, que la trêve des confiseurs n’a pas réussi à calmer : l’épizootie de la dermatose nodulaire contagieuse, le budget de la PAC bientôt renégocié, le faible cours du blé, le prix élevé des engrais… Dans une tentative de déminer la crise qui se profile, pour le troisième hiver consécutif, Annie Genevard a annoncé la suspension prochaine des importations en provenance du continent sud-américain de produits alimentaires contenant des résidus de certaines substances interdits en Europe. A ces fins, le Premier ministre a affirmé qu’un « arrêté sera pris dans les prochains jours ».

Autre essai pour amadouer les syndicats agricoles : une lettre ouverte de Sébastien Lecornu publiée dans la presse locale à leur intention, égrenant différents engagements de l’État. L’Eurois y réaffirme que tout accord commercial « déséquilibré » serait « combattu ». Sans l’opposition italienne, ces promesses ont toutefois des airs de vœux pieux. Reçues aujourd’hui à Matignon, la FNSEA et la Confédération paysanne, ne manqueront pas de réaffirmer leurs doléances, sur fonds de menaces de nouvelles mobilisations. De quoi laisser l’exécutif dans l’impasse.

Partager cet article

Dans la même thématique

Photo illustration d un titre de voyage pour refugie
6min

Politique

Droit d’asile : un rapport sénatorial alerte sur son coût et son utilisation détournée en « voie d’immigration comme les autres »

Dans un rapport présenté le 9 juillet, la sénatrice LR Marie-Carole Ciuntu chiffre à près de 2 milliards le coût annuel de la politique française de droit d’asile. Dénonçant un dispositif « dévoyé », détourné pour s’installer durablement sur le territoire, elle appelle à mieux suivre les déboutés de l’asile et à réduire de plus de moitié la durée de validité des titres des réfugiés.

Le

Explosions in Tehran March 8
10min

Politique

Frappes en Iran : «  Les différentes lignes du régime sont aujourd'hui en train d'entrer en collision »

Ce mercredi, les Etats-Unis ont achevé une quatrième vague de bombardements visant les côtes iraniennes, alors que le régime islamique a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz en promettant qu’il resterait fermé jusqu’à la fin des « agressions américaines ». Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, Washington mise désormais sur un effondrement du régime depuis l’intérieur.

Le

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le