Ukraine : qu’est-ce qu’un « couloir humanitaire » ?
Kiev a refusé lundi la mise en place de couloirs humanitaires par la Russie, car les civils ukrainiens, ainsi évacués, auraient été envoyés en Biélorussie ou en Russie. Si l’instauration d’un couloir humanitaire pour évacuer des zones de guerre les populations qui n’interviennent pas directement dans un conflit est un principe fixé par la Convention de Genève, il est souvent difficilement respecté.

Ukraine : qu’est-ce qu’un « couloir humanitaire » ?

Kiev a refusé lundi la mise en place de couloirs humanitaires par la Russie, car les civils ukrainiens, ainsi évacués, auraient été envoyés en Biélorussie ou en Russie. Si l’instauration d’un couloir humanitaire pour évacuer des zones de guerre les populations qui n’interviennent pas directement dans un conflit est un principe fixé par la Convention de Genève, il est souvent difficilement respecté.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Emmanuel Macron condamne « le cynisme moral et politique » du Kremlin. Dans un entretien accordé à LCI lundi 7 mars, le chef de l’Etat a fustigé la proposition russe d’installer des couloirs sanitaires pour évacuer les civils ukrainiens des principales zones de conflits. Une initiative aussitôt retoquée par Kiev, dans la mesure où la Russie se proposait d’évacuer les citoyens vers son propre territoire ou vers la Biélorussie. « Il faut que les acteurs de l’humanitaire puissent intervenir, et qu’il y ait des trêves complètes quand ils interviennent pour mettre en protection les femmes, les enfants et les hommes qui doivent être sortis de la zone de conflit. Ce ne sont pas seulement des couloirs qui sont tout de suite menacés, et ça n’est pas ce discours hypocrite qui consiste à dire, on va aller protéger les gens pour les emmener en Russie. Tout cela n’est pas sérieux », s’est agacé le président français.

Douze jours après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, les Occidentaux et Moscou ne parviennent pas à s’attendre sur la mise en place d’un cessez-le-feu durable dans le pays. Deux rounds de pourparlers entre représentants russes et ukrainiens ont déjà échoué, une troisième série de discussions était prévue ce lundi. D’après des déclarations des autorités russes, elles devraient être centrées notamment sur la mise en place de ces fameux couloirs.

Une obligation imposée par la convention de Genève

Un « couloir » ou « corridor » humanitaire est un itinéraire sécurisé dans une zone de conflit ou de catastrophe naturelle qui doit permettre l’acheminement d’une aide ou l’évacuation de personnes. L’article 23 de la Convention de Genève de 1949, qui définit les règles à respecter dans un conflit armé, fixe la nécessité du « libre passage de tout envoi de médicaments et de matériel sanitaire ainsi que des objets nécessaires au culte, destinés uniquement à la population civile. » Ce texte évoque également « l’envoi de vivres indispensables, de vêtements et de fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze ans, aux femmes enceintes ou en couches. » L’obligation de mise en place de ces convois est « subordonnée » à la certitude qu’ils ne puissent pas être détournés par l’ennemi.

Ce principe des corridors humanitaires a été réaffirmé par une résolution de l’ONU de décembre 1990. Elle rappelle que l’acheminement d’une aide est généralement assuré par des organisations intergouvernementales ou non gouvernementales, et enjoint donc les Etats « à faciliter la mise en œuvre par ces organisations de l’assistance humanitaire ». La convention de Genève, quant à elle, précise que la distribution sur place peut être supervisée « par les puissances protectrices ». « Que ce soit dans des conflits étatiques ou non étatiques, avec des bandes armées, tout acteur est tenu de garantir l’accès à une aide humanitaire. Les blocus et les entraves à l’acheminement constituent des atteintes au droit international », insiste auprès de Public Sénat Jon Cerezo, responsable humanitaire pour Oxfam France.

Difficile mise en place

On l’aura compris, au-delà de la nécessité d’une aide ou d’une évacuation des populations qui ne font pas partie du conflit, les règles internationales ne sont pas très claires, ni sur la manière dont ces couloirs humanitaires doivent être mis en place, ni par qui. Notamment parce que, dans des régions particulièrement dévastées, ces corridors réclament un important dispositif logistique, qui dépend généralement du bon vouloir des belligérants. « Les organisations attendent des pourparlers un respect absolu du droit international humanitaire, le respect de l’intégrité des travailleurs humanitaires et, bien sûr, la possibilité d’acheminer des biens de première nécessité. », poursuit Jon Cerezo. Autant de conditions qui, bien souvent, sont rarement réunies. « Il faut rappeler qu’il y a eu très peu de corridors réellement mis en œuvre dans l’histoire des conflits », indique ainsi Frédéric Joli, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge dans un entretien à Marianne. « C’est une mesure souvent amenée sur la table qui s’avère très compliquée à mettre en œuvre. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Municipales 2026 : comment les résultats dessinent déjà la carte des sénatoriales de septembre

Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.

Le

EDF Reseau de Transport Electricite de Nice
6min

Politique

Marché européen de l’électricité : sortie ou réforme ? Les paradoxes de la normalisation du RN

Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.

Le

PARIS. Marine Le Pen prostest in front of French senat
8min

Politique

Sénatoriales 2026 : le RN veut « tripler » son nombre de sénateurs et rêve de créer un groupe

Le RN se prépare dès maintenant pour les sénatoriales de septembre 2026. « Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs », annonce à publicsenat.fr Ludovic Pajot, nommé directeur de campagne, soit frôler les dix sénateurs, permettant de créer un groupe. Mais avant cela, le parti devra réussir les municipales. Il entend, cette fois, éviter les « brebis galeuses ». Il cherche des candidats présentables, capables de « gérer une ville ».

Le