Ultradroite, interdiction des LBD : la gauche sénatoriale veut répondre à la droite sur le maintien de l’ordre
Alors que la droite sénatoriale multiplie les hommages aux forces de l’ordre, la gauche du Sénat dénonce une « exploitation politique » et veut attirer l’attention sur d’autres sujets, sans contester le soutien aux policiers et gendarmes. Les groupes socialiste et écologiste vont chacun déposer une proposition de résolution, tandis que le groupe communiste va remettre sur la table un texte interdisant les LBD.

Ultradroite, interdiction des LBD : la gauche sénatoriale veut répondre à la droite sur le maintien de l’ordre

Alors que la droite sénatoriale multiplie les hommages aux forces de l’ordre, la gauche du Sénat dénonce une « exploitation politique » et veut attirer l’attention sur d’autres sujets, sans contester le soutien aux policiers et gendarmes. Les groupes socialiste et écologiste vont chacun déposer une proposition de résolution, tandis que le groupe communiste va remettre sur la table un texte interdisant les LBD.
Louis Mollier-Sabet

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En réponse à la proposition de résolution de la majorité sénatoriale de soutien aux forces de l’ordre qui sera discutée le mercredi 12 avril prochain, la gauche du Sénat lance plusieurs initiatives pour ne pas « laisser le monopole de ces questions-là à la droite », explique Patrick Kanner. « La proposition de résolution de la droite dénonce l’ultragauche. Nous allons déposer la même, mais en dénonçant l’ultradroite, parce que là je pense que c’est de l’exploitation politique », a expliqué le président du groupe socialiste dans notre matinale ce jeudi. Une proposition de résolution, si elle est mise à l’agenda par le bureau du Sénat, donne lieu à un débat et un vote, mais elle permet simplement aux parlementaires d’acter une position, sans aucune contrainte légale.

« On veut sortir de la ‘nasse’ où l’on veut nous enfermer »

« Dire qu’on n’est pour ce qui est bien et contre ce qui est mal, c’est du temps parlementaire bien mal investi. Un hommage aux forces de l’ordre cela va sans dire, donc pourquoi prendre le temps d’en débattre ? C’est comme leur standing ovation à la question de Claude Malhuret aux questions au gouvernement, c’est un acte politique, de l’affichage. On veut sortir de la ‘nasse’ où l’on essaie de nous enfermer », détaille Jérôme Durain. Le sénateur socialiste, spécialiste des questions de sécurité, explique vouloir « sortir de l’hémiplégie où l’on oublie la liberté pour ne parler que de sécurité et où l’on oublie que l’ultradroite est l’un des principaux périls qui menace les démocraties occidentales. » « Si nous ne le faisons pas, personne ne va s’intéresser à la question », lâche-t-il.

Les socialistes y voient un moyen de « rétablir l’équilibre » dans un contexte politique où le gouvernement, et notamment Gérald Darmanin, « s’en prend de manière un peu facile aux écoterroristes et à l’ultragauche », ajoute Jérôme Durain, qui déplore une « pente périlleuse et malsaine du débat public. » Pour lui, le « front républicain » est « aussi un combat culturel » : « Dire qu’il se forme contre une partie de la gauche politique, c’est prendre le chaud pour le froid et le nord pour le sud. Bientôt on va nous expliquer que l’extrême droite c’est formidable et que ce qui est à gauche des centristes, c’est le péril qui nous guette. »

« C’est vrai qu’on a des approches différentes, mais sinon, nous serions dans le même groupe ! »

Mais les socialistes ne seront pas les seuls à s’emparer de la question, puisque les groupes écologistes et communistes prendront aussi des initiatives. Le groupe écologiste va aussi déposer une proposition de résolution, qui sera distincte de celle des socialistes, confirme le sénateur écologiste Thomas Dossus, qui avait interpellé Gérald Darmanin sur Sainte-Soline dans un échange houleux lors des questions d’actualité au gouvernement. Le sénateur du Rhône partage la volonté « d’avoir une expression institutionnelle » autre que celle de la droite sur la question. « On voulait faire entendre une autre voix sur ces questions », ajoute-t-il.

Mais pas une voix commune entre les groupes de gauche, visiblement. « C’était difficile de faire converger la gauche du Sénat en si peu de temps », explique Thomas Dossus. Le groupe socialiste, notamment, récuse par exemple le terme de « violences policières » dans son caractère systémique. « On a voulu avoir chacun notre expression, c’est vrai qu’il y a des points de divergence, mais ce n’est pas insurmontable, ça fait partie des débats à gauche », concède Thomas Dossus, qui y voit une différence « d’approches » somme toute normale. « On n’a pas voté la loi LOPMI [loi de programmation et d’orientation du ministère de l’Intérieur], contrairement aux socialistes. C’est vrai qu’on a des approches différentes, mais sinon, nous serions dans le même groupe ! »

« La doctrine du maintien de l’ordre actuelle expose les forces de l’ordre, et leur armement met en danger les manifestants »

De son côté, Jérôme Durain tempère aussi : « Il n’y a aucun sujet de dissensus, c’est juste qu’on réagit chacun avec notre sensibilité, dans des démarches qui sont finalement assez complémentaires, ici comme à l’Assemblée nationale. » Sur le fond, les socialistes mettront donc la question de l’extrême droite sur la table, tandis que la proposition de résolution des écologistes abordera le maintien de l’ordre à proprement parler : « Le débat n’est pas de soutenir ou pas les forces de l’ordre, mais ce qui les met dans une situation où l’on a autant de blessés. Si on ne fait pas référence au fait qu’il y a deux manifestants dans le coma, on passe à côté du sujet. »

Le sénateur écologiste rappelle aussi une intervention de Philippe Bas lors de l’audition de Gérald Darmanin ce mercredi : « Philippe Bas dit une chose avec laquelle je suis complètement d’accord : le gouvernement n’est pas capable de créer du consensus, et c’est ça qui créée une radicalisation du mouvement. Mais la droite n’arrive même pas à mettre cette phrase-là dans leur résolution. Ça ne les justifie pas, mais la cause des violences, c’est le blocage du gouvernement et la doctrine du maintien de l’ordre actuelle, qui expose les forces de l’ordre dont l’armement met en danger les manifestants. »

Une proposition de loi communiste interdisant l’usage des LBD va être déposée

Côté communiste, ce n’est pas une proposition de résolution, mais une proposition de loi qui devrait être déposée. Le groupe devrait reprendre un texte qui avait été examiné en 2019 pendant le mouvement des Gilets Jaunes, et qui interdisait notamment l’usage de LBD (lanceurs de balles de défense). La proposition de loi avait, sans grande surprise, été rejetée par la majorité sénatoriale.

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