Crédit : Anupam Nath/AP/SIPA

Un an après la dissolution, Emmanuel Macron peut-il à nouveau dissoudre l’Assemblée nationale ?

Le 9 juin 2024, Emmanuel Macron annonçait la dissolution de l’Assemblée nationale. Il s’agit d’un droit encadré par la Constitution, que le chef de l’Etat ne peut utiliser à sa guise. Mais en pratique, quelques questions se posent…
François Vignal

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Il y a un an jour pour jour, Emmanuel Macron annonçait la dissolution, le 9 juin 2024. Une décision prise dans la foulée de l’échec de son camp aux européennes. Depuis, des rumeurs sur sa volonté d’y procéder à nouveau ont circulé. Elles ont toujours été démenties par l’Elysée ou Emmanuel Macron lui-même. Dans le doute, tous les partis s’y préparent, comme publicsenat.fr le racontait.

A partir du 8 juillet 2025

Mais quand le président de la République pourra-t-il à nouveau dissoudre ? Cette arme constitutionnelle, risquée pour celui qui l’utilise, n’est pas à la disposition du chef de l’Etat à volonté. Ce droit est encadré par la Constitution.

Selon l’article 12 du texte de 1958, « il ne peut être procédé à une nouvelle dissolution dans l’année qui suit ces élections » organisées suite à une première dissolution. Les législatives de 2024 se sont déroulées le 30 juin, pour le premier tour, et le 7 juillet, pour le second. Or « ce qui fait l’élection, c’est le second tour », souligne Benjamin Morel, maître de conférences en droit à Paris Panthéon-Assas.

C’est donc un an après le second tour, soit à partir du 8 juillet prochain, qu’Emmanuel Macron pourra à nouveau dissoudre l’Assemblée nationale et provoquer des élections législatives, s’il le désire. Une fois la dissolution prononcée, les élections ont lieu 20 jours au moins et 40 jours au plus, après la décision.

« Faux débat » sur la date du décret

Un débat existe chez quelques universitaires, qui soutiennent que c’est la date du décret de dissolution qui compte. Une idée balayée d’un revers de main par le constitutionnaliste de Paris Panthéon-Assas.

« Chez les constitutionnalistes, à part un peut-être, tout le monde est d’accord. Je n’ai aucun collègue sérieux qui est sur la ligne de la date du décret. Pour une fois que la Constitution est claire », lance Benjamin Morel, qui assure que « c’est un faux débat ».

« Manifestations de constitutionnalistes qui ne seraient pas d’accord »

Si une question existe, elle réside plutôt dans le fait que « le Conseil constitutionnel s’est déclaré incompétent pour contrôler le décret ». Autrement dit, si le chef de l’Etat décidait de ne pas respecter la Constitution et de dissoudre moins d’un an avant que son fusil constitutionnel ne soit rechargé, lui donnant le droit de dissoudre, il pourrait peut-être imposer ce choix en profitant de cette zone d’ombre.

« Est-ce qu’Emmanuel Macron aurait pu dissoudre en janvier s’il n’y avait pas eu de budget par exemple ? En droit, clairement non. Dans les faits, peut-être bien que oui… » avance le constitutionnaliste, qui ajoute : « Il n’y a pas de contrôle. Donc on pourrait imaginer qu’Emmanuel Macron ait sa propre interprétation ». Et à part « des manifestations de constitutionnalistes qui ne seraient pas d’accord », plaisante le professeur de droit, en pratique, on pourrait imaginer le Président tordre la Constitution.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal
6min

Politique

Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal

Le candidat de Renaissance à l’élection présidentielle joue cartes sur tables en dévoilant de premières propositions pour mettre fin à la dérive des comptes publics, citant par exemple la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires, ce qu’il avait refusé trois ans et demi plus tôt au Sénat.

Le

CANIS LUPUS
10min

Politique

Gestion de l’eau, pesticides, prédation du loup… Ce que contient le projet de loi d’urgence agricole adopté par le Sénat

Le Sénat a adopté le projet de loi d'urgence agricole, après l’avoir profondément durci sous l’impulsion de sa majorité de droite et du centre. Le texte multiplie les concessions au monde agricole, de la réintroduction dérogatoire de certains pesticides au doublement des capacités de stockage en eau, ce que la gauche n’a pas manqué de dénoncer. Tour d’horizon des principales dispositions du texte.

Le

France, Pyrenees-Orientales, July 2, 2026: Wildfire between Canet-en-Roussillon and Sainte-Marie-la-Mer
7min

Politique

Incendies : « Il faut arrêter avec l’idée de l’État nounou. La responsabilité individuelle est essentielle », alerte la sénatrice Lauriane Josende

Le violent incendie qui a frappé jeudi Sainte-Marie-la-Mer et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales) a entraîné l’évacuation de près de 3 000 personnes et détruit des centaines de bungalows dans plusieurs campings. Si le feu est désormais maîtrisé, les autorités redoutent une saison des incendies particulièrement intense, sur fond de canicule et de sécheresse persistante.

Le