Un an après sa défaite à la présidentielle qui a suscité beaucoup de déception chez les militants FN, Marine Le Pen est repartie à l'assaut avec ses dossiers fétiches, confortée par les sondages et l'action des Identitaires, à défaut de concrétiser le rassemblement espéré.
La "fête des nations" du Front national et de ses alliés européens à Nice le 1er mai a certes été gâchée par l'absence de deux invités vedettes, l'Italien Matteo Salvini et le Néerlandais Geert Wilders, et occultée par les violences en marge de la manifestation parisienne le même jour, puis par le défilé des Insoumis samedi.
Mais les dégradations commises par les "black blocs" le 1er mai ont été l'occasion pour Marine Le Pen de dénoncer les "failles sécuritaires" de l'Etat, un de ses thèmes favoris.
La finaliste de la présidentielle, qu'on voyait rarement dans les couloirs de l'Assemblée à la rentrée, a aussi été très présente dans l'hémicycle sur l'immigration, autre dossier fédérateur pour son parti.
En déposant un amendement contre le droit du sol, la députée du Pas-de-Calais en a profité pour dénoncer encore "l'insincérité" du président de LR Laurent Wauquiez qui "dit la même chose que nous mais ne vote pas la même chose que ce qu'il dit".
Marine le Pen et Louis Aliot à l'Assemblée nationale à Paris le 14 mars 2018
AFP/Archives
Les actions antimigrants du mouvement radical Génération Identitaire dans les Alpes ont apporté de l'eau à son moulin. A Nice, elle a salué leur "belle opération de communication" qui sert ses arguments sur l'effacement des frontières.
La dirigeante nationaliste, qui avait été reçue par le président russe Vladimir Poutine pendant la campagne présidentielle, a aussi contesté haut et fort l'intervention militaire de Paris contre Damas, alliée de Moscou.
Selon elle, Paris a choisi "le camp des soutiens aux islamistes", comme elle l'a écrit jeudi à la ministre des Armées Florence Parly, qui avait auparavant fustigé sa "complaisance" avec le président syrien.
Les sondages lui sont de nouveau favorables, avec notamment un gain de trois points parmi les personnalités préférées des Français, mais surtout 9 points chez ses sympathisants, selon l'institut Elabe en mai.
- "femme de devoir" -
Marine Le Pen et Emmanuel Macron avant que ne démarre le débat d'entre deux tours, le 3 mai 2017
POOL/AFP/Archives
Du débat de l'entre deux tours face à Emmanuel Macron, qu'elle admet avoir "raté" et dont l'impréparation a été révélée par plusieurs documents internes, elle affirme aujourd'hui ne pas avoir "à rougir du fond", n'en critiquant que la forme.
Elle est d'ailleurs prête à débattre à nouveau sur le plateau de France 2 le 17 mai face aux représentants des autres partis. Les autres têtes d'affiche seront bien différentes de celles de la présidentielle: Jean-Luc Mélenchon s'est désisté, La République en Marche sera représentée par la porte-parole Laetitia Avia, Laurent Wauquiez incarne désormais LR et Olivier Faure le PS.
Car elle voudrait être reconnue comme la première opposante à Macron, alors qu'actuellement c'est M. Mélenchon qui incarne le mieux cette opposition, selon l'Ifop.
Un an après le retrait de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, très populaire dans le parti, et après la brouille avec son ancien bras droit Florian Philippot, parti en septembre fonder Les Patriotes en emportant avec lui une orientation centrée sur le rejet de l'euro, elle compte sortir définitivement du "trou d'air" post-présidentielle en confirmant le 1er juin à Lyon le nouveau nom de son parti. Au lieu du Front national, le paysage politique aura un "Rassemblement national", sous réserve que les militants entérinent comme prévu l'appellation choisie par leur cheffe.
Mais malgré ces petits signes de renouveau, l'enthousiasme ne déborde pas. "Je suis là où il apparaît que je suis utile", dit Marine Le Pen, quelques mois après avoir promis de ne pas "s'éterniser" à la tête du parti. Elle reste une "femme de devoir" à la direction du FN, confie un proche.
Et surtout, les alliances qu'elle prône ne sont toujours pas concrétisées. En Europe, les ralliements s'annoncent difficiles. En France, elle prépare une liste d'ouverture à des personnalités non frontistes pour les européennes - "il y a des discussions", répète son entourage. Mais toujours pas de nom.
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