Un an avec sursis et 10 ans d’inéligibilité requis en appel contre la maire LR d’Aix-en-Provence
Vantant sa gestion "louée par la France entière", la maire LR d'Aix-en-Provence Maryse Joissains-Masini, jugée en appel pour...

Un an avec sursis et 10 ans d’inéligibilité requis en appel contre la maire LR d’Aix-en-Provence

Vantant sa gestion "louée par la France entière", la maire LR d'Aix-en-Provence Maryse Joissains-Masini, jugée en appel pour...
Public Sénat

Par Isabelle LIGNER, Ysis PERCQ

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Vantant sa gestion "louée par la France entière", la maire LR d'Aix-en-Provence Maryse Joissains-Masini, jugée en appel pour détournement et prise illégale d'intérêts, s'est défendue avec vigueur mercredi, sans convaincre l'avocat général qui a requis sa condamnation à un an de prison avec sursis et 10 ans d'inéligibilité.

"Cette affaire est une illustration du comportement de nombreux élus qui sont de plus en plus dénoncés, à l'image de MM. Fillon ou Cahuzac", a lancé dans son réquisitoire Georges Gutierrez, réclamant la confirmation de la peine prononcée en première instance à l'encontre de Mme Joissains-Masini, 76 ans.

Outrée, l'élue, maire d'Aix et présidente de la Communauté d'agglomération du pays d'Aix (CPA) depuis 2001, l'a immédiatement interrompu: "Je ne peux pas laisser associer mon nom à ceux de voyous de la République. (...) Me comparer à Cahuzac, mais enfin vous avez perdu la tête ?"

"Vous avez parlé de vertu, mais vous n'êtes pas vertueux", a-t-elle encore asséné, en direction de l'avocat général, après les plaidoiries de ses avocats: "Vous n'avez pas le droit de rire, de vous gondoler durant vos réquisitions !"

Au coeur du dossier, la promotion jugée indue de son chauffeur, Omar Achouri, et l'embauche à la CPA d'une collaboratrice, Sylvie Roche, en charge de la protection animale alors que ce domaine ne relevait pas des compétences de cette collectivité.

Pour l'avocat général, Omar Achouri est au cœur du "clientélisme, cette politique de petits services" de Mme Joissains-Masini. Sa promotion est "irrégulière", a-t-il asséné. La promotion du chauffeur, distingué par Mme Joissains-Masini alors qu'il figurait à la 43e place sur une liste dressée par l'ordre de mérite, avait été définitivement annulée par le Conseil d'Etat, qui a estimé que l'élue avait "commis une erreur manifeste d'appréciation de la valeur et de l'expérience professionnelle" de l'intéressé.

Quant à l'emploi de Mme Roche, il est "injustifié", a poursuivi l'avocat général: "Il fait double emploi avec les compétences municipales. Cet emploi est donc en partie fictif et n'a pas de consistance".

- "Un dossier de rumeurs" -

Tout au long de l'audience, Mme Joissains-Masini, au cours d'échanges parfois vifs avec le président de la cour, avait pourtant vanté sa gestion: "Je suis la vingtième ville de France, j'ai très très bien géré ma ville", a assuré celle qui a aussi été députée de 2002 à 2012. "Et je suis persuadée d'être dans le cadre de la loi pour les deux cas qui me sont reprochés."

Comme en première instance, Mme Joissains-Masini a défendu bec et ongles son "pouvoir souverain" de nommer des "collaborateurs de cabinet", l'avocat général y voyant lui une "conception autocratique" du pouvoir.

"On est dans un dossier de rumeurs, de règlement de comptes locaux. C'est un opposant politique qui est à l'origine du dossier, il faut le rappeler", a plaidé Mario Pierre Stasi, un des avocats de l'élue: "Je vous demande de regarder froidement ce dossier. Je vous demande de ne pas entendre les élucubrations de l'avocat général sur un clientélisme. Je vous demande de regarder chacun des deux délits, deux petits points, et non le tombereau de dénonciations anonymes".

Alerté en 2012 par une lettre anonyme, le parquet d'Aix-en-Provence avait ouvert une enquête et, "pour la bonne administration de la justice", le procès avait été dépaysé à Montpellier.

Mme Joissains-Masini a succédé à la mairie à celui qui était alors son mari, Alain Joissains, maire de la ville de 1978 à 1983 et condamné en 1986 en appel pour recel d'abus de biens sociaux. Leur fille Sophie Joissains, sénatrice UDI, présente au procès mercredi, pourrait "être sur la liste" pour les municipales en 2020, avait déclaré sa mère en 2018.

L'arrêt a été mis en délibéré au 28 mai.

Partager cet article

Dans la même thématique

Un an avec sursis et 10 ans d’inéligibilité requis en appel contre la maire LR d’Aix-en-Provence
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Un an avec sursis et 10 ans d’inéligibilité requis en appel contre la maire LR d’Aix-en-Provence
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

Un an avec sursis et 10 ans d’inéligibilité requis en appel contre la maire LR d’Aix-en-Provence
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le