Alors qu’Emmanuel Macron faisait figure de «sauveur de l’Europe » au moment de son élection, le président français est présenté comme le défenseur de l’économie de marché, après un an de réformes.
Un an de Macron vu par la presse internationale : « Du sauveur de l’Europe » au nouveau Thatcher
Alors qu’Emmanuel Macron faisait figure de «sauveur de l’Europe » au moment de son élection, le président français est présenté comme le défenseur de l’économie de marché, après un an de réformes.
Par Alexandre Poussart et Juliette Benezit
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Emmanuel Macron, vu lors de son élection comme le sauveur de l’Union européenne face aux eurosceptiques, fait désormais figure de défenseur de l’économie de marché pour la presse internationale.
La sauveur de l’Europe
"Macron, le tournant de l’Europe". A l’image de la une du quotidien italien La Republicca, l’élection d’Emmanuel Macron, le 7 mai 2017, est saluée par toute la presse européenne. Il fait figure de sauveur de l’Europe, face au Brexit, à la montée des eurosceptiques et à l’accession de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.
Une nouvelle vision pour l’Europe
Fin septembre 2017, Emmanuel Macron prononce son discours sur l’Europe dans l’université de la Sorbonne à Paris, et présente ses grandes réformes pour relancer l’Union européenne : une zone euro renforcée, un premier pas vers l’Europe de la Défense, la généralisation d’Erasmus, une convergence fiscale entre les Etats membres. L’hebdomadaire britannique The Economist titre ainsi « Le nouvel ordre de l’Europe » avec un dessin du président français sur le devant de la scène et Angela Merkel retirée dans l’ombre.
Le leader de l’Europe
En effet, à l’automne 2017, la chancelière est empêtrée dans ses difficultés pour former un gouvernement de coalition après les élections législatives en Allemagne. Le Time présente donc Emmanuel Macron comme « Le nouveau leader de l’Europe… » mais précise, dans un astérisque, « ... s’il arrive à gouverner la France ». L’hebdomadaire américain perçoit les obstacles que pourrait rencontrer le président français dans son pays pour mener ses réformes.
« Je ne suis pas arrogant, je suis déterminé »
Alors qu’en France, des manifestations ont lieu contre sa réforme du code du Travail par ordonnances, Emmanuel Macron accorde un entretien fleuve de 8 pages au journal allemand Der Spiegel, qui titre en le citant « Je ne suis pas arrogant, je suis déterminé ». Le président français s’adresse aux Allemands pour expliquer ses réformes et assurer qu’il ne cèdera pas face aux « envieux ». Cette phrase arrive après une série d’expressions clivantes : « les cyniques », « les fainéants », « les sceptiques, les fatalistes ».
Grèves SNCF : Macron déraille
Les mouvements sociaux du printemps et notamment la grève des cheminots divisent la presse internationale. Pour le journal italien de gauche Il Manifesto, Macron déraille, avec sa réforme du secteur ferroviaire, et prend le risque de « 3 mois de protestation dure » s’il ne gagne pas « la guerre de l’opinion publique ».
La fermeté de Margaret Thatcher
C’est surtout la fermeté du dirigeant français qui est soulignée, que ce soit positivement ou négativement. A cet égard, l’hebdomadaire britannique The Week n’a pas manqué de comparer le président français à l’ancienne cheffe du gouvernement britannique, Margaret Thatcher.
Le leader de l’économie de marché
Une du magazine Forbes avec Emmanuel Macron.
Une du magazine Forbes avec Emmanuel Macron.
Les réformes économiques du président français récoltent néanmoins les louanges outre-Atlantique. En Une du magazine économique américain Forbes le 1er mai, Emmanuel Macron est présenté comme « le leader de l’économie de marché ». Le président a défendu, dans cet entretien, une approche « business-friendly » et a annoncé la suppression de l’exit tax. Face aux réticences, « il n’y a pas d’alternative », a martelé le chef de l’Etat, reprenant des termes utilisés par Margaret Thatcher dans les années 1980.
L’intervention en Syrie divise
L’intervention militaire menée en Syrie sous l’impulsion de la France le 14 avril dernier n’a pas fait l’unanimité au sein de la presse internationale. Les frappes ordonnées par la France - avec l’appui des Etats-Unis et du Royaume-Uni -, ont notamment été condamnées en Italie, dans le quotidien Corriere della Serra: « L’attitude agressive de Paris nous a beaucoup surpris ; on dirait que la France n’a retenu aucune leçon de l’intervention en Libye », y a expliqué un haut responsable de l’armée italienne. Certains commentateurs attribuent par ailleurs à l'Elysée le retournement de position de l'administration américaine sur la Syrie, comme le laisse entendre la caricature de Christian Adams, du London Evening Standard.
Trump et Macron : un père et son fils
Le président français n’a pas fait l’unanimité lors de sa récente visite aux Etats-Unis. En témoigne cette Une du Washington Post publiée le 25 avril dernier : on y voit Emmanuel Macron entraîné par Donald Trump qui le tient par la main. Certains y ont vu l’image d’un père et son fils. Et le Washington Post de trancher : « Durant ce voyage, Trump devient le mâle dominant et Macron se laisse dominer ».
Visite en Australie : la faute d’anglais qui fait tâche
« I want to thank you and your delicious wife ». Lors de sa visite d’Etat en Australie, cette phrase lancée par Emmanuel Macron au Premier ministre du pays hôte, Malcolm Turnbull, a déclenché les moqueries de la presse australienne. En effet, « delicious » est en anglais un faux ami, permettant principalement de qualifier un plat. Et quand le terme concerne une personne, il a une connotation sexuelle... Le Daily Telegraph a donc comparé le président français a « Pépé le putois », en référence au dessin animé des années 1950.
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.