Pour ceux qui en doutaient encore, la campagne présidentielle 2027 est belle est bien lancée. Gabriel Attal a donné ce samedi 30 mai le coup d’envoi des premiers grands meetings de campagne, à maintenant moins d’un an du scrutin. Avant Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et surtout son concurrent direct dans le bloc central, Edouard Philippe, l’ancien premier ministre, maintenant officiellement candidat pour 2027, a réuni ses troupes ce samedi.
« Ici c’est… Gaby ! »
Une démonstration de force réussie, au parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris, avec « plus de 5.000 supporteurs » revendiqués, mais aussi de simples curieux. Ils sont venus écouter le premier grand discours du secrétaire général de Renaissance.
Un discours qui a dû être avancé, pour cause de finale de la Ligue des champions, avec le PSG, diffusé ensuite sur place, après une séance de dédicaces du candidat. « Ici c’est… Gaby ! » lance le chauffeur de salle, en clin d’œil au club parisien. Les classiques « Attal Président ! » puis « on va gagner » fusent.
« C’est le début de cette campagne qu’on va mener pied au plancher »
S’il se lance en campagne, ce n’est pas à moitié. Gabriel Attal est du genre homme pressé. Nouvelle affiche, tract, application IA pour aider les militants dans le porte-à-porte, le président du groupe EPR ne devrait pas souffler cet été. Il prépare son « tour de France », explique la députée Prisca Thevenot, l’une de ses plus proches lieutenantes. « C’est le début de cette campagne qu’on va mener pied au plancher », prévient l’ancienne porte-parole du gouvernement, qui dépeint Gabriel Attal comme « clairement celui qui n’est pas le candidat des médias, mais des Français ». S’il est depuis des mois derrière Edouard Philippe dans les sondages, la position de l’outsider, dans le bloc central, a aussi cet avantage : pousser à jouer en attaque plutôt qu’en défense et prendre des risques qui s’avéreront peut-être payants.
Une campagne que le candidat veut positive, plutôt que « cinquante nuances de gestion de déclinisme », raille Prisca Thevenot. « Le pessimisme, c’est le contraire de l’attalisme », lance à la tribune l’ancien ministre de l’Economie, Antoine Armand.
Elisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé et François Patriat absents
Dans la salle, beaucoup de monde – mission réussie de ce côté-là – mais aussi beaucoup d’absents, au sein de Renaissance : Elisabeth Borne, qui a quitté la direction du parti pour créer son mouvement, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, la ministre Aurore Bergé, mais aussi l’homologue de Gabriel Attal au Sénat, François Patriat, président du groupe RDPI, qui a critiqué une déclaration de candidature jugée trop anticipée.
Mais aussi des présents : les ministres Roland Lescure, David Amiel, Stéphanie Rist, ou encore Franck Riester, Marie Lebec, les sénateurs Xavier Iacovelli et Brigitte Bourguignon, qui cependant « regarde et réfléchit » pour l’heure, ayant « perdu l’habitude d’être dans un fan club », et trois macronistes historiques : Jean-Marc Borello, Christophe Castaner et l’ex-sénatrice Bariza Khiari.
« En exerçant le pouvoir, j’ai mûri »
Mais pour ses soutiens, qu’importe les absents. Gabriel Attal doit « rencontrer les Français », comme les stratèges aiment dire, dans une forme de lyrisme politique. Arrivé sous les acclamations, Gabriel Attal prend son temps, semblant savourer son nouveau costume de candidat officiel.
Dès le début, il rappelle son parcours déjà bien rempli pour son âge, 37 ans. « En exerçant le pouvoir, j’ai mûri, j’ai appris, j’ai appris une force », lance-t-il, « j’ai toujours cette même force d’agir », son nouveau slogan. « J’ai montré qu’il était possible de bouger les choses, sans fracturer le pays, […] avoir le courage de faire, sans mettre la France à feu et à sang », soutient le candidat, assumant sa « personnalité », car « oui, parfois, il faut savoir monter sur la table pour parler avec les Français ». Un petit mot au passage pour Emmanuel Macron, avec qui les relations sont glaciales depuis la dissolution : « Le Président de la République m’a fait confiance […] et cela, je ne l’oublierai jamais ».
« L’âge légal, ce n’est plus le débat, il faut changer de système de retraites »
S’il affirme refuser les « petites phrases », il glisse savamment quelques petits pics à Edouard Philippe, sans le citer, et insiste sur ses différences. « Je laisse à d’autres le sang et les larmes, moi je vous promets de l’action et l’espoir », lance le candidat, dans une allusion qui semble renvoyer tout droit vers le maire du Havre. Ou encore lorsqu’il dénonce « le conservatisme, en voulant revenir aux vieux clivages politiques », alors que le président d’Horizons revendique d’être de droite et le retour du clivage gauche/droite. Autre point de divergence : les retraites. Quand Edouard Philippe veut un âge légal à 67 ans, Gabriel Attal soutient que « ce n’est plus le débat, il faut changer de système », même « radicalement », en introduisant une part de capitalisation, avec 1.000 euros donnés par l’Etat à la naissance de chaque enfant.
Mais il « ne (se) trompe pas d’ennemi », « nos adversaires, c’est LFI et le RN, […] ceux qui attisent la haine dans notre pays, qui s’en prennent à nos compatriotes juifs et musulmans ».
« A Arras, je suis parti au milieu du discours, il attaquait trop le Président. J’espère qu’il est guéri maintenant »
Avant le discours, les jeunes s’échauffent avec leurs haut-parleurs et le public fait son entrée. « Installez-vous, restez groupir », lance une femme à ses amis. Anna, 29 ans, esquisse un petit pas de danse, au fond de la salle, alors que le son monte. C’est le premier meeting de sa vie. « Je suis venue par curiosité, en apprendre plus sur son programme. Un adhérent m’a proposé de venir », explique cette habitante de Boulogne-Billancourt. « Il y a de l’ambiance… et surtout une salle climatisée ! » sourit cette bibliothécaire. Si elle est venue, son choix est loin d’être fait : « Je vais regarder ce que vont dire aussi les autres candidats », assure Anna. Yanis, 30 ans, est là aussi « par curiosité ». Mais lui est un ancien adhérent d’« En Marche ». Ce marcheur de la première heure a quitté le mouvement, comme d’autres. Pour lui, « Gabriel Attal fait partie des successeurs d’Emmanuel Macron. Il a la légitimité ».
Quelques mètres plus loin, Henri-Frédéric, 70 ans, venu de « Paris 13, avec le tram, c’est pratique », lit son livre, au milieu de la musique qui résonne à fond dans le hall 4 du parc des expos. Lui est adhérent à Renaissance. C’est un « fidèle du président de la République ». « Gabriel Attal correspond le plus à la suite du Président Macron », dit cet ancien employé de banque. Et une chose est sûre : il ne votera pas Philippe. « Je ne peux pas le voir », lâche Henri Frédéric. Mais il ne faut pas y voir un blanc-seing pour le patron de son parti. « J’étais à la réunion d’Arras, je suis parti au milieu du discours. Il attaquait trop le Président. J’espère qu’il est guéri maintenant. Il a l’air de passer au projet », se rassure le retraité. Cette fois, Henri-Frédéric est resté jusqu’au bout.
« En primaire, moins de 20 élèves par classe »
Pour rattraper son retard, Gabriel Attal, souvent critiqué pour son excès de com’, mise ce samedi avant tout sur son message et des mesures de fonds. Dans un discours d’une heure pile, Gabriel Attal s’est appliqué à dresser un « chemin d’optimisme et d’espoir ». Scolaire, le jeune Attal présente un plan en quatre parties : « Quatre chantiers capitaux », que sont l’école, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle, et « deux dettes à résorber », la dette des finances publiques et la dette climatique. « Voilà le cap », qui se veut clair, loin des « catalogues » de mesures.
Pour l’école, il entend déjà « rétablir les mesures qui sont passées à la trappe depuis la dissolution » et qu’il avait portées comme ministre de l’Education. Outre son combat contre le harcèlement, il « prend un engagement » : la baisse de la démographie, « ce sera moins d’élèves, et donc moins d’élèves par classe. Et en primaire, moins de 20 élèves par classe comme dans les meilleurs systèmes éducatifs européens ». Il faut aussi « mieux rémunérer nos professeurs », ainsi que « recruter et mieux payer les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), essentiels à l’école inclusive ».
« Pour les salaires, c’est droit au brut »
Pour le pouvoir d’achat, il promet « un choc des salaires ». Et en cette journée footballistique, il y va de sa petite blague pour les fans de l’OM : « Pour les salaires, c’est droit au brut », autrement dit « rapprocher le net du brut, en baissant les charges ». Il assume « un choix radical, nos dépenses sociales ne peuvent plus autant reposer sur les Français qui travaillent », lance-t-il, sans dire comment il compense, ou s’il fait autant d’économies.
Côté régalien, « il refuse de laisser la question des frontières à la droite ». Mais « l’immigration zéro, ce n’est ni possible, ni souhaitable, pas plus que le fantasme des portes grandes ouvertes ». Exprimant son total soutien à l’Ukraine – autre question de frontière – il en profite pour rappeler son fort attachement à l’Europe, « même si elle n’est pas parfaite ».
Et enfin, jouant sur une fibre technophile, « la France sera la patrie de l’intelligence artificielle », rêve le candidat, « c’est une question de puissance et d’avenir, nous devons nous en emparer », « que ça nous plaise ou non ».
« Référendums réguliers » et « quotas d’immigration »
« Le monde a changé, alors tout doit changer », scande encore Gabriel Attal, qui entend « redonner la force d’agir à nos territoires », avec plus de « compétences » et de « moyens financiers ». Il décline aussi sa force d’agir « au dialogue social ». Il propose ainsi de confier la gestion de notre système de retraite aux partenaires sociaux, qui gèrent déjà avec succès les retraites complémentaires. Des partenaires sociaux qui proposeront aussi le niveau des « quotas d’immigration de travail, que nous fixerons, et votés par le Parlement ». Succès dans la salle quand il affirme vouloir des « référendums réguliers » pour ne pas attendre 5 ans pour donner la parole aux Français.
« C’est un élan qui se lève, c’est un l’élan de l’espoir », conclut Gabriel Attal, qui termine par une « confidence » : « Nous allons gagner l’élection présidentielle. On a un an devant nous pour briser les tenailles des extrêmes, pour faire gagner l’espoir, un an de campagne auprès des Français, à l’écoute, pour convaincre et rassembler ». C’est le défi que se fixe Gabriel Attal. L’histoire dira s’il aura commencé en ce mois de mai 2026 le début d’une ascension vers l’Elysée… Ou d’un tour de piste pour la gloire.