Politique
Devant la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs, Grand Frais a présenté la singularité de son modèle. L'enseigne a aussi dû se défendre sur plusieurs fronts sensibles.
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Par Public Sénat
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Durant plus d'une heure trente, Édouard Philippe a livré son discours de politique générale aux députés. Son texte a été lu dans les mêmes termes aux sénateurs par la voix de Gérard Collomb, le numéro deux du gouvernement. Mercredi, Édouard Philippe passera à son tour devant la Haute Assemblée, avec un discours probablement adapté aux sensibilités de la Haute assemblée. En attendant, les sénateurs livrent pour Public Sénat leur réaction au discours.
Le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi (LR) est resté sur sa faim après le discours d’Édouard Philippe. « Il y a quelques mesures concrètes. Ce qui manque incontestablement c’est la ligne directrice. Quelle est la ligne directrice ? On entend assez peu parler de la France, on entend assez peu parler de la nation », note le sénateur. « Comment le gouvernement va travailler avec le Parlement ? Pas un mot là-dessus. »
« Je pense qu’en réalité, demain, Édouard Philippe sait qu’au Sénat il n’a pas de majorité établie, il va peut-être un peu être plus précis, percutant, concret », anticipe-t-il.
Le sénateur Philippe Bas (LR) regrette la hiérarchie dans les propos du Premier ministre. « Après une heure de discours, Édouard Philippe aborde enfin la question du déficit et de la dette ».
L’accueil est plus positif chez son collègue Christophe Béchu. « Oui très clairement, j’aurais voté la confiance » : le sénateur Les Républicains du Maine-et-Loire valide le discours de politique du Premier ministre et reste « dans une forme de bienveillance », même si ce dernier était « un peu long » sur la forme.
« Il y avait des annonces concrètes et précises dans lesquelles on retrouve à la fois une partie des promesses du candidat Macron et dans le même temps une ligne dans laquelle, quand on vient de la droite et du centre, quand on a été soutien d’Alain Juppé, on se retrouve aussi. »
Si le sénateur angevin relève un certain nombre d’éléments sur lesquels « on ne peut être que d’accord », et se dit « enthousiaste sur les orientations » du gouvernement, il exprime en revanche de « vraies inquiétudes » sur certains points « ambigus » selon lui : la proportionnelle, l’exonération de la taxe d’habitation ou encore le service national.
Fabienne Keller (LR), Macron-compatible elle aussi, se place sur la même ligne. « Je fais confiance à Édouard Philippe pour mener un quinquennat utile à la France », a-t-elle tweeté.
« Beaucoup de choses intéressantes » et « une grande ambition ». Le président du groupe Union centriste et sénateur-maire de Laval marque la même approche que son voisin Christophe Béchu.
« Le groupe de l’Union centriste se situe résolument dans un soutien au programme de réformes mais nous allons le faire de façon très vigilante et très indépendante », a-t-il précisé. Mais le plus dur reste à venir :
« Une telle ambition ne va pas être sans générer des difficultés, nous sommes impatients de voir comment le gouvernement va pouvoir lever toutes les difficultés qui se présentent devant lui. »
Au groupe socialiste, Laurence Rossignol relève certains bons passages. « Il y a d’abord une intention qu’il faut souligner, qui est celle de réconcilier les Français avec l’Europe. »
« Pour le reste, on a un discours assez dense, mais qui va demander à être décliné et précisé », pointe la socialiste. « Comment on peut faire des dépenses nouvelles et faire moins de recettes, et tenir la baisse contre les déficits ? » Laurence Rossignol redoute notamment que l’État, pour tenir son budget, ne procède à des privatisations.
« Ce discours a confirmé ce qui était ma position : c'est-à-dire que je me serais abstenue […] Il y a dans ce que le gouvernement dit des choses intéressantes que l’on a envie de soutenir. Et puis en même temps, il y a des points d’alerte, sur les politiques sociales en particulier », s’inquiète l’ancienne ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes (voir la vidéo).
Même sentiment pour Didier Marie, après ce « discours convenu ». « Maintenant, il faut attendre la déclinaison de tout cela, texte par texte. Je reste sur ma faim, pour ce qui est du domaine économique et en particulier sur le plan social ». » Je serai constructif mais je serai vigilant sur ces questions sociales », prévient-il.
Son collègue David Assouline a livré une analyse plus tranchée sur Twitter. « Qui peut nier que cette déclaration de politique générale, sur le plan économique et social est clairement de droite (diagnostic, arguments, mesures) ? »
Le secrétaire national du parti communiste juge qu’Édouard Philippe « n’a pas dit toute la vérité » lors de son discours, qui a manqué de « souffle », selon lui :
« Il y a un manque de précision évident, en particulier quand ça fait mal. Il y a un cap plus que jamais maintenu. On nous a beaucoup parlé de renouveau […] il y a en vérité au niveau des politiques d’austérité et des politiques d’écrasement de la dépense publique une très grande continuité avec les deux quinquennats précédents. »
« Le discours sonne un peu creux, on attendait un certain nombre d’initiatives autres que l’augmentation du paquet de cigarettes et les vaccins obligatoires. Pour le reste on est dans le flou artistique », raille le sénateur Front national David Rachline, qui ne voit rien de nouveau :
« Rien d’original, les mêmes méthodes, les mêmes recettes que celles qui n’ont pas fonctionné ces 25 dernières années, c’est assez inquiétant […] On va avoir cinq ans à mon avis difficiles »