Un prélèvement source de difficultés pour Macron
Le gouvernement va-t-il laisser tomber le prélèvement à la source ? Emmanuel Macron tient une réunion décisive ce mardi à l’Elysée. Une incertitude signe de fébrilité. « Il est encore temps de renoncer » selon le sénateur LR Albéric de Montgolfier, qui prône à la place une mensualisation en temps réel.

Un prélèvement source de difficultés pour Macron

Le gouvernement va-t-il laisser tomber le prélèvement à la source ? Emmanuel Macron tient une réunion décisive ce mardi à l’Elysée. Une incertitude signe de fébrilité. « Il est encore temps de renoncer » selon le sénateur LR Albéric de Montgolfier, qui prône à la place une mensualisation en temps réel.
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Ça sent la panique. Du moins, une certaine fébrilité au sommet de l’Etat sur le prélèvement à la source, théoriquement mis en œuvre en 2019. Comment expliquer qu’une réforme sur les rails depuis des mois, déjà repoussée d’un an, se retrouve avec une épée de Damoclès présidentielle, alors que la fusée de Bercy a commencé à allumer ses moteurs ? L’affaire Benalla, la démission d’Hulot et la polémique sur le niveau des retraites n’aident certainement pas Emmanuel Macron à aborder cette réforme fiscale avec sérénité. D’autant que les sondages baissent.

A l’approche de la concrétisation du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, Emmanuel Macron semble pris d’un affreux doute. Une réunion décisive a lieu ce mardi 4 septembre à 11h15 à l’Elysée autour d'Emmanuel Macron, avec Edouard Philippe et le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin. Nouveau report ? Abandon pur et simple ? La décision est attendue. Le premier ministre est annoncé au 20 heures de TF1 ce soir.

La mèche a été allumée la semaine dernière. Depuis la Finlande, le chef de l’Etat avait affirmé qu'il attendait « des réponses précises » avant de confirmer définitivement la mise en œuvre de la réforme. Des propos qui confirmaient un article du Canard enchaîné, selon lequel  le Président entendait se donner « jusqu’au 15 septembre pour voir si on le fait ou pas ». Dimanche 26 août, le premier ministre Edouard Philippe avait déjà ouvert la porte à la réflexion. Mais si le duo à la tête de l’exécutif a commencé à freiner, le ministre des Compte publics a, dans un premier temps, continué d’accélérer. Vous avez dit couac ?  Gérard Darmanin avait assuré que « les choses fonctionneront très bien ». Ses services communiquent depuis des semaines et les contribuables ont reçu un courrier de la part du ministre, avant que le ministre n’écarte plus le week-end dernier l’abandon de la mesure… La machine macronienne, habituellement plus efficace, se retrouve comme grippée. L’équilibre perdu.

Benjamin Griveaux n’écarte pas un abandon du prélèvement à la source

Vendredi dernier, après le Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait le premier explicitement évoqué le report ou l’abandon. « Si nous n’avons pas de garanties et de réponses suffisamment précises, la question du report ou de l’abandon, je ne sais quel des deux…  Il est évident que nous n’allons pas mettre en place une réforme qui va générer une incompréhension ou des difficultés pour nos concitoyens » a-t-il prévenu. Cependant, « il faudrait que les risques d’erreurs et couacs soient massifs » pour abandonner le projet (voir la vidéo). Au passage, il renvoie la responsabilité des problèmes actuels sur le gouvernement de François Hollande, dénonçant « le niveau d’impréparation »…

Benjamin Griveaux n’écarte pas un abandon du prélèvement à la source
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Ce n’est pas faute d’avoir été alerté. Certains membres de la majorité s’inquiètent depuis des mois des dangers politiques d’une réforme décidée sous le précédent quinquennat. En mai dernier, un député LREM, membre de la commission des finances, lâchait ainsi à publicsenat.fr :

« Je n’arrive pas à comprendre à quoi ça sert. J’aime bien être impopulaire, mais pas pour pas grand-chose »

Au Sénat, Albéric de Montgolfier met en garde publiquement depuis des mois sur ce projet. Le rapporteur général de la commission des finances, sénateur LR, n’est « pas du tout surpris » des tergiversations de l’exécutif. « Depuis l’origine, avec la commission des finances, on a beaucoup travaillé sur ces questions, avec des tables rondes notamment. On a souligné qu’il y avait des problèmes techniques, comme pour les particuliers employeurs, où le gouvernement cherche des solutions de bricolage, et pour les TPE/PME. Puis il y a la question fondamentale qui est celle du pouvoir d’achat et de l’effet psychologique à travers le bulletin de paie » souligne le sénateur d’Eure-et-Loir.

Amendement pour une mensualisation lors de l’examen du budget au Sénat

Pour sortir le gouvernement de ses hésitations, Albéric de Montgolfier prône le retrait de la réforme du prélèvement à la source. A la place, il « appelle à une mensualisation qui permet de traiter l’ensemble des situations. J’ai déposé une proposition de loi en ce sens, que j’intégrerai dans le projet de loi de finances pour proposer une alternative » affirme à publicsenat.fr le rapporteur général du Budget du Sénat.

Le sénateur imagine « une mensualisation, mais pas comme dans le système actuel, où ce sont les revenus de l’année n-1, mais sur les revenus en temps réel. Ça permet de retirer l’effet psychologique et de ne pas mettre les entreprises dans la boucle ». Il insiste : « Il est encore temps de renoncer et repousser le système. Aujourd’hui, ce n’est pas prêt, je l’affirme, quelles que soient les déclarations de Monsieur Darmanin. Quand vous lui posez des questions précises, il ne sait pas répondre. Autant se donner du temps. Ça n’apporte rien en termes de pouvoir d’achat et ça emmerde les entreprises. Les syndicats de Bercy sont contre aussi. Trouvez-moi une seule personne qui est vraiment demandeuse ».

La décision sera prise par Emmanuel Macron d’ici le 15 septembre, soit un peu avant la présentation du budget 2019, où les règles fiscales doivent être arrêtées. Si le chef de l’Etat maintient la réforme, Albéric de Montgolfier prévient, « ça va être la goutte d’eau. Je souhaite dans ce cas une bonne rentrée au gouvernement au mois de janvier… »

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