Anxiholitic Drugs And Depression
Brussels, 26/05/2021 illustration picture shows anxiholitic drugs to fight the depression Pix : Xanax Credit : Frederic Sierakowski / Isopix - -26040884-027//ISOPIX_26040884-027/2105271749/Credit:ISOPIX/SIPA/2105271754

Un rapport du Sénat dépeint une dégradation « inquiétante » de la santé mentale chez les jeunes

La mission d’information du Sénat sur l’état des lieux de la santé mentale en France depuis la crise du Covid-19 a rendu ses conclusions. La santé mentale des Français s’est aggravée depuis la fin de la crise sanitaire, surtout chez les jeunes. Le rapport formule 22 recommandations pour assurer une meilleure prise en charge.
Camille Gasnier

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En janvier dernier, la commission des affaires sociales du Sénat a lancé une mission d’information permettant de faire l’état des lieux de la santé mentale depuis la crise du Covid-19. Lors de son discours de politique générale, Michel Barnier avait érigé la santé mentale en grande cause nationale de 2025, une annonce reprise par François Bayrou. Cette mission d’information, menée par Céline Brulin, Daniel Chasseing et Jean Sol, fait suite à un premier travail du Sénat, qui avait fait, dès 2021, un constat des effets de la pandémie. Près de 3 ans après la fin du Covid-19, qu’en est-il ?

« En 2024, les risques de troubles anxio dépressifs touchent près de 30 % des jeunes âgés de 11 à 24 ans »

Dans un rapport rendu public le 26 juin, la mission d’information fait tout d’abord état d’une aggravation de la santé mentale chez les plus jeunes : « En 2024, les risques de troubles anxio dépressifs touchent près de 30 % des jeunes âgés de 11 à 24 ans et un quart des lycéens déclare avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois ».

« Le Covid a joué un rôle de révélateur, sans aucun doute, voire d’accélérateur »

Si le contexte socio-économique ou les réseaux sociaux peuvent expliquer cette observation, c’est bien la pandémie qui a entraîné une accélération de ce phénomène chez les adolescents : Cette dégradation « est une tendance de fond qui préexistait à la crise sanitaire et dont les déterminants sont multifactoriels. Le Covid a joué un rôle de révélateur, sans aucun doute, voire d’accélérateur, mais imputer la dégradation observable à la seule crise, et nier ainsi les déterminants à l’œuvre depuis des années, serait dangereux. ». En outre, ce sont les filles qui sont les plus impactées par cette augmentation : « Sur la période 2018-2022, la prévalence du risque de dépression a augmenté de 24,2 % à 30,9 % chez les filles (collégiennes et lycéennes) et de 13,4 % à 21,4 % chez les garçons. ».

« La démographie médicale est notoirement insuffisante pour répondre à la croissance des besoins »

Plusieurs dispositifs ont déjà été imaginés pour faciliter l’accès aux professionnels de santé mentale, comme MonSoutienPsy, qui permet de bénéficier de douze séances gratuites par an chez un psychologue. Les rapporteurs se félicitent de l’existence d’un tel mécanisme mais déplorent que MonSoutienPsy « ne mobilise que 15 % des psychologues libéraux » et pointent le manque de suivi des patients à la fin des séances remboursées. De manière plus globale, le rapport regrette « un mal être de la psychiatrie » qui se traduit par une offre de soins psychiatriques inégale sur le territoire, entraînant une impossibilité pour de nombreux patients de consulter un médecin à côté de chez eux : « La démographie médicale est notoirement insuffisante pour répondre à la croissance des besoins […], l’offre de soins est inégalement répartie sur le territoire ».

Une feuille de route « Santé mentale et psychiatrie » avait été lancée dès 2018 par le gouvernement, ce que le rapport salue. Néanmoins, la mission d’information regrette que les nombreuses annonces faites par l’exécutif ces dernières années n’incluent que peu d’actions sur le terrain et ne traitent pas de l’attractivité des métiers de la santé mentale.

Le rapport formule ainsi 22 recommandations pour assurer une meilleure prise en charge. Pour un meilleur diagnostic, les sénateurs prônent une coopération entre les médecins, notamment en « développant la collaboration entre les médecins généralistes et les psychiatres par le biais de la téléexpertise », ou « garantir la continuité de la prise en charge des patients suivis dans le cadre de MonSoutienPsy en garantissant la coopération entre les psychologues, les médecins généralistes et les psychiatres ». Par ailleurs, ils réclament un renforcement de l’attractivité de la psychiatrie et lutter contre les inégalités sur le territoire en encourageant les étudiants en médecine à réaliser un stage en psychiatrie, « en privilégiant les services des hôpitaux non-universitaires » et en facilitant le suivi à domicile. Enfin, pour améliorer la situation chez les jeunes, la mission d’information souhaite « intégrer les professionels de santé de l’éducation nationale aux conseils locaux de santé mentale », en « rendant effectif l’accès des médecins de l’Education nationale au dossier médical partagé, avec l’accord des représentants légaux de l’enfant » et en augmentant le nombre de psychologues au sein de l’Aide sociale à l’enfance.

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