Un rapport du Sénat met en garde contre le « business de la déradicalisation »
Les sénatrices EELV Esther Benbassa et LR Catherine Troendlé préconise dans un rapport une meilleure sélection des organismes intervenant pour la déradicalisation. Elles proposent de mettre « l’accent sur l’individualisation » et un « accompagnement sur mesure » pour assurer une meilleure réinsertion.

Un rapport du Sénat met en garde contre le « business de la déradicalisation »

Les sénatrices EELV Esther Benbassa et LR Catherine Troendlé préconise dans un rapport une meilleure sélection des organismes intervenant pour la déradicalisation. Elles proposent de mettre « l’accent sur l’individualisation » et un « accompagnement sur mesure » pour assurer une meilleure réinsertion.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le rapport d’étape dénonçait le « fiasco » des dispositifs de déradicalisation mis en place après les attentats de 2015. Le rapport final des sénatrices EELV Esther Benbassa et LR Catherine Troendlé ne ménage toujours pas la politique de déradicalisation, sans pour autant rejeter l’ensemble des actions menées et décidées après les attentats. « Tout n’est pas négatif » souligne Esther Benbassa, « mais il faut sortir de cette sorte d’excitation » qui existe sur le sujet, fait valoir la sénatrice du Val-de-Marne.

Si les deux sénatrices sont loin d’être du même bord politique, elles ont travaillé en bonne entente pour ce rapport. « C’est un dossier qui nous a fait dépasser les clivages car l’intérêt est majeur » explique Catherine Troendlé.

« Un marché très juteux »

Dans leur rapport, les sénatrices formulent dix propositions. Principale mesure : « Définir au niveau national un « cahier des charges » pour la sélection des organismes œuvrant en matière de prévention de la radicalisation, systématiser l’évaluation du contenu des programmes financés et réduire progressivement leur nombre, de sorte à opter pour la qualité plutôt que la quantité ». Il s’agit de mieux sélectionner ces organismes. Selon le rapport, la formation des acteurs publics devrait être approfondie « sur la base des recherches universitaires ».

La sénatrice EELV pointe « un business de la déradicalisation qui se transforme maintenant en business de la formation à la déradicalisation. Ce sont maintenant des cabinets privés » qui remplacent parfois les associations, souligne la sénatrice (voir la première vidéo, images Heloise Gregoire). Certaines associations on profité de la manne financière. Les plus faibles sont de 800 euros. Mais avec des subventions pouvant atteindre les 100.000, 200.000 euros, voire 438.120 euros pour la plus élevée, le rapport appelle à faire autrement. « C’est un marché très juteux » souligne Esther Benbassa. L’ensemble des aides, en baisse entre 2015 et 2016, représente autour de 8 millions d’euros. « Il faut recruter des associations plus sur le qualitatif que le quantitatif » insiste Catherine Troendlé (voir ci-dessous). Suite à leur rapport d’étape, les deux sénatrices ont « subi des pressions » venant d’associations, ajoute la sénatrice du Haut-Rhin.

Déradicalisation : « Il faut recruter des associations plus sur le qualitatif que le quantitatif » selon Catherine Troendlé (LR)
00:41

« Développer le recours aux alternatives à l’incarcération » pour les mineurs

Troisième proposition du rapport : « Mettre fin à l’expérimentation du centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté (CPIC) » de Pontourny et « renoncer à sa généralisation ». Dans leur rapport d’étape, les sénatrices avaient déjà dénoncé l’échec du centre, qui était alors vide. Les sénatrices estiment avoir déjà été entendu en partie, un moratoire étant en place pour ce centre.

Le rapport préconise aussi de mettre « l’accent sur l’individualisation, l’accompagnement sur mesure et la transversalité de la prise en charge ». Il s’agit d’assurer une meilleure resocialisation et réinsertion. Esther Benbassa s’appuie sur l’exemple de la Belgique et du Danemark, où « ils pratiquent plutôt un accompagnement individuel ».

Pour les mineurs mis en examen dans le cadre de procédures terroristes et placés sous contrôle judiciaire, les sénatrices écologiste et LR préconisent de « développer le recours aux alternatives à l’incarcération ». Elles proposent de renforcer les moyens financiers et les effectifs de la protection judiciaire de la jeunesse. Autre préconisation : étendre la durée maximale du placement en centre éducatif fermé prononcé dans le cadre d’un contrôle judicaire pour les mineurs mis en examen dans le cadre de procédures terroristes. Enfin, le rapport propose la mise en place de dispositifs « de prise en charge familiale pour les femmes et les mineurs de retour de la zone syro-irakienne ». « C’est un phénomène nouveau qui va monter en puissance » souligne Catherine Troendlé.

Avec Esther Benbassa, elle rencontrera le ministre de l’Intérieur : « Je pense qu’il y a une écoute du nouveau gouvernement. M. Collomb va nous recevoir très prochainement ». Démarche longue est difficile, la déradicalisation mérite cependant du temps. Catherine Troendlé le sait bien : « Il faut rester très humble et très modeste ».

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Un rapport du Sénat met en garde contre le « business de la déradicalisation »
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le