Les ministres « éclairés » par le Giec : « Un aveu d’incompétence », selon l’écologiste Guillaume Gontard
La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du Giec, est invitée ce mercredi au séminaire gouvernemental pour « sensibiliser » les ministres à la question du réchauffement climatique. « Un gros coup de com’. Mais il va revenir totalement en boomerang », selon Guillaume Gontard, à la tête du groupe écologiste du Sénat.

Les ministres « éclairés » par le Giec : « Un aveu d’incompétence », selon l’écologiste Guillaume Gontard

La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du Giec, est invitée ce mercredi au séminaire gouvernemental pour « sensibiliser » les ministres à la question du réchauffement climatique. « Un gros coup de com’. Mais il va revenir totalement en boomerang », selon Guillaume Gontard, à la tête du groupe écologiste du Sénat.
François Vignal

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Canicules, sécheresse, orages et pluies diluviennes. Après un été de tous les dangers climatiques, le gouvernement entend mettre du vert dans sa rentrée politique. Avec quelques bonnes « résolutions à prendre pour la rentrée… et tout temps », glisse un conseiller. Le séminaire gouvernemental, prévu ce mercredi, dans la foulée du Conseil des ministres, est l’occasion d’envoyer ce message.

Formation des décideurs publics

Pas simple, quand les chantiers sont nombreux. Chaque ministre va présenter demain « sa feuille de route des prochains mois », explique-t-on. Emmanuel Macron l’avait évoqué, la semaine dernière, pour le premier Conseil des ministres depuis les vacances : ce « séminaire gouvernemental nous permettra de structurer les grands chantiers, en matière de sécurité, à travers la Lopmi (projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur), en matière de justice, sur le travail », notamment l’assurance chômage. Et bien sûr les questions brûlantes de l’énergie et de lutte contre le réchauffement climatique.

Un peu comme dans un séminaire d’entreprise, un intervenant extérieur est invité. Pas n’importe qui. Il s’agit de la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe de travail n° 1 du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), comme l’a révélé France Info. Les ministres sont-ils appelés à prendre des notes, avec interrogation écrite à la fin ? « Ce n’est pas une formation, mais plutôt une sensibilisation », précise un conseiller ministériel, qui confirme l’information. « Il y aura un moment dédié à la transition écologique. Elle interviendra dans ce cadre. Ce sera plus une session de questions-réponses. Certains peuvent se poser des questions. Elle pourra les éclairer », explique le même conseiller. Un autre souligne que « Valérie Masson-Delmotte s’est occupée de la formation à l’écologie des futurs élèves de l’INSP (Institut national du service public), qui a remplacé l’ENA. Elle est très en pointe sur la manière de former les décideurs publics à cela ».

L’idée est « de développer une culture commune », selon un ministre

Selon un ministre, il s’agit d’aborder « la globalité du sujet », autant « les problèmes générés » par le réchauffement que « les réponses à apporter ». L’idée est « de développer une culture commune », selon ce membre du gouvernement, contacté par publicsenat.fr. Enjeux et perspectives en somme. De quoi développer, s’il y avait besoin, le réflexe climat chez chacun, d’insuffler l’esprit de la transition écologique à tous les étages des politiques publiques.

« Tout le monde en a besoin », reconnaît un conseiller d’un autre ministre, qui précise aussitôt que « les uns ou les autres ne sont pas acculturés au changement climatique. Il peut en revanche y avoir des choses concrètes à faire au sein des ministères ». « Il ne faut pas oublier qu’un ministre, c’est avant tout un chef d’administration, avec parfois beaucoup de monde, des emprises immobilières aussi », rappelle ce membre de cabinet ministériel. Autant de leviers à actionner, en plus des politiques plus globales sur les renouvelables ou les économies d’énergie.

« Mieux vaut tard que jamais ! Mais ça montre la totale désorganisation du gouvernement, qui n’a pas de cap »

Une invitation d’une experte du Giec qui fait rire, ou plutôt pleurer, Guillaume Gontard, à la tête du groupe écologiste du Sénat. « Que le gouvernement s’aperçoive que le réchauffement climatique est une réalité et qu’il faudra agir… Mieux vaut tard que jamais ! Mais ça montre la totale désorganisation du gouvernement, qui n’a pas de cap, à part faire des plans d’urgence quand on est au pied du mur », pointe le sénateur écologiste de l’Isère, qui soutient que « pendant 5 ans, Emmanuel Macron a évacué la question environnementale, il l’a mise sous le tapis ». En soi, Guillaume Gontard « trouve très bien que le gouvernement fasse un séminaire pour rencontrer Valérie Masson-Delmotte. On doit s’appuyer sur les scientifiques, les écouter », « mais ce qui me frappe c’est que le gouvernement en soit encore à sa formation ». Au final, ça lui « fait un peu peur ».

Le président du groupe écologiste du Sénat rappelle qu’il est prévu en même temps de « supprimer 500 postes à l’Office national des forêts, après déjà 1 500 postes supprimés, alors que le Giec dit que la question des forêts et des puits de carbone est essentielle ». Pour Guillaume Gontard, ce séminaire avec sensibilisation au réchauffement climatique est donc « un gros coup de com’. Mais il va revenir totalement en boomerang », comme si « le gouvernement ne savait pas ce qu’il se passait. C’est un aveu d’incompétence. On va rencontrer les personnes du Giec pour savoir ce qu’on devrait faire. Les bras m’en tombent. Je suis totalement effaré ». En terme de communication, il est vrai que l’opération peut être à double tranchant. D’un côté, l’image d’un gouvernement qui s’empare pleinement et collectivement du sujet, et qui incite ainsi les Français à le faire aussi. De l’autre, celle de ministres qui ne sont pas à la page et auraient besoin d’une petite mise à niveau. Un peu comme si on invitait, en 2022, un spécialiste du numérique pour parler des opportunités offertes par le web…

« La Première ministre met un coup d’accélérateur certain »

Une vision qui énerve les macronistes. « Il n’y a pas de ministre climatosceptique dans le gouvernement », rétorque-t-on dans un cabinet, où on « récuse l’idée que des ministres s’en foutraient et que d’autres s’y intéresseraient. L’écologie n’est pas un sujet de débat ». Reste que si l’exécutif assure mener la bataille de l’écologie depuis 2017, « la Première ministre y met un coup d’accélérateur certain », vante ce conseiller. Devant le Medef, lundi, Elisabeth Borne a exhorté les entreprises à réduire leur consommation d’énergie face au risque de rationnement. La Première ministre a aussi annoncé samedi au Parisien la création d’un fonds vert d’1,5 milliards d’euros pour les collectivités locales « pour les aider dans l’accélération de leur transition écologique ». Comme l’avait dit Emmanuel Macron à Marseille, lors de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, « la politique que je mènerai dans les 5 ans à venir sera écologique ou ne sera pas ». C’est l’heure de passer des mots aux actes.

Partager cet article

Dans la même thématique

The back-to-school campus of the Republicans party – Pavillon Baltard, Nogent-sur-Marne, 2026-09-12
4min

Politique

Logement : Bruno Retailleau propose de déduire de l’impôt, les intérêts d'emprunt pour un prêt immobilier, en fonction du nombre d'enfants

Face à la hausse des prix, notamment de l’énergie, et aux appels à la mobilisation contre la vie chère, le thème du pouvoir d’achat s’impose dans cette précampagne présidentielle. Lors d’une conférence de presse, mardi après-midi, Bruno Retailleau a rappelé ses principales mesures pour faire baisser le prix de l’essence, de l’énergie, et faire que le travail paye plus. En ce qui concerne le logement, le sénateur veut relancer le secteur en permettant de déduire de l’impôt, les intérêts d’emprunt pour un prêt immobilier en fonction du nombre d’enfants.

Le

La prochaine élection présidentielle aura lieu les 18 avril et 2 mai 2027 (source au sein de l’exécutif)
7min

Politique

Sondage : Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe se disputent le second tour face à Marine Le Pen

Le Monde a sorti ce dimanche la troisième vague de son enquête en partenariat avec le Cevipof, Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne sur la présidentielle. Regain d’intérêt pour la campagne et désir de radicalité dessinent une configuration où, pour l’instant, Marine Le Pen est en tête et Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe se disputent l’accès au second tour.

Le

Bloche
11min

Politique

Violences sexuelles dans le périscolaire : que retenir de l'audition de Patrick Bloche au Sénat ?

L'ancien premier adjoint chargé de l'éducation, de la petite enfance et des familles à la mairie de Paris entre 2017 et 2024 puis premier adjoint, Patrick Bloche, est entendu ce mardi par la commission d'enquête sénatoriale sur le périscolaire en France, après son ancienne maire Anne Hidalgo. L'actuel édile de la capitale, Emmanuel Grégoire, doit à son tour être auditionné mercredi 16 septembre.

Le

Les ministres « éclairés » par le Giec : « Un aveu d’incompétence », selon l’écologiste Guillaume Gontard
4min

Politique

Dette : « Nous approchons à grand pas d’un accident financier majeur », alerte Bruno Le Maire

Invité de la matinale de Public Sénat, l’ancien ministre de l’Economie a tiré la sonnette d’alarme sur la situation financière de la France. Bruno Le Maire met sur la table plusieurs mesures d’économies sur les retraités et les fonctionnaires - tout en proposant une réforme institutionnelle profonde de la procédure budgétaire, réduisant notamment le droit d’amendement des parlementaires.

Le