Une loi de moralisation, premier chantier du nouveau gouvernement
Un des premiers actes du nouveau gouvernement, le projet de loi de moralisation de la vie publique, découle de l'alliance Macron-Bayrou et du...

Une loi de moralisation, premier chantier du nouveau gouvernement

Un des premiers actes du nouveau gouvernement, le projet de loi de moralisation de la vie publique, découle de l'alliance Macron-Bayrou et du...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un des premiers actes du nouveau gouvernement, le projet de loi de moralisation de la vie publique, découle de l'alliance Macron-Bayrou et du Penelopegate, prolongeant aussi un mouvement amorcé il y a trente ans.

Alors que 75% des Français pensent qu'élus et dirigeants politiques sont plutôt corrompus selon le baromètre Cevipof, le président Emmanuel Macron affirme vouloir combattre cette "lèpre qui corrompt le rapport à la politique", et faire de la moralisation un "socle".

Le projet de loi, attendu en Conseil des ministres avant les élections législatives, comportera "l'interdiction du népotisme pour les parlementaires", notamment après les soupçons d'emplois fictifs de proches de François Fillon. Embaucher un membre de sa famille sera interdit pour tout "élu" ou "ministre", précisait le programme du candidat Macron.

L'épouse de François Fillon, Penelope Fillon, et deux fils du couple à Solesmes, en France, le 23 avril 2017
L'épouse de François Fillon, Penelope Fillon, et deux fils du couple à Solesmes, en France, le 23 avril 2017
AFP

Autre disposition-clé: l'interdiction de plus de trois mandats identiques successifs, idée présente chez plusieurs ex-prétendants à l'Elysée dans la lignée de la loi sur le non-cumul entre mandat parlementaire et fonction exécutive locale.

Pour prévenir les conflits d'intérêts, sera interdit aux parlementaires l'exercice d'activités de conseil parallèlement à leur mandat. Actuellement, il est seulement interdit à un député de démarrer une telle activité.

Et toutes les indemnités parlementaires "seront soumises à l’impôt", ce qui vise l’indemnité de frais de mandat (IRFM) défrayant régulièrement la chronique. Le régime spécial des retraites des députés et sénateurs disparaîtra.

Enfin, Emmanuel Macron veut imposer un casier judiciaire vierge aux candidats aux élections, comme pour ceux investis pour juin par son mouvement La République en marche.

C'est dans un autre texte, une loi électorale, que le président prévoit d'inscrire, avant fin 2017, la réduction d’un tiers du nombre de parlementaires et une dose de proportionnelle.

Une loi de moralisation était une des principales exigences du MoDem François Bayrou pour s'allier fin février au candidat d'En Marche! "Je refuse (...) que des intérêts privés, de grands intérêts industriels ou financiers, prennent la vie publique en otage", proclamait l'ancien candidat à la présidentielle.

S'"il y a les remugles de l'ancien temps", a déclaré Emmanuel Macron à Mediapart début mai, "un processus est en cours", notamment depuis la présidence Hollande, "honnête homme" ayant oeuvré à un "assainissement"... mais sous l'électrochoc en 2013 des comptes cachés de Jérôme Cahuzac.

- "Pression de l'opinion" -

"Tous les sujets ont été identifiés, dans de multiples rapports et commissions. Jusqu'alors, c'est la volonté politique qui a manqué", affirme à l'AFP un parlementaire de gauche, souhaitant des actions tant que "la pression de l'opinion" est importante.

L'édifice des politiques de probité publique n'a cessé de grandir depuis 1988, dans le sillage de l'affaire Luchaire, société d'armement soupçonnée d'avoir reversé de l'argent au PS.

Plusieurs lois sont venues encadrer le financement des partis afin qu'il soit essentiellement d'origine publique, interdisant les dons d'entreprises ou limitant les dépenses de campagne.

Quant au patrimoine, le président comme les maires de grandes villes doivent établir une déclaration en début et fin de mandat depuis des lois de 1988 et 1995. C'est cette déclaration que le nouveau Premier ministre (LR) Edouard Philippe avait rempli de façon désinvolte en 2014 - avec plusieurs fois la réponse "aucune idée" notamment -, avant de s'y plier en fin de mandat.

La législation post-Cahuzac a élargi l'obligation à des non-élus (conseillers ministériels...) et créé une Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Fin 2013 est né le parquet national financier.

Pour prévenir des conflits d'intérêts, codes et chartes de déontologie ont été élaborés pour députés (2011) et membres du gouvernement (2012). Ils doivent déclarer leurs intérêts personnels.

Si "ces politiques ont constitué des avancées", "leurs effets et leurs menaces se sont révélés limités", jugent les chercheurs Abel François et Eric Phélippeau dans "Le financement de la vie politique".

Pour le vice-président de l'association Anticor Eric Alt, "les progrès ne sont pas à la hauteur des enjeux", et "il manque une vision globale et stratégique".

Partager cet article

Dans la même thématique

Une loi de moralisation, premier chantier du nouveau gouvernement
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le