Une présidentielle sous état d’urgence, inédit sous la Ve République
L'élection présidentielle se tiendra en plein état d'urgence, une situation inédite sous la Ve République, en raison d'un risque terroriste...

Une présidentielle sous état d’urgence, inédit sous la Ve République

L'élection présidentielle se tiendra en plein état d'urgence, une situation inédite sous la Ve République, en raison d'un risque terroriste...
Public Sénat

Par Rémy BELLON

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'élection présidentielle se tiendra en plein état d'urgence, une situation inédite sous la Ve République, en raison d'un risque terroriste toujours très élevé après la vague d'attentats commis en France depuis deux ans.

"Nous commettrions une grave erreur si nous baissions la garde", avait averti le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux lors du vote en décembre de la cinquième prolongation de l'état d'urgence.

C'est largement à cause des échéances électorales qu'a été prolongé ce régime d'exception, décrété au soir des attentats du 13 novembre 2015, les pires jamais commis en France avec 130 morts. Cette fois, il durera jusqu'au 15 juillet, soit après la présidentielle (23 avril et 7 mai) et les législatives (11 et 18 juin). A cette date, la France aura connu sa plus longue période d'état d'urgence ininterrompue.

L'"intense période électorale" en 2017 "accroît encore les risques de passage à l'acte des terroristes", avait mis en garde M. Le Roux.

Or, la menace jihadiste est déjà sans précédent, après une série d'attaques qui ont fait 238 morts depuis janvier 2015. En outre, selon le gouvernement, 17 projets d'attentats ont été déjoués sur le sol national en 2016.

Les forces de police près du Bataclan, le 14 novembre 2015
Les forces de police près du Bataclan, le 14 novembre 2015
AFP/Archives

En deux ans, la société française a été plongée dans une situation inédite, voguant d'unité nationale en polémiques sur les failles de la sécurité, en particulier après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice (86 morts).

Entretemps, un arsenal antiterroriste a été mis en place: quatre lois, 9.000 recrutements dans les forces de l'ordre, selon le gouvernement.

En vue des élections, de "nouvelles instructions" seront données, a promis M. Le Roux en recevant les préfets le 13 décembre à Beauvau, où il a remplacé Bernard Cazeneuve, nommé Premier ministre.

Il s'agira "d'adapter les moyens" en mettant l'accent sur les meetings puis sur les bureaux de vote comme cela été fait pour la primaire de la droite et bientôt celle initiée par le PS (22-29 janvier), indiquent des sources au ministère de l'Intérieur.

- Risque de cyberattaques -

Avec le renforcement du plan Vigipirate et la mise en place de l'opération Sentinelle depuis 2015, environ 100.000 policiers, gendarmes, militaires et réservistes sont officiellement déployés en France. Il y a un "vivier" que l'"on peut et doit adapter", explique-t-on.

S'ajoute la future protection rapprochée des candidats qui "sera renforcée" comme elle l'est déjà, depuis les attentats, pour des "dizaines de personnalités".

L'état d'urgence durera au moins jusqu'au 15 juillet 2017
L'état d'urgence durera au moins jusqu'au 15 juillet 2017
AFP

"La sécurité n'est pas qu'une affaire d'effectifs", estime cependant Patrice Ribeiro, de Synergie (second syndicat d'officiers de police), pour qui les forces de l'ordre sont "à flux tendus".

L'attentat de Berlin a relancé interrogations et inquiétudes, après la mort de 12 personnes tuées le 19 décembre par un camion-bélier lancé sur la foule d'un marché de Noël.

L'auteur présumé de la tuerie, le Tunisien Anis Amri, a traversé dans sa cavale une partie de l'Europe (Pays-Bas, France, Italie) en empruntant cars et trains, avant d'être tué par la police italienne à Milan le 23 décembre.

Si nous sommes désormais davantage "réactifs à l'intérieur" de nos frontières, "l'effort doit porter sur l'Europe", alerte le criminologue Alain Bauer. "On entre et on sort comme on veut, c'est étonnant!"

Enfin, un autre type de menace plane sur le scrutin, ou au moins sur la future campagne: les cyberattaques.

Une menace qui paraît tout sauf théorique depuis qu'un rapport du renseignement américain publié le 6 janvier a accusé la Russie d'être à l'origine de piratages informatiques contre le camp démocrate durant la présidentielle aux Etats-Unis.

Bruno Le Roux soulignait d'ailleurs dimanche le risque de "messages" et d'"attaques" qui, pendant la campagne, "peuvent essayer d'influencer le scrutin" et d'en altérer la "sincérité".

La France n'est pas à l'abri d'attaques comme celles subies aux Etats-Unis, a insisté le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian: "Il ne faut pas être naïf."

Partager cet article

Dans la même thématique

6min

Politique

Désinformation en santé : l’exécutif dévoile une stratégie nationale de riposte

Face aux risques pour la santé publique, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a dévoilé lundi les premiers axes d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation médicale. « Priorité stratégique de l’État », cette riposte reposera sur différents outils, dont un Observatoire de la désinformation et un dispositif d’infovigilance réactif. Sans toutefois prévoir de volet sanction.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
4min

Politique

Budget : le gouvernement réévalue le déficit à la hausse, à 5,4 %, suite à la non-adoption du texte à la fin de l’année

En tenant compte des conséquences fiscales de la non-adoption par le Parlement du budget avant le 31 décembre 2025, le gouvernement revoit sa prévision de déficit public en 2026, avec un solde dégradé de 0,1 point, le portant à – 5,4 % du PIB. De quoi compliquer la tâche des députés, avant même le début de l’examen du budget en nouvelle lecture…

Le

Questions to the government at the National Assembly
7min

Politique

Procès en appel de Marine le Pen : quelle défense pour maintenir sa candidature à la présidentielle ?

A la veille de son procès en appel pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens de son parti, Marine Le Pen joue sa dernière carte pour pouvoir participer à la présidentielle. En première instance, la députée avait nié farouchement les faits et écopé d’une peine de 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. En appel, adoptera-t-elle la même stratégie ?

Le

Bardella voeux
5min

Politique

Le RN mise sur les municipales pour « donner du poids à la dynamique » pour 2027

S’il n’a pas d’« objectif chiffré », le RN présente « 650 listes » pour les municipales. Jordan Bardella espère ainsi « préparer le terrain » pour les élections sénatoriales de septembre 2026, puis pour l’élection présidentielle, qui doit ouvrir « une nouvelle ère faite d’ordre et de fierté retrouvée ».

Le