Une suspension de la réforme des retraites coûterait « moins cher au pays qu’une crise politique », estime Patrick Kanner

Invité de la matinale de Public Sénat, le président du groupe socialiste au Sénat voit dans les propos d’Élisabeth Borne un signe d’ouverture en vue d’un accord de non-censure. Le sénateur socialiste plaide également pour un gouvernement social-démocrate et écologiste à Matignon.
Louis Dubar

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La macronie prête à lâcher du lest ? Par la voix d’Élisabeth Borne, ministre de l’Éducation démissionnaire, le camp présidentiel semble infléchir sa position pour tenter de sortir de l’impasse politique, un signal adressé notamment à la gauche et au PS. « On ne doit pas faire de cette réforme un totem […]. Dans le contexte actuel, pour avancer, il faut savoir écouter et bouger », a déclaré mardi au Parisien l’ancienne Première ministre, qui avait pourtant défendu le texte contre vents et marées en 2023. Un revirement salué par Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, qui ne voit pas là une déclaration isolée. « Il est évident que M. Lecornu va nous confirmer la suspension. Élisabeth Borne n’a pas pu s’exprimer sans feu vert », explique le socialiste. Un sujet que le premier ministre démissionnaire n’a toutefois pas abordé lors de sa prise de parole mercredi matin.

« Nous ne sommes pas des farfelus. Le coût de cette suspension doit être compensé »

« Avec Boris Vallaud et Olivier Faure, nous nous sommes rendus quatre ou cinq fois à Matignon pour rencontrer Mme Borne. À chaque fois, on avait face à nous Madame « niet » et 49.3 », rappelle le sénateur du Nord, avant de se féliciter : « Aujourd’hui, je suis content de voir que, pour l’intérêt du pays, il y a cette volonté de faire avancer les choses. » Interrogé sur le coût d’une suspension de la réforme jusqu’à la présidentielle de 2027, Patrick Kanner en minimise la portée économique. « Suspendre ce texte coûterait bien moins cher au pays que de le laisser s’affaiblir dans une crise politique », affirme l’élu du Nord. Et de préciser, « nous ne sommes pas des farfelus. Le coût de cette suspension doit être compensé par des recettes nouvelles, notamment sur les plus hauts patrimoines et les hauts revenus. » Le sénateur socialiste souhaite d’ailleurs reprendre certaines mesures fiscales issues du contre-budget présenté lors de l’université d’été du PS à Blois. « Notre principe est de ne pas faire payer les petits », ajoute-t-il.

« La grande famille sociale-démocrate et écologiste » à Matignon

Mais la suspension de la réforme des retraites n’est pas la seule ligne rouge fixée par le PS pour obtenir un accord de non-censure avec le futur gouvernement. « Je le dis : suspension de la réforme, mesures pour le pouvoir d’achat et justice fiscale, c’est notre trio gagnant », résume Patrick Kanner. Et qui pour exécuter ce programme ? « Nous demandons une cohabitation. Et qui de mieux pour appliquer et défendre ces mesures que nous ? »

Le sénateur plaide en faveur d’un gouvernement de gauche sans La France Insoumise, rassemblant « les partenaires privilégiés » du parti à la rose : Les Écologistes, le Parti communiste, les radicaux de gauche et Place Publique. « Cette grande famille sociale-démocrate et écologiste doit se rassembler », plaide Patrick Kanner. Et de conclure, dans une pique adressée à la secrétaire nationale des Ecologistes. Marine Tondelier « essaie d’être au centre du jeu politique, en faisant des déclarations qui l’obligent à un grand écart politique qui doit lui faire mal aux adducteurs ».

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