Une transformation du Sénat est-elle possible, selon les vœux de Macron ?
Sur le plateau d’« On va plus loin » les constitutionnalistes Didier Maus et Bertrand Mathieu débattent de la remise en cause du Sénat par Emmanuel Macron, dans sa lettre aux Français.

Une transformation du Sénat est-elle possible, selon les vœux de Macron ?

Sur le plateau d’« On va plus loin » les constitutionnalistes Didier Maus et Bertrand Mathieu débattent de la remise en cause du Sénat par Emmanuel Macron, dans sa lettre aux Français.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Pas contents. Les sénateurs ont réagi toute la journée du mardi à la petite phrase d’Emmanuel Macron sur le Sénat, dans sa lettre aux Français. Le chef de l’État a évoqué une transformation possible de la Haute assemblée. 

« Si cette phrase n’était qu’une phrase portant sur la représentation des territoires et des organisations professionnelles, elle ne poserait pas en elle-même problème » estime le constitutionnaliste Bertrand Mathieu. « Mais c’est vrai que dans le contexte, avoir souligné que parmi les réformes, il y avait le Sénat, est quand même assez significatif. »

Pour Didier Maus, le chef de l’État fait « une double erreur dans [s]a formulation » : « La première, c’est de ne pas avoir posé la question du Parlement en tant que tel. Comment est-ce que le Parlement doit travailler pour être efficace au XXIe siècle ? Et donc cela inclut l’Assemblée nationale. Et la deuxième erreur, c’est d’avoir mis dans la même phrase le Sénat, qui est une assemblée parlementaire, et le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui n’est pas une assemblée parlementaire (…) Il y a d’un côté les sénateurs qui ont une légitimité démocratique, de l’autre des membres du CESE, qui ont une légitimité globalement associative, professionnelle ou de nomination. »

Mais est-ce faisable juridiquement de toucher au Sénat, sans son accord ? C’est la question qui est posée aux deux constitutionnalistes.

Bertrand Mathieu considère qu’« on peut imaginer de le faire comme l’avait fait le général de Gaulle, en utilisant directement le référendum de l’article 11 ».  Mais, pour lui, ce n’est pas là, le vrai problème : « Il y a finalement un porte-à-faux dans ce débat » explique-t-il. « Le problème n’est probablement pas essentiellement institutionnel dans la crise que l’on connaît. Je crois que le pouvoir politique a très largement perdu la réalité du pouvoir et que c’est probablement l’une des crises. »

 De son côté, Didier Maus ne croit pas qu’il soit aujourd’hui possible de toucher au Sénat, sans que celui-ci en soit partie prenante : « Officiellement, ce n’est pas possible. L’article 89 de la Constitution est très précis là-dessus. Une révision constitutionnelle, c’est le vote par une assemblée, puis l’autre assemblée, en termes concordants. Puis soit le Congrès, soit le référendum. Alors c’est vrai qu’on a utilisé deux fois l’article 11 directement (…) Les avis juridiques, qui ont été rendus publics depuis, montrent (…) que l’article 11 ne doit pas être utilisé pour la révision de la Constitution (…) Mais le vrai problème est politique. Est-ce que ça vaut le coup pour un président de la République aujourd’hui, qui est dans une situation un petit peu compliquée - c’est un euphémisme - de se mettre à dos le Sénat ? Derrière le Sénat, il y a 550 000 élus locaux. »

 

Vous pouvez voir et revoir ce match des idées, en intégralité :

Match des idées avec les constitutionnalistes Didier Maus et Bertrand Mathieu
18:05

Partager cet article

Dans la même thématique

Une transformation du Sénat est-elle possible, selon les vœux de Macron ?
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Une transformation du Sénat est-elle possible, selon les vœux de Macron ?
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le