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Uniforme à l’école : « Le ministre de l’Education doit revenir à la raison et être à l’écoute », demande la sénatrice, Céline Boulay-Espéronnier

Prenant à contrepied le ministre de l’Education Nationale, Brigitte Macron s’est publiquement exprimée en faveur du port de l’uniforme à l’école. Auteure d’une proposition de loi en ce sens, la sénatrice apparentée LR, Céline Boulay-Espéronnier appelle la majorité présidentielle et la droite à travailler ensemble.
Simon Barbarit

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Après la réforme des retraites, la droite et la majorité présidentielle sont-elles prêtes à poursuivre leur travail de co-construction sur l’école ? Une vieille antienne de la droite, le port d’une tenue uniforme dans les établissements scolaires, est, en effet, en train de faire son chemin au sein de la majorité présidentielle. Du côté de Renaissance, un groupe étudie actuellement la possibilité de rédiger une proposition de loi. « Tant mieux si la droite et la majorité présidentielle veulent avancer ensemble sur ce sujet. C’est un sujet dont on parle depuis longtemps. C’est désormais le bon moment pour en débattre. Le vêtement est un sujet récurrent dans une école en crise. Avec des classes surpeuplées et un manque de recrutement des enseignants, des savoirs fondamentaux en baisse… Il faut évacuer cette question, avec le port d’une tenue scolaire obligatoire. C’est un débat qui traverse la société. Le ministre de l’Education doit revenir à la raison et être à l’écoute », appuie Céline Boulay-Espéronnier, sénatrice apparentée LR, auteure d’une proposition de loi sur ce sujet.Ce n’est en effet pas du côté du ministre de l’Education nationale que l’élue de Paris peut attendre du soutien. Pap Ndiaye s’est montré farouchement contre il y a encore quelques jours. « Je ne veux pas ouvrir ce débat à l’échelle nationale. Je ne veux pas de loi sur le sujet. Imposer le port de l’uniforme à tous les élèves, c’est non », a-t-il martelé le 4 janvier sur BFMTV.

Brigitte Macron a « bien vécu la jupette bleu marine »

Le soutien est venu de manière inattendue de Brigitte Macron. Interrogée par les lecteurs du Parisien, la première dame a puisé dans son passé d’écolière pour argumenter. « J’ai porté l’uniforme comme élève : quinze ans de jupette bleu marine, pull bleu marine. Et je l’ai bien vécu. Cela gomme les différences, on gagne du temps – c’est chronophage de choisir comment s’habiller le matin – et de l’argent – par rapport aux marques. Donc je suis pour le port de l’uniforme à l’école, mais avec une tenue simple et pas tristoune… »

Proposition de loi RN : « De l’affichage », pour Céline Boulay-Espéronnier

La prise de position est d’autant plus surprenante qu’elle intervient la vieille d’une proposition de loi portée par le groupe RN de l’Assemblée visant à rendre obligatoire l’uniforme dans les écoles, collèges et lycées. Du pur opportunisme politique, pour Céline Boulay-Espéronnier. « Leur texte n’est pas abouti, c’est de l’affichage. Ils appliquent la stratégie du coucou », analyse-t-elle rappelant que Xavier Darcos, le ministre de l’Education de Nicolas Sarkozy, proposait déjà cette mesure en 2003. On retrouve aussi l’idée dans le programme de François Fillon en 2017. Lors de la campagne pour la présidence des Républicains, Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié l’avaient tous défendu en fin d’année dernière.Si on avait pu croire, il y a quelques années, le clivage droite gauche, éteint, cette proposition le fait resurgir. Il s’invite même au sein de la majorité présidentielle. « Oui, il y a un débat au sein du groupe Renaissance. J’observe que les députés qui viennent de notre famille politique y sont favorables. Ce n’est pas le cas de ceux qui viennent de la gauche comme le ministre de l’Education d’ailleurs », note la sénatrice qui ne s’est pas encore entretenue sur le sujet avec le patron des sénateurs RDPI de la majorité présidentielle, François Patriat. Publicsénat.fr l’avait contacté sur ce point il y a quelques mois. L’élu s’était montré plus que prudent sur l’opportunité d’une telle mesure.Interrogé sur Sud Radio, le député Sacha Houlié, s’y est dit « profondément opposé ». « Ça n’apporte aucune mesure d’égalité, aucune (et) en termes de laïcité, cette mesure assez sévère et définitive, incitera les lycéens et les collégiens à faire exactement le contraire », a-t-il argumenté.A l’inverse, il y a quelques semaines, de la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse, Sarah El Haïry qui s’était dite favorable à la mise en place d’un groupe de travail sur cette question à l’Assemblée nationale.

« Ce n’est pas avec une blouse qu’on va remonter au classement PISA »

A gauche, l’uniforme à l’école se heurte à une levée de boucliers. « Ce n’est pas avec une blouse qu’on va remonter au classement PISA », tacle le sénateur communiste Pierre Ouzoulias.Le vice-président de la commission culture et éducation du Sénat relève par ailleurs « une conjonction entre la droite, le RN et le gouvernement pour revenir en arrière. On assiste à une forme de révolution conservatrice en marche. Il ne faut pas s’étonner après qu’il y a une crise des vocations dans l’enseignement si le Parlement s’immisce dans le dialogue entre l’équipe pédagogique, l’établissement et les parents ».« Rien n’empêche les directeurs d’établissements d’imposer une tenue vestimentaire dans le règlement intérieur »Car sur le fond, Pierre Ouzoulias rappelle « que rien n’empêche les directeurs d’établissements d’imposer une tenue vestimentaire dans le règlement intérieur. Il n’y a pas besoin de loi pour ça ». Un argument que Pap Ndiaye a d’ailleurs avancé sur BFMTV.

« Nous avons besoin d’une loi d’orientation car le ministre est extrêmement laxiste »

« Nous avons besoin d’une loi d’orientation car le ministre est extrêmement laxiste sur les questions de laïcité à l’école », objecte Céline Boulay Espéronnier. Depuis la rentrée 2022, le sujet des atteintes à la laïcité à l’école par le port de vêtements religieux fait l’objet de nombreux débats. Pap Ndiaye a confirmé une hausse des signalements pour « atteinte à la laïcité » dans les collèges et les lycées.Sa proposition de loi prévoit également le versement par l’Etat d’une allocation aux familles ayant peu de ressources afin de couvrir le coût d’acquisition des uniformes. « Ce texte lance une impulsion nationale qui se déclinerait localement. Il est important de laisser une marge de manœuvre aux établissements, car ce ne sont pas les mêmes problématiques dans un lycée du nord de la France ou dans un lycée à Marseille », expliquait-elle à publisenat.fr il y a quelques jours.Le texte sera examiné au printemps au Sénat dans le cadre de la niche parlementaire LR.

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