Valls/Hamon : après les attaques, place au débat ?
A quelques heures du débat d’entre deux tours, la tension est à son comble entre les deux finalistes de la primaire. L’équipe de Benoît Hamon demande au Premier secrétaire du PS d’ « intervenir » suite aux « dérapages inacceptables » du camp de Manuel Valls.

Valls/Hamon : après les attaques, place au débat ?

A quelques heures du débat d’entre deux tours, la tension est à son comble entre les deux finalistes de la primaire. L’équipe de Benoît Hamon demande au Premier secrétaire du PS d’ « intervenir » suite aux « dérapages inacceptables » du camp de Manuel Valls.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« La gauche est grande et belle quand elle parle à tous les Français, quand elle rassemble, quand son destin se confond avec celui de la France ». Le 5 décembre dernier à Evry, Manuel Valls donnait le ton de sa courte campagne pour la primaire de gauche. Le renoncement  surprise de François Hollande le conduit à cette évidence : il est désormais le seul candidat capable de rassembler sa famille politique. Et tant pis, s’il y a peu, l’ancien Premier ministre théorisait « les gauches irréconciliables ». Sur France 2, en ce début d’année, il confessait humblement : « bien sûr, que j’ai changé ». Durant les premiers jours de la campagne, ses thèmes de prédilection comme la laïcité ou l’autorité de l’Etat sont mis en sourdine, l’ancien Premier ministre a même la main lourde quand il s’agit de donner des gages de son « changement ». Parmi ses propositions, la suppression de l’article 49.3 de la Constitution, surprend, provoque la raillerie de ses concurrents, mais ne fédère pas. A partir de là, un constat s’impose : le rassemblement, ce sera pour après la victoire. Lors des trois débats précédant le premier tour, Manuel Valls endosse des habits qui lui siéent mieux, ceux d’une gauche régalienne, crédible, efficace et qui n’hésite pas à fixer des interdits.

« Ambiguïtés », et les « risques d'accommodement »

Accusant 5 points de retard sur Benoît Hamon après le premier tour, 36,6% contre 31,90%, Manuel Valls applique les classiques du comportement d’un challenger d’entre deux tours : taper, taper fort sur le vainqueur pressenti pour inverser la tendance. Ces derniers jours ont donc été le théâtre d’un déchirement au sein de la maison PS. Et les interpellations entre les deux camps depuis dimanche sont loin des expressions maitrisées du type « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » proférées naguère par Martine Aubry à l’encontre du favori de 2011, François Hollande. Ni même des accusations d’Alain Juppé, estimant, avant le débat d’entre deux tours de la primaire de la droite, que les positions de François Fillon sur l’avortement n’était pas claires. Conscient que les reports des voix du premier tour ne lui sont pas favorables Manuel Valls avance en terrain connu pour brocarder son concurrent sur les « ambiguïtés », et les « risques d'accommodement » qu’il entretiendrait sur le communautarisme et la laïcité. En cause, un reportage diffusé  France 2 montrant des cafés dans des banlieues françaises où les femmes ne sont pas les bienvenues. Benoît Hamon, élu de Trappes dans les Yvelines, avait été accusé de relativiser la gravité de cette discrimination, en affirmant notamment que « dans les cafés ouvriers, historiquement, il n'y avait pas de femmes ».

« Dérapages inacceptables »

Dans l’entourage de l’ancien Premier ministre, la plus violente des attaques est venue d’un autre élu de banlieue, le député de l’Essonne Malek Boutih. « Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste et fait un appel du pied électoral. C’est une stratégie d’attrape-tout. Pour obtenir un vote, tout est valable » déclare-t-il à 20 minutes. Sous couvert d’anonymat, un ministre, cité dans le journal Libération, va plus loin encore en affirmant que l’ancien ministre de l’Education « est le candidat des Frères musulmans ». Pour le directeur de campagne de Benoît Hamon, le député PS Mathieu Hanotin s’en est trop. Il adresse une lettre ouverte au Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, lui demandant d’intervenir instamment suite à ces « dérapages inacceptables ». 

 

Ce matin, Benoît Hamon dénonce le « poison » distillé par son adversaire, tandis qu’au même moment Manuel Valls maintient son angle d’attaque estimant  « il y a un débat à gauche sur la conception de la laïcité »

« Notre différend fondamental avec Benoît Hamon, c’est le revenu universel »

Cités dans le Journal le Monde, plusieurs membres de l’équipe de Valls regrettent les outrances de ces derniers jours sur le terrain de la laïcité et auraient préférer axer la riposte sur les différences économiques et sociales. « Notre différend fondamental avec Benoît Hamon, c’est le revenu universel » explique notamment au quotidien, le directeur de campagne de Manuel Valls et pésident du groupe PS au Sénat, Didier Guillaume.

Ce soir, face à Benoît Hamon, Manuel Valls devra trouver le juste équilibre entre conviction et agressivité. Un débat de la dernière chance, où l’ancien Premier ministre devra dompter son tempérament sanguin et intégrer cette phrase de Nicolas Sarkozy, s’adressant à Ségolène Royal  lors du débat d’entre deux tours de la présidentielle de 2007 : « pour être président de la République, il faut être calme ». En réponse, la candidate socialiste faisait valoir « qu’il y a des colères qui sont parfaitement saines ». Certes, mais pas forcément victorieuses…

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Valls/Hamon : après les attaques, place au débat ?
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le