DC: President Trump news conference at Mar-a-Lago on Venezuela
US President Donald Trump speaks during a news conference at the Mar-a-Lago Club in Palm Beach, Florida, US, on Saturday, Jan. 3, 2026. President Nicolas Maduro has been charged in the US after he was captured and flown out of Venezuela, following a series of airstrikes that mark an extraordinary escalation in the Trump administration's months-long campaign against the country. Photographer: Nicole Combeau/Pool/Sipa USA/66533286//2601041156

Venezuela : en quoi consiste la doctrine « Donroe » inventée par Trump ?

Le président américain Donald Trump a présenté la capture de son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, soit la nécessité de restaurer la suprématie incontestée des Etats-Unis sur l’ensemble des Amériques.
Simon Barbarit

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L’Amérique latine chasse gardée des Etats-Unis, c’est ce qu’a rappelé Donald Trump, ce week-end, après l’enlèvement de son homologue vénézuélien Nicolás Maduro. Le président américain a présenté cette opération nocturne à Caracas comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, du nom de son lointain prédécesseur James Monroe. Le 2 décembre 1823, le Vème président des Etats-Unis proclamait son opposition à toute intervention de puissances européennes sur le continent américain.

Devant le Congrès, James Monroe proclamait que les Amériques n’étaient plus ouvertes à la colonisation des puissances européennes dont toute intervention sur le continent serait perçue comme une menace à la paix. « Dans la doctrine Monroe, il n’y a pas d’assertion des Etats-Unis visant à intervenir partout dans les Amériques. C’était surtout l’affirmation d’un principe, selon lequel les Etats-Unis n’interviendraient pas dans le Vieux Monde, l’Europe et l’Afrique et en contrepartie les Européens n’interviendraient pas dans les Amériques », rappelle Olivier Burtin, maître de conférences en civilisation des Etats-Unis à l’Université de Picardie Jules Verne.

Le corollaire Roosevelt issu d’une crise vénézuélienne

Moins d’un siècle plus tard, Theodore Roosevelt établissait un corollaire à la doctrine Monroe. « Le corollaire Roosevelt correspond au moment où les Etats-Unis ont les capacités militaires pour agir partout sur le continent. On peut noter que c’est aussi une crise au Venezuela qui a produit le corollaire Roosevelt en 1904 », souligne Olivier Burtin. Au début du XXe siècle, le Venezuela ne pouvant payer ses dettes à ses créditeurs allemands et britanniques, faisait face à un blocus. La crise a été réglée notamment par l’envoi de la flotte américaine, avant l’affirmation de leur droit d’intervenir pour « stabiliser » les affaires économiques des Etats d’Amérique du Sud.

Le document Donroe du 2 décembre

Le 2 décembre 2025, à l’occasion de la publication de la Stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy, NSS), le locataire de la Maison Blanche a adjoint « un corollaire Trump » à la doctrine Monroe.

« On l’appelle maintenant le document Donroe », a assuré samedi Donald Trump ; lors d’une conférence de presse samedi, en accolant son prénom au patronyme de son prédécesseur. « La doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons dépassée de très loin. Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question » a-t-il ajouté.

Pour Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, chargé de cours à Sciences Po Paris, auteur de « Les mots de Trump » (Dalloz), la Stratégie de sécurité nationale 2025 « propose une version mythifiée de la doctrine Monroe (1823) en se présentant comme un « retour » à la vocation historique des États-Unis : protéger l’hémisphère occidental des ingérences extérieures ». « Mais ce recours au passé sert à construire une nouvelle doctrine, celui d’un « corollaire Trump » — en écho au « corollaire Roosevelt » : l’Amérique n’y défend plus seulement l’indépendance politique de ses voisins, elle transforme la région en chasse gardée géo-économique et migratoire, prolongement direct de sa frontière sud et vitrine de sa puissance industrielle », expliquait-il le mois dernier, sur le site conversation.com.

Dans la NSS, l’administration Trump affirme que les Etats-Unis doivent chercher à accéder aux ressources et aux emplacements stratégiques en Amérique Latine et veiller à ce que les gouvernements de la région soient « suffisamment stables et bien gouvernés pour prévenir et décourager les migrations massives vers les Etats-Unis ».

Les États-Unis « refuseront aux concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques » dans la région, selon le document, en allusion à la Chine, principal acheteur du pétrole vénézuélien.

« L’ère de la doctrine Monroe révolue », sous Obama

« A mon sens, il n’y a pas vraiment de rupture avec ce que font les Etats-Unis depuis deux siècles, même si Donald Trump met son nom sur tout ce qui bouge, ce qui diffère, c’est le niveau de maîtrise technologique et militaire de l’opération avec l’intervention des forces aériennes et navales, un commando terrestre. Le parallèle le plus direct que l’on peut faire, c’est avec l’invasion du Panama en 1989 par l’administration Bush qui a conduit à la destitution de Manuel Noriega au nom, là aussi, de la lutte contre le narcotrafic », souligne Olivier Burtin.

Dans l’histoire récente, les Républicains ont défendu cette politique interventionniste même si le monde MAGA (Make America Great Again) se divise sur l’opportunité de cette intervention au Venezuela, dont une partie rappelle au président sa promesse de se concentrer sur les affaires intérieures comme le pouvoir d’achat. En 2013, John Kerry, secrétaire d’Etat démocrate sous la présidence Obama avait déclaré « l’ère de la doctrine Monroe révolue ».

Après le Venezuela, Donald Trump regarde maintenant vers le nord du continent, vers le Groenland dont il a promis de « s’occuper » « dans environ deux mois ». L’immense île arctique peuplée de 57 000 habitants est un territoire autonome danois, le Groenland dispose d’importantes ressources minières, majoritairement non exploitées, et est considéré comme un emplacement stratégique.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a rappelé que son pays était un allié historique et traditionnel des Etats-Unis, et que le Groenland faisait partie de l’OTAN et bénéficiait « ainsi de la garantie de sécurité de l’alliance », oubliant que la doctrine Monroe s’inscrit originellement en opposition aux puissances européennes.

 

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