Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
Sophia Chikirou, candidate LFI à la mairie de Paris. Crédits : ISA HARSIN/SIPA

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.
François Vignal

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Les Verts se prennent quelques bleus. A l’approche des municipales, des tensions se font sentir chez Les Ecologistes. Le parti de Marine Tondelier voit la stratégie de la secrétaire nationale dénoncée localement par certains élus et militants. Dernier cas en date : Paris.

« On est rentrés très souvent en conflit avec la politique sociale-démocrate menée à Paris »

Dans la capitale, ce sont deux élus connus des écologistes parisiens, qui rejoignent Sophia Chikirou, candidat de La France Insoumise à la mairie de Paris, comme l’a révélé Le Parisien. Cette proche de Jean-Luc Mélenchon tient ce vendredi soir son premier grand meeting de campagne.

Les transfuges sont Emile Meunier, qui préside la commission urbanisme au Conseil de Paris, et Jérôme Gleizes, vice-président du groupe des écologistes à la mairie. « On est rentrés très souvent en conflit avec la politique sociale-démocrate menée à Paris », explique à l’AFP Emile Meunier, qui dénonce « la place de la publicité, ce qu’on appelle la LVMHisation ». Ces deux élus soutiennent être « plusieurs dizaines » à suivre. Ils fondent même le mouvement « Verts populaires ». En échange, LFI leur réserve 20 % des places sur la liste, et retiennent quelques mesures écolos. « L’écologie de rupture avec la ville libérale a sa liste », s’est réjouie sur X Sophia Chikirou.

« Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Ecologistes est devenue illisible »

Le cas parisien n’est pas le seul. La veille, c’est une élue de Montpellier qui a lâché le parti. Julia Mignacca, présidente du conseil fédéral des Ecologistes, a démissionné pour rejoindre, là encore, la liste LFI de la députée Nathalie Oziol, qui fait face au maire PS sortant, Michaël Delafosse, l’une des incarnations de la gauche anti-LFI au Parti socialiste. Des divisions existent aussi à Avignon et Vaulx-en-Velin.

Ces désaccords apparaissent sur fond d’une tribune parue dans Mediapart. Signée par 450 écologistes, elle dénonce clairement la stratégie du parti. « Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Ecologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Ecologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise », dénoncent les auteurs, qui ajoutent : « Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Ecologistes est devenue illisible en votant, au même moment, les motions de censure au Parlement à l’opposé du Parti socialiste ».

Autrement dit, c’est une forme d’ambiguïté stratégique, et un manque de lisibilité, qui sont ici visés, entre d’un côté le refus de rechercher un accord de non-censure, comme l’a fait le PS sur le budget, et de l’autre la volonté de s’allier avec lui localement.

« Il y a des personnes qui ne sont pas satisfaites de leur place sur la liste et se barrent, c’est un opportunisme »

Du côté de la direction, on minimise ces mouvements, qu’on réduit au fond à des mouvements d’humeur. « Ce sont deux élus Paris et un à Montpellier. Ce n’est pas le schisme ou l’exode massif. C’est marginal », balaye le sénateur Les Ecologistes, Thomas Dossus, proche de Marine Tondelier.

Selon ce proche de Marine Tondelier, c’est avant tout la lutte des places qui expliquerait les divisions. « Il y a des personnes qui ne sont pas satisfaites de leur place sur la liste et se barrent. C’est un opportunisme », pointe Thomas Dossus, « c’est classique de vouloir un poste et d’aller sur la liste qui propose mieux ». Pour l’heure, la direction entend mettre de l’ordre et prévoit des « sanctions » : les frondeurs seront « suspendus jusqu’aux municipales ».

Sur les accords avec le PS, il faut dire qu’ils n’ont rien de surprenant pour des formations qui sont dans la même majorité dans de nombreuses villes, que ce soit celles détenues par Les Ecologistes ou celles dirigées par le PS. « Les habitudes de travail facilitent les accords locaux », souligne Thomas Dossus.

Thomas Dossus dénonce « les tentatives de LFI de débaucher chez Les Ecologistes »

Quant aux critiques contre la direction, elles sont infondées pour le sénateur du Rhône. « Dire que la direction privilégie les accords avec le PS, c’est faux. Car nous ne pouvons pas constituer d’accord national pour les municipales. Ce sont les villes qui décident de leur stratégie », explique Thomas Dossus, qui soutient par ailleurs que « sur 500 signataires, à peine une centaine est vraiment adhérents des Ecologistes ».

Il y voit avant tout « une attaque contre la direction ». Et pour Thomas Dossus, les derniers événements seraient en réalité téléguidés par LFI. « Evidemment. Quand la tribune est relayée par Manuel Bompard, coordinateur de La France Insoumise, et Paul Vannier, le responsable des élections… En tout cas, s’ils ne sont pas à la manœuvre, ils s’en servent comme outil de déstabilisation », soutient le sénateur des Ecologistes. Il pointe « les tentatives de LFI de débaucher chez Les Ecologistes », car « ça leur permet d’avoir ce totem-là et de déstabiliser des villes écologistes ou des listes PS soutenues par les écologistes. Ça fait partie de la manœuvre ».

« La France insoumise ne manipule personne » : la mise au point de Manuel Bompard

Face à la tournure que prend l’affaire, Manuel Bompard a tenu à faire une « mise au point » dans l’après-midi. « Il est tout à fait irrespectueux pour la France insoumise, comme pour les militants écologistes qui ont signé cette tribune, d’affirmer que les uns seraient manipulés par les autres. La France insoumise ne manipule personne et n’agit pas autrement que par une démarche de conviction basée sur des engagements politiques clairs », soutient sur X le député LFI des Bouches-du-Rhône, demandant « à la direction d’EELV de ne pas nous instrumentaliser dans les débats internes de son organisation ».

Mais pour une stratège écolo, LFI aurait en tête d’autres considérations, ou plutôt une autre élection, présidentielle celle-là. « Ce n’est pas pour rien si cette tribune arrive la semaine après qu’on a annoncé à Tours que la primaire avançait très bien », pense un proche de Marine Tondelier, elle-même candidate à ce projet de primaire de la gauche, que refusent LFI, Place Publique et qui divise au PS. « On est à un an d’autres échéances. Donc il y a des gens qui ont envie de travailler ensemble sur le fond. C’est ça qui met du sel. La manœuvre des Insoumis, c’est qu’ils ont perdu le totem unitaire, à force d’insulter tout le monde », analyse le même.

« Il faut savoir ne pas insulter l’avenir »

Malgré ces tensions propres aux campagnes électorales, les écolos ne veulent pas pour autant couper les ponts avec les insoumis. Dans le cas parisien, la sénatrice des Ecologistes de Paris, Anne Souyris, veut croire encore, malgré tout, à la possibilité d’une union de la gauche, pour l’emporter face à la droite. « Je regrette ces différends. Et j’espère qu’on se retrouvera au deuxième tour. Car il y a un principe de réalité. Si à un moment donné, on veut avoir une vraie gauche écologiste, il faut continuer à la construire et ce n’est pas en se tapant dessus », avance l’élue parisienne. Reste que le socialiste Emmanuel Grégoire, tête de la liste PS-Ecologistes-PCF, ne veut pas d’alliance avec Sophia Chikirou. « Ça se discutera », croit encore Anne Souyris, qui compte sur « le principe de réalité ». « Dans notre accord, il y avait l’idée de faire une alliance de gauche la plus grande possible. Ça laisse la porte ouverte », espère la sénatrice de Paris.

Même message de Thomas Dossus. S’il pointe aujourd’hui l’attitude des insoumis, il est toujours prêt à la retrouver le moment venu : « Je trouve le discours du PS, de ne pas vouloir envisager d’alliance de deuxième tour, risqué. Ça a été dit par David Belliard (chef de file des Ecologistes à Paris, ndlr). On n’est pas, nous, sur une position de fermeture à LFI », soutient le sénateur du Rhône, qui ajoute : « On n’est pas sur la ligne des deux gauches irréconciliables. Il y a toujours eu cette tension à gauche, mais quand elle gagne, c’est qu’elle arrive à surmonter cette tension. Il faut savoir ne pas insulter l’avenir ». Quitte parfois à faire preuve d’une certaine souplesse.

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