« Verrou de Bercy »: l’Assemblée rejette toute remise en cause, même partielle
L'offensive inédite de six groupes de l'Assemblée, de la gauche de la gauche à LR en passant par le MoDem, pour ouvrir...

« Verrou de Bercy »: l’Assemblée rejette toute remise en cause, même partielle

L'offensive inédite de six groupes de l'Assemblée, de la gauche de la gauche à LR en passant par le MoDem, pour ouvrir...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'offensive inédite de six groupes de l'Assemblée, de la gauche de la gauche à LR en passant par le MoDem, pour ouvrir partiellement le "verrou de Bercy", a échoué mardi avec le rejet d'amendements identiques, mais à 20 voix et avec une première faille dans la majorité.

Le "verrou de Bercy" donne à l'administration fiscale le monopole des poursuites pénales en matière fiscale, et empêche les poursuites pour fraude fiscale sans l'accord du ministère des Finances.

Premier saisi des projets de loi pour la confiance dans la vie publique, le Sénat à majorité de droite avait adopté, contre l'avis gouvernemental, un amendement du communiste Éric Bocquet demandant un déverrouillage partiel de ce dispositif, dans le cas de poursuites pénales incidentes déjà engagées.

Mais la commission des Lois de l'Assemblée a adopté mercredi un amendement gouvernemental pour revenir dessus, par 25 voix contre 24, lors d'un vote "assis-debout", exceptionnel pour départager les députés.

Dans un arc rarissime, "fait politique" selon Jean-Luc Mélenchon, des députés de six groupes se sont relayés plus de deux heures dans l'hémicycle pour "ouvrir une brèche" dans une "anomalie française" d'"Ancien Régime" du "verrou de Bercy", "injuste et inefficace" pour rétablir la version "pas révolutionnaire" du Sénat. Quatre groupes (LFI, PCF, Nouvelle Gauche, Constructifs avec Charles de Courson) avaient amorcé le mouvement en conférence de presse.

Même Alain Tourret (ex-PRG devenu REM) a joint sa voix, refusant la "transaction qui encourage la fraude fiscale". Nicolas Dupont-Aignan a lancé: "Vous seriez tous choqués si pour poursuivre un trafiquant de drogue, il fallait demander l'autorisation du ministre de l'Intérieur".

Les amendements identiques ont été finalement rejetés, par 153 voix contre 133.

Mais, première division notable dans l'hémicycle, 12 députés REM (dont deux ex-écologistes) ont voté pour, 12 se sont abstenus, dont Aurore Bergé, l'une des porte-parole du groupe, 147 voté contre. Et 30 MoDem ont aussi apporté leurs suffrages.

- 'Manque de courage' -

Insoumis et communistes ont échoué à supprimer totalement le verrou "empêche la lutte efficace contre la fraude" et permet à des multinationales comme Google de "négocier" contrairement à un "artisan ou commerçant", avec un écart de voix nettement plus large.

Opposée à tous ces amendements, la présidente de la commission des Lois Yaël Braun-Pivet (REM), a annoncé, "en accord avec le président de la commission des Finances" Éric Woerth, une mission d'information sur le sort à réserver au "verrou de Bercy", où seront représentés tous les groupes. Le rapporteur général du Budget Joël Giraud l'a appuyée.

Après avoir retracé l'histoire "très ancienne" de cette procédure "assez singulière", la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a longuement exposé quatre objections à la remise en cause même partielle.

Elle a évoqué ainsi "la technicité de la matière fiscale et des garanties apportées au contribuable" par la saisine de la commission des infractions fiscales, le fait qu'en cas de "fraude grave" l'administration "ne transige pas" et qu'une plainte peut être déposée par le ministre, "une vision nationale et homogène des dossiers" ou des "rentrées fiscales pas négligeables".

"Qui peut penser que le ministre peut faire ce qu'il veut? C'est l'administration fiscale qui va lui dire vous devez transmettre", a assuré l'ex-ministre du Budget Éric Woerth (LR).

Ces arguments n'ont pas convaincu les défenseurs du déverrouillage partiel.

L'ex-magistrate Laurence Vichnievsky (MoDem), critique d'"une anomalie judiciaire" ou d'"une atteinte à la séparation des pouvoirs", s'est interrogée sur une "défiance à l'égard du procureur", récusée par la ministre.

"Faisons en sorte que cette loi de moralisation ne soit pas entachée par votre manque de courage", a exhorté Philippe Vigier (Constructif UDI). Maintenir le verrou serait "une tache sur le début de quinquennat", selon Alexis Corbière (LFI).

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le