VIDEO. Quand Marine Le Pen demandait « l’inéligibilité à vie » pour les élus condamnés pour « détournement de fonds publics »

Alors que Marine Le Pen vient d’être condamnée pour détournement de fonds publics à quatre ans de prison et à cinq ans d’inéligibilité, l’empêchant de se présenter en 2027, la même Marine Le Pen défendait pourtant, il y a quelques années, la plus grande fermeté contre les élus condamnés. « Quand allons-nous mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis à l’occasion de leur mandat ? » demandait Marine Le Pen, sur Public Sénat, en 2013…
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il y a des archives qui font plus mal que d’autres. 31 mars 2025. Marine Le Pen vient d’être condamnée, ce lundi, à quatre ans de prison, dont deux ans ferme, aménagés sous bracelet électronique, et à une amende de 100.000 euros, pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires du RN, et à cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire. Ce qui revient à appliquer immédiatement la peine d’inéligibilité, malgré l’appel de Marine Le Pen. Concrètement, ce jugement empêche Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Un coup de tonnerre dans la vie politique française.

« Quand je réclame éthique et morale, je me l’applique à moi-même »

5 avril 2013. Marine Le Pen est l’invitée de la matinale de Public Sénat, diffusée à l’époque avec Radio Classique. Celle qui est alors présidente du Front national est interrogée sur l’affaire Cahuzac, l’ancien ministre socialiste condamné pour fraude fiscale. La leader du parti d’extrême droite se montre extrêmement dure face au manque de probité et aux condamnations dans le reste de la classe politique. Au point de demander… l’inéligibilité à vie, pour toute condamnation d’un élu.

« Les Français ne sont pas dupes, tout le monde est éclaboussé, mais parce qu’ils le méritent. L’UMP et le PS ont des listes de condamnés qui sont inouïes. […] Et ils cherchent à dire, « ah vous voyez le FN ». Bah non. Le FN, non. Et moi, ma veste est immaculée, voilà. Ils auront beau s’agiter, ils n’arriveront pas à me salir, parce que j’ai une éthique, j’ai une morale, que je m’y tiens. Et moi, quand je réclame éthique et morale, je me l’applique à moi-même », lance Marine Le Pen, très sûre d’elle.

Les faits pour lesquels elle vient d’être condamnée portent pourtant sur la période 2004-2016… Quand Marine Le Pen dit vouloir laver plus blanc que blanc, elle est donc elle-même engagée, depuis des années, dans un « système », comme l’a appelé le juge, au profit de son parti. L’ancienne candidate à la présidentielle continue et demande ensuite :

 J’ai entendu le Président dire, qu’il faudrait rendre inéligibles à vie ceux qui ont été condamnés – jusque-là j’étais parfaitement d’accord, c’était dans mon projet présidentiel – pour corruption et fraude fiscale. Mais pourquoi pas le reste ? Pourquoi pas pour favoritisme ? Pourquoi pas pour détournement de fonds publics ? Pourquoi pas pour emplois fictifs ? 

Marine Le Pen, le 5 avril 2013.

Evoquant l’idée, qui tourne alors, d’un « référendum sur la moralisation de la vie publique » et « d’une commission qui vérifierait, avant les nominations, la moralité », elle attaque : « Ils ne le feront jamais, car s’ils le font, la moitié de la classe politique ne pourra plus faire de la politique, compte tenu de l’état de corruption et d’immoralité de la classe politique en France ».

Quelques minutes après, elle revient sur son idée première et enfonce le clou. Citant « DSK, Juppé » ou encore « Tron, Tiberi, Chirac », elle lance : « On ne tire jamais les leçons. Quand allons-nous tirer les leçons et effectivement mettre en place l’inéligibilité à vie, pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce, ou à l’occasion, de leur mandat ? » demande Marine Le Pen, dénonçant les « gens qui se sont servis de leur mandat ».

Trois ans après, toujours sous la présidence Hollande, était adoptée la loi Sapin II. C’est l’application de cette loi qui permet aujourd’hui au juge de prononcer une peine d’inéligibilité, avec exécution provisoire. Marion Maréchal Le Pen, alors l’une des deux députés FN, avait voté contre le projet de loi (l’autre député, Gilbert Collard, n’avait pas pris part au vote). Les élus RN dénoncent aujourd’hui avec force la décision d’exécution provisoire et ses conséquences.

 

Regardez l’intégralité de l’interview de Marine Le Pen du 5 avril 2013 : 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le