Vie étudiante : « Un bon tiers du patrimoine immobilier de l’enseignement supérieur est dans un état déplorable »

Vie étudiante : « Un bon tiers du patrimoine immobilier de l’enseignement supérieur est dans un état déplorable »

Dernière audition plénière de la mission d’information sur les conditions de la vie étudiante, la table ronde dédiée au « campus de demain », organisée lundi 31 mai au Sénat, est revenue sur les changements à entreprendre pour améliorer les conditions d’études au sein des universités françaises.
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Par Jules Fresard

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Cafards, punaises de lits, mobiliers dégradés, fenêtres dont le verre a été remplacé par du plastique… Difficile d’imaginer que l’on parle ici de résidences étudiantes, ces fameux « logements Crous » destinés à accueillir dans les villes universitaires les étudiants à des tarifs abordables. Mais depuis plusieurs années, les scandales autour de l’insalubrité de ces résidences se sont multipliés, interrogeant les capacités d’hébergement de l’enseignement supérieur français.

Preuve en est, « seulement 17 % des étudiants estiment que la qualité de vie des campus est un atout des universités françaises » estime François Rio, délégué général de l’Association des villes universitaires (AVUF). Son constat est sans appel « un bon tiers du patrimoine public immobilier de l’enseignement supérieur est dans un état déplorable ». Une situation que la mission d’information sénatoriale sur les conditions de la vie étudiante, présidée par Pierre Ouzoulias, a décidé d’étudier lundi 31 mai, en interrogeant associations et universitaires sur les changements à entreprendre pour imaginer le « campus de demain ».

La transition numérique

Et premier constat, dont la crise du covid est venue rappeler la nécessité : le campus de demain, s’il veut être attractif, devra être numérique. Pour avant tout, rendre plus accessible l’enseignement supérieur, comme le pense François Rio, « la numérisation permettra d’intéresser de nouveaux publics, qui étaient relativement éloignés de l’université auparavant, pour des raisons géographiques, de mobilité, je pense en particulier aux étudiants en situation de handicap, mais aussi aux bacheliers en milieu rural ».

Un virage à prendre, que Sciences Po Paris a déjà entamé, en développant plusieurs initiatives afin de rendre ses locaux plus connectés. Emmanuelle Dubrana, directrice de l’immobilier de l’école, donne ainsi en exemple le développement récent « d’applications mobiles de guidage à l’intérieur du campus ».

Toujours à Sciences Po, Jean-Pierre Berthet, directeur délégué au numérique, explique qu’avec la pandémie de covid-19, plus de 400 000 cours et réunions ont été donnés, à plus de 3,7 millions de participants au total, débouchant sur « une explosion en termes de numérique ». Un renforcement du numérique qu’il n’est pas nécessairement question d’abandonner une fois la pandémie passée, puisque « cette construction va s’inscrire dans la cité qui elle-même devient numérique, interalliée, en termes d’environnement et de services. Pour cela, il y a plusieurs éléments qui doivent être au cœur de cette construction, dont la protection des données, et la souveraineté numérique à l’échelle européenne ». Avec, à l’avenir, de potentiels « campus hybrides », partagés entre présentiel et distanciel.

Vers des campus plus respectueux de l’environnement

« Pour nous, le campus de demain, c’est un campus durable dans une ville durable », a souligné lors de la table ronde François Rio. Car il n’est pas question que le virage écologique entrepris dans la société ne concerne pas l’enseignement supérieur, bien au contraire.

Exemple en est avec Sciences Po Paris, dont deux représentants étaient invités pour évoquer notamment la rénovation du site de l’Artillerie, dans le 7e arrondissement parisien, appelé à la rentrée 2022 à devenir le futur campus de l’institution. Un projet spécifique, puisqu’il concerne la rénovation d’un bâtiment existant, et non une construction neuve. « Il faut avant tout rénover nos bâtiments, et faire de la rénovation énergétique », a détaillé Emmanuelle Dubrana. « On va aller vers des solutions plus simples, en travaillant l’isolation vers l’intérieur et la revalorisation des espaces, avec des cours qu’on végétalise ». Le futur site de l’artillerie comptera ainsi 1 200 m2 de murs végétaux.

Pour Anne Guiochon-Mantel, vice-présidente Vie universitaire de l’Université Paris-Saclay, ce virage écologique à prendre pour les campus passe également par la transmission des savoirs. « La transition écologique dans les campus, c’est aussi des formations sur les enjeux de la transition socioécologique ».

Le campus de demain plus intégré dans son environnement

Dernier point, évoqué à l’unisson par les participants à la table ronde, la nécessité d’intégrer plus fortement les campus dans leur espace proche. Raphaël Costambeys-Kempczynski, délégué général de l’Alliance Sorbonne Paris Cité, a ainsi évoqué la nécessaire réimplantation des lieux d’enseignement dans leur environnement, permettant aux territoires concernés de se développer sous plusieurs aspects. Il a ainsi appelé à « attirer des étudiants par la spécificité des établissements et de leur territoire, avec des formations spécifiques, des spécificités propres à la vie étudiante, les spécificités locales et régionales ». Dans quel but ? « Garder les étudiants après leurs diplômes ». Avec l’idée qu’un étudiant bien intégré dans le territoire où il étudie aura une plus grande volonté de commencer sa vie professionnelle dans ce même territoire.

Pour renforcer cette implantation territoriale, François Rio appelle à multiplier les campus multidisciplinaires, mais aussi, pour les villes moyennes, à continuer de développer le « retour en centre-ville des universités », « comme le campus Madeleine à Orléans […] avec des bâtiments rénovés en changement d’usage qui constituent un cadre de vie finalement beaucoup plus agréable que la périphérie de ces agglomérations ».

Concernant Paris-Saclay, Anne Guiochon-Mantel présente un objectif double, en souhaitant transformer l’établissement en « une université de territoire avec une offre de proximité pour les bacheliers et une université de rang mondial qui cherche à attirer les meilleurs étudiants nationaux et à l’international ». D’autant que l’établissement vient d’être classé « numéro 1 mondial en mathématiques par le classement de Shanghai », comme a tenu à le rappeler Laure Darcos, sénatrice LR de l’Essonne.

Le campus de demain est donc appelé à être plus vert, plus numérique et plus ancré dans son territoire. Une triple prise de conscience dont la crise du covid, qui « a fonctionné comme une loupe » selon les termes de la sénatrice LR de Paris Céline Boulay-Espéronnier, a permis de rendre compte. Dans le cadre du programme France Relance, 4 214 projets pour 2,7 milliards d’euros ont déjà été retenus par le gouvernement, en faveur de la rénovation énergétique des bâtiments de l’État, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la vie étudiante. Reste à savoir s’ils satisferont les deux autres critères.

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